La révolution blockchain

Blockchain, la nouvelle mode

d'Lëtzebuerger Land vom 21.12.2018

Il y a quelque chose de magique dans ce mot importé de l’anglais – blockchain bien qu’il veuille tout simplement dire « une chaîne de blocks ». Plus précisément, il s’agit de blocks d’information sous forme de bits dans votre ordinateur qui contiennent les éléments d’une transaction financière : montant, date et adresse codifiée. Bref, le bitcoin. En dix ans, cette monnaie virtuelle est devenue une légende. Adulé par les uns, détesté par les autres, le bitcoin a déchaîné les passions au point d’obscurcir la technologie qui lui a donné naissance, à savoir la blockchain.

Comprendre le bitcoin est déjà un défi. Comment faire accepter au citoyen lambda qu’il y a des gens qui échangent leurs euros ou leurs dollars contre une forme d’argent virtuel ? Comment renoncer à l’argent qui existe pour l’argent qui n’existe pas ? « Mieux vaut oiselet en bocage que grand oiseau dans une cage », nous rappelle la sagesse populaire.

« Le bitcoin, qui n’appartient à aucune société, aucune banque ou aucun gouvernement, c’est d’abord un système de monnaie électronique qui vous permet d’envoyer et de recevoir de la valeur de la même façon que vous pouvez envoyer et recevoir un email partout dans le monde, instantanément et sans intermédiaire », affirme Andreas Antonopoulos, un vulgarisateur du bitcoin, dans son bestseller intitulé L’internet de l’argent.

Le bitcoin a été créé en 2008 par un anonyme auto-intitulé Satoshi Nakamoto, et implanté sur Internet sous forme de code en 2009. Cet argent virtuel qui échappe à tout contrôle étatique a été peu à peu adopté par un à deux pour cent de la population mondiale, et sa valeur a zigzagué de quelques centimes à 20 000 dollars fin 2017, pour retomber à environ 3 800 dollars début décembre. La volatilité est le mot d’ordre dans l’univers de la crypto.

Le bitcoin a été la blockchain 1.0, à savoir un registre d’opérations financières cryptées dans des blocks qui s’enchaînent. Imaginez un registre où vous notez les entrées et les sorties d’argent, mais à la place des feuilles de papier il y a des blocks d’informations reliés les uns aux autres. Le système est basé sur un code informatique que personne ne peut modifier, ce qui assure l’irréversibilité des opérations. C’est ce caractère irréversible de la blockchain qui donne confiance aux utilisateurs. La confiance n’est plus garantie par une banque ou par un État, mais par un code informatique.

Toutefois la technologie de la blockchain 1.0 a ses limites : elle ne permet que des échanges financiers dans le monde virtuel. En 2013, un jeune Canadien d’origine russe âgé de 17 ans, Vitalik Buterin, publiait un livre blanc pour proposer le projet Ethereum, une blockchain 2.0. Son but : briser les limites de la blockchain 1.0 pour ouvrir cette technologie à toutes les applications informatiques. Début 2014, il mettait en vente la cryptomonnaie associée à son projet, l’Ether (ETH), et avait réussi à rassembler 18 millions de dollars. C’est ainsi qu’est né l’Ethereum, la blockchain 2.0, qui accueille actuellement des milliers d’applications décentralisées.

Le bitcoin et l’ether ont attiré un grand nombre d’adeptes, mais la hausse explosive de leur prix s’est retournée contre ces monnaies digitales qui font l’objet d’opérations de manipulation et de spéculation. Leur anonymat, les manipulations et les spéculations sont les principales raisons qui alimentent les critiques qui leur sont faites. À l’autre extrême, leurs adeptes sont enthousiastes et promettent une nouvelle révolution qui va changer le monde. Au moins le monde financier contrôlé par les banques.

Pourtant, le bitcoin et l’ether souffrent d’un problème structurel : la scalabilité, encore un mot emprunté de l’anglais, c’est-à-dire la capacité d’augmenter et de permettre des opérations de plus en plus complexes. Prenons l’exemple des opérations financières. La blockchain 1.0 du bitcoin permet d’effectuer environ sept opérations par seconde. La blockchain 2.0 de l’ether en permet une vingtaine par seconde. Selon les responsables du système Visa implémenté dans nos cartes bancaires, VisaNet peut effectuer plus de 50 000 opérations par seconde. C’est ce qui explique pourquoi envoyer du bitcoin d’une adresse à l’autre peut parfois prendre des heures. L’envoi de l’ether peut prendre quelques minutes, mais nous avons vu ses limites en décembre 2017 lorsqu’un jeu de chats sur la plateforme Ethereum, CryptoKitties, a mis tout le système à genoux.

Concurrencer Visa et les cartes bancaires classiques n’est pas une mince affaire. Et c’est là que la blockchain 3.0 entre en jeu. Plusieurs systèmes qui promettent un million d’opérations financières par seconde pour un tarif insignifiant ou même gratuitement arrivent sur le marché. En 2018 la plateforme EOS, qui promet de remplacer l’Ethereum, est devenue opérationnelle. Plusieurs banques sont en train de tester le système Ripple (XRP), qui devrait remplacer le Swift. D’autres systèmes blockchain 3.0 sont à l’étude : le réseau Cardano avec sa monnaie Ada, Kyber Network (KNC), Tron (TRX) fondé par le jeune Chinois Justin Sun, ou encore les très prometteuses plateformes chinoises Neo et Nem. Et quand les Chinois s’y mettent…

Mirel Bran
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