Tzeedee

De l’importance du live

Sascha Ley, Laurent Payfert et leurs invités sur scène
Photo: Kévin Kroczek
d'Lëtzebuerger Land du 25.10.2019

Sascha Ley et Laurent Payfert forment un duo qui ne laisse pas indifférent. La première est une chanteuse et actrice à la voix multiple et le second, un contrebassiste dont l’habilité n’est plus à démontrer. Tout ça, on le savait déjà. Les deux artistes ont récemment publié un nouvel album commun, It’s alright to be everywhere. Cet opus, paru sur le label allemand JazzHausMusic est composé de 17 titres pour près d’une heure de musique exigeante, parfois difficile d’accès mais franchement intéressante. Le disque a été présenté le 16 octobre à Opderschmelz, devant une audience clairsemée mais acquise à leur cause. Ce fut l’occasion pour le public de (re)découvrir leur talent d’improvisation, trait caractéristique de leur musique, parfois impalpable, mais toujours explosive en live.

Sur la pochette au fond blanc, un cercle bleu masqué par deux formes rouge et verte qui se rejoignent. Une illustration tout en mouvement, qui ne convainc pas, mais qui n’est pas à l’image du contenu. Sur l’introduction éponyme du projet, une voix suave et des cordes en vibration constante. You got fire, Cosmonaut et surtout Piece off, qui suivent, témoignent du caractère expérimental de la musique du duo Ley Payfert. On croirait entendre dix chanteuses différentes, tant Sascha Ley aime à varier sa voix. Des vocalises, du scat, du chant improvisé et bien d’autres choses, répétées sur scène. À Dudelange justement, on reconnaît vaguement quelques structures entendues sur le disque. Le reste est improvisé. Sur Peut-être une autre fois, elle nargue un interlocuteur imaginaire d’une voix nasillarde. Ses sifflements envoûtent l’audience. Les gestes du contrebassiste sont maitrisés.

Pour le reste, la recette est la même qu’à l’accoutumée. Sascha Ley construit des rythmes et des mélodies à l’aide d’un échantillonneur, tandis que son comparse court après la musique ou bien la transfigure. Sur le disque, Resist, Introspection I, Introspection II ou encore Inouïe, sorte de course contre la montre, sont construits sur ce principe d’échantillonneur. L’album est toutefois difficile à appréhender à la longue. La faute à son modern jazz pas toujours créatif et à ses nombreux moments de silence qui peuvent rebuter, à raison. Le projet est cependant ponctué par des pépites, notamment Stronger than me, morceau de jazz plus classique et plus palpable. Le duo est rejoint sur scène par deux invités. Jean-Pascal Boffo est à la guitare électrique et aux effets électroniques et Murat Öztürk est au piano.

Arrive la conclusion du disque Departure, le meilleur titre. Le clavier de Murat Öztürk y est pour beaucoup. Ses nappes du meilleur effet donnent au morceau une ambiance nocturne et jazzy. Les sifflements entendus au début de la représentation et qui se faisaient désirer, pointent enfin le bout de leur nez. Car, il faut encore le souligner, Sascha Ley est une formidable siffleuse. Il y a d’ailleurs dans le sifflement en musique un petit quelque chose d’addictif. Les frissons que peut procurer Wind of change des Scorpions ou bien l’aspect inévitablement entêtant de la bande originale de Twisted nerve – reprise par Tarantino dans Kill Bill et dans de quelques publicités – ont ceci en commun. On pense encore à Alessandro Alessandroni, siffleur d’Ennio Morricone et compositeur de génie de library music. L’ellipse sifflante annonce la fin d’un disque complexe qui gagne beaucoup à être réinterprétée sur scène.

Sascha Ley et Laurent Payfert se produiront sur la scène du Brandbau (Centre Culturel Prabbeli) à Wiltz demain soir, samedi 26 octobre ; plus d’informations sur leypayfert.com et prabelli.lu.

Kévin Kroczek
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