Cinéma

Le bien contre le bien

d'Lëtzebuerger Land vom 01.04.2016

Après que Christopher Nolan et Zack Snyder aient fait renaître respectivement Batman et Superman avec succès au grand écran, ces deux incarnations de la justice font ce qu’ils ont fait depuis un moment dans les fameux D.C. Comics : ils s’affrontent.

Et pourquoi donc ? La bande-annonce suggère que le pouvoir extra-terrestre de Superman et la vénération à son égard sont en train de le dévier du droit chemin et que le justicier de Gotham City passerait pour lui remettre les idées en place. Mais comme les images des bandes-annonces sont davantage choisies pour leur caractère spectaculaire que pour leurs capacités explicatives, on est un peu surpris de découvrir que c’est plutôt l’homme chauve-souris qui s’approche du côté obscur, utilisant la torture pour ces interrogatoires et un fer chauffant pour marquer les criminels. Ce Batman, aigri par une vingtaine d’années dans les bas fonds de Gotham commence à soupçonner Superman de se placer doucement en maître d’un monde totalement à sa merci.

Pour ceux qui acceptent les conventions du genre, cela aurait pu devenir une intrigue plutôt intéressante à suivre sur 151 minutes, si les impératifs de production ne plaçaient pas le degré de compréhension exigé pour regarder un blockbuster à 250 millions de dollars au même niveau que celui d’une chauve souris. Rien que pour ce fait, on regrette Christopher Nolan aux commandes, un des seuls capables d’imposer des scénarios plus exigeants à ce niveau commercial.

Afin de préserver un maximum de temps pour des scènes d’actions, certes visuellement impressionnantes, comme l’attaque sur Metropolis (la fin de Man of Steel) vu à travers Bruce Wayne (Batman en civil), le développement des personnages dans Batman v Superman : Dawn of Justice est réduit à quelques moments-clés parfois un peu maladroitement amenés. Ainsi, pour illustrer la dérive de Wayne par exemple, on le retrouve au milieu de sa maison natale en ruines, déclarant à son serviteur Alfred que ces ancêtres étaient des chasseurs professionnels, pour bien lui signifier qu’il est génétiquement prédisposé à traquer l’homme en acier.

De son côté, Superman se voit à tort accusé d’avoir tué des innocents et savoure un peu trop les bains de foule. Une sénatrice enquête et se fait convoiter par Lex Luthor, un jeune entrepreneur milliardaire, qui veut fournir la solution au problème. Les scénaristes Chris Terrio (Argo, 2013) et David S. Goyer (The Dark Knight, 2008) frôlent toujours l’actualité sans vraiment la toucher. L’équipe de Zack Snyder rate une autre chance de mener sa barque dans des eaux plus profondes avec l’apparition de Wonder Woman (Gal Gadot), qui vient à l’aide lorsque le véritable méchant de l’histoire se dévoile. Batman v Superman: Dawn of Justice passe de manière spectaculaire à côté de son sujet, mais accomplit sa mission de mettre en place les débuts de la Justice League (deux films sont déjà en préparation), la grande alliance des héros D.C. Sinon, le film offre un niveau de démolition à rendre Godzilla jaloux et un Ben Affleck à rendre Christian Bale envieux.

Fränk Grotz
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