Les Escher Majoretten

Pompom Girls

d'Lëtzebuerger Land du 12.08.1999

Cheerio ! Jeannot Clement, le président des Escher Majoretten, et Muriel Nitschké, directrice, entraîneuse diplômée et majorette du Show-Team, le groupe de référence, partagent le grand rire, l'enthousiasme avec lequel ils parlent de leur hobby devenu très exigeant. Constituées suite à un splitting très médiatisé (questions d'argent et mésentente) des anciens, les Majorettes de la Ville d'Esch, en avril 1994, leur ambition est bien plus grande que d'organiser les seuls défilés folkloriques dans les rues de la ville et autres Fête nationale. En 1995, elles décrochent un titre de championnes d'Europe dans la catégorie quattro-junior, titre qu'elles iront défendre en novembre à Viersen. Bien sûr que Jeannot Clement bombe encore le torse de fierté lorsqu'il en parle. 

Muriel Nitschké, quant à elle, se rappelle avec beaucoup d'émotion leur défilé l'été dernier dans le Magic Kingdom de Disney à Orlando / Floride. « Le cadre était absolument formidable. C'était impressionnant, raconte-t-elle avec nostalgie, c'était probablement notre plus belle prestation. » Elle sourit encore des ses grands yeux bleus en en parlant un an plus tard, porte un pull Mickey en souvenir. « Dear Jeannot, Congratulations to you and the members of the Cheerleaders Association 'Escher Majoretten' on being selected as part of Disney Magic Music Days in the Wald Disney World Resort ! » La lettre d'invitation trône dans le dossier de presse épais que le président a constitué en guise de rapport annuel 1998. 

Dans le même dossier, il s'offusque de ce que les organisateurs de le parade Steuben à New York les avaient invités à participer cette année pour le prix de 110 dollars et que « da die Escher Majoretten sich weder im Inland noch im Ausland Auftritte erkaufen, wurde diese Einladung abgelehnt. » Le site Internet www.majorettes.lu vante les mérites de la troupe constituée d'un Show-Team d'une vingtaine de filles, d'un Drum-Band et d'un Music-Band ; on peut même y regarder photos et extraits de vidéos.

Bien sûr que le voyage aux Etats-Unis n'a pu être qu'impressionnant, comme il s'agit du pays de provenance des majorettes : ayant débutées en tant que parodie du drum-major qui précédait l'arrivée de l'armée américaine, elles n'arrivèrent en Europe que vers la fin des années 1970. À Esch, le premier mouvement a été formé il y a une quinzaine d'années, au début comme étant une section du club de gym Eschois. Bien qu'aujourd'hui, il existe des clubs à Wiltz, Differdange, Rodange, Schifflange et même Luxembourg - Jeannot Clement veut constituer un historique du mouvement au grand-duché - on n'entend parler que de celles d'Esch, surtout à cause de la rivalité qui oppose les deux clubs. 

Alors que les majorettes de l'université de Floride clament fièrement 

« Twirling... Sport of the 90's ! » sur leur page web, il n'est pas encore considéré comme un sport partout en Europe. Comme la natation synchronisée, les majorettes semblent être un sport féminin - bien que Muriel Nitschké ne voit aucune exclusivité, se rappelle même la présence d'un garçon dans leur troupe il y a quelques années. Pour sa part, elle a passé un diplôme d'entraîneuse en Belgique et y retourne régulièrement en stage. 

Car bien qu'ayant l'air d'être exclusivement folklorique et assez primitif, le twirling est constitué de règles et de gestes codifiés. Ainsi, il y a cinq sortes de prises du bâton (d'une longueur 

de 40 à 70 centimètres, selon la longueur du bras de la fille) : verticale, horizontale, roll, aerial ou en combinaison avec un mouvement de gym. En utilisant des pompons au lieu du bâton, les majorettes peuvent opter pour des exercices plus dynamiques, plus physiques aussi, car ils demandent moins de concentration. Muriel Nitschké raconte toute la peine qu'elle se donne afin d'établir un programme varié, d'utiliser des thèmes musicaux populaires, les hits de l'été par exemple, pour que le public ne s'en lasse pas. 

« Je suis toujours étonnée de voir combien de gens s'arrêtent encore lorsqu'ils nous voient défiler dans la ville, alors que c'est toujours la même troupe. » Les filles ont quelque 70 engagements par an, relâche en août, se partagent entre parades folkloriques et participations à des concours à l'étranger. 

Le 3 juillet a eu lieu leur grande fête « Mamufo », majorettes, musique et folklore, sur la place de l'hôtel de ville à Esch, une sorte de grande kermesse triste qui baignait dans l'odeur des frites, faisant se suivre troupes de gym et de majorettes sur un petit podium devant un public peu nombreux. Deux jours avant le festival, la députée européenne Viviane Reding (PCS) écrit, dans une triple page de publi-reportage dans le Luxemburger Wort : « L'Europe de la culture n'a rien à voir avec harmonisation ou unification. Au contraire, c'est la diversité de nos cultures, de nos traditions qui font la richesse de l'Europe dans ce domaine. Ce Festival de majorettes, musiques et folklore est sans doute un élément de cette diversité. » Alors que, en réalité, les majorettes sont le symbole même de la culture populaire américanisée, vide de sens, d'une mondialisation de la culture du carnaval.

Muriel Nitschké explique qu'elles ne trouvent pas leur matériel au Luxembourg, doivent aller acheter leurs pompons en Belgique et les bâtons de twirling en France. Les vêtements par contre, les majorettes les acquièrent dans les magasins de sports pour les tenues normales, alors que l'uniforme de gala, pour les grands moments, est créé et cousu sur mesure par 

Charlotte Bimmermann - « haute couture française ! » précise Jeannot Clement. Et que les Escher Majoretten se démarquent par leur « chic, charme rythme et élégance ». Il n'est jamais en mal de superlatifs. 

josée hansen
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