CD White de Lisa Berg

Une brève histoire du blanc

d'Lëtzebuerger Land vom 10.06.2016

En novembre dernier la talentueuse violoncelliste luxembourgeoise Lisa Berg a publié son premier album solo, White. Un album blanc présenté dans une pochette épurée qui annonce la couleur. Mais laquelle au juste ? Ce ne sont pas tant les différentes nuances du blanc qui sont à prendre en compte, mais plutôt la perception du blanc aux multiples interprétations. Entre ceux qui considèrent le blanc comme étant la représentation symbolique du vide et ceux qui, au contraire, y voient la possibilité de l’infini. En 1968, les Beatles publiaient un album éponyme, dans une pochette totalement blanche et qui pourtant cachait un double album riche et varié. Le terme d’éclectisme, souvent utilisé à foison et à tort, atteignait alors ses lettres de noblesse. Un album blanc synonyme d’infini musical en somme.

Aujourd’hui et avec un style musical propre à elle, c’est Lisa Berg qui met en avant cette couleur pure qui pourtant anime encore les débats. Talent incontesté de la scène luxembourgeoise, elle a par ailleurs répondu à l’invitation du groupe Détroit (Bertrand Cantat et Pascal Humbert) pour lequel elle a joué sur trois morceaux de leur album Horizons, disque de platine en France.

Pour son premier album, treize titres se suivent, les mauvaises langues diront qu’ils se ressemblent. Il faut reconnaître que de nombreux auditeurs n’ont plus tellement l’habitude d’écouter des musiques instrumentales, au violoncelle qui plus est. Le disque s’ouvre sur Juno, le ton est donné, le violoncelle est percutant, accompagné par une base rythmique toujours effectuée par l’artiste, on croirait entendre une chevauchée. La musique de White coule discrètement, comme Frost, la prochaine. Ghost est à l’image de son titre, énigmatique. Dans Escape, les cordes crient et se mélangent aux bruitages ajoutés. On ne retient pas tant My Girl. Le titre suivant par contre, Hope, est très beau, le clip vidéo publié sur la chaîne Youtube de l’artiste est tout bonnement magnifique. On y voit des images de l’artiste au travail se mixer avec des paysages à couper le souffle, une forêt, une rivière, des oiseaux. C’est par ailleurs pour cette raison qu’on associe la musique de l’artiste à de l’eau qui coule comme dans une rivière – des éléments devenus les principales caractéristiques de son univers musical.

Waves entre dans cette lignée de musiques qui débutent par le bruit de la pluie, d’un orage, on pense aux Doors avec leur Riders on the storm. Weeping song est différente : on entend des échos, des voix féminines transformées. Pour le coup le titre reprend un schéma souvent exploité par Yann Tiersen, à qui on la compare en raison des résonances celtiques de l’album, celui d’une répétition crescendo où à chaque mouvement de nouveaux instruments viennent s’agripper et provoquer une explosion musicale. Ici, le violoncelle omniprésent nous hante. On notera un travail sonore tout à fait intéressant, le meilleur titre du disque sans doute. Sisu est une jolie balade mais qui ne reste pas, Search renvoie à Juno, le premier titre, pour son côté rythmique et percutant. L’album se clôture avec Moon, musique lancinante, arabesque. Un dernier titre caché nous fait sourire, aux sonorités électriques, le violoncelle vient trancher les bruitages de morse télégraphiques et de lasers qui s’entrechoquent.

L’album est composé de jolies musiques qui passent, très simplement on n’entend pas le temps passer. Ce qui est à la fois sa grande force et sa plus grande faiblesse. En effet, tout le monde y trouve son compte, mais en même temps on ne retient qu’un souvenir assez vague même après plusieurs écoutes. Restera cependant l’ode à l’espoir Hope et la techniquement parfaite Weeping song.

Lisa Berg qui n’est plus montée sur scène depuis l’été dernier en raison de problèmes de santé, se présentera au public du Grand Duché en compagnie de Sun Glitters le 18 juin prochain à l’occasion de la Fête de la musique à Bridel. Puis le 8 Juillet, seule à la Kulturfabrik à Esch-sur-Alzette. L’affirmation Lisa is back placardée sur le mur Facebook de sa page officielle est fausse, elle n’est jamais vraiment partie, ce disque en est la preuve.

http://lisaberg.lu/homepage/
Kévin Kroczek
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