Muséographie

Le grand chantier

d'Lëtzebuerger Land du 25.03.2010

On était venue au Musée national pour s’informer sur la nouvelle conception des salles dédiées aux Arts décoratifs et arts et traditions populaires, fermées depuis novembre dernier. L’entretien – avec le directeur de la section Jean-Luc Mousset mais aussi le directeur du musée Michel Polfer – s’est avéré englober un chantier bien plus vaste.

La conversation a donc bien porté, on va y revenir, sur la nouvelle approche en voie d’élaboration pour les collections des Arts décoratifs et arts et traditions populaires mais aussi sur la substance et la destination future des maisons patriciennes de la rue Wiltheim. Rappelons que la section, riche en armoires, coffres, taques, faïences ou encore une cuisine et une pharmacie reconstituées, couvre une période qui va du XVIe au XXe siècle. Elle existe depuis 1938, les collections ont été enrichies en permanence sous la forme qui était visible depuis 1978 et va donc connaître des bouleversements, car sa muséographie n’avait pas été incluse dans le projet du « nouveau MNHA » donnant sur le Fëschmaart. On rappellera que celle-ci est signée du couple architecte-muséographe Christian Bauer et Richard Peduzzi et qu’elle a été inaugurée en 2002.

La substance constructive des maisons, néanmoins déjà reliées au « nouveau musée » via le niveau -1, vient d’être analysée par l’archéologue du Fonds de la Vieille Ville Isabelle Yegles pour déterminer quels éléments architecturaux (structurels, fonctionnels et décoratifs) devraient être conservés et restaurés en l’état. C’est partant de ce premier constat que les architectes du bureau Architecture [&] Environnement, lauréats de la consultation organisée par le Fonds, vont tout d’abord avoir la mission de rénover les maisons. Ceci donc non seulement pour la section Arts décoratifs et arts et traditions populaires – qui ne devrait occuper que le rez-de-chaussée et le premier étage. Car voici la nouveauté annoncée par le directeur Michel Polfer pour des activités qui manquent jusqu’à présent au MNHA faute d’espace : deux à trois ateliers du service éducatif devraient trouver un cadre approprié dans les vastes combles des maisons de la rue Wiltheim.

Pour les expositions temporaires, pragmatique, le musée a jusqu’à présent annexé des salles destinées dans le concept Bauer-Peduzzi côté marché-aux-poissons, à la collection des beaux-arts, quand les grandes dimensions de la salle Wiltheim attenante ne permettaient pas de mettre en valeur le contenu d’expositions d’objets d’échelle plus petite ou précieuse requérant un cadre plus intimiste… Elles devraient elles aussi trouver leur place rue Wiltheim, comme les collections de photographies et d’arts graphiques du MNHA, qui n’ont pu jusqu’à présent être montrées au public et qui seront hébergées aux deuxième et troisième étages des maisons patriciennes.

Jean-Luc Mousset, responsable de la section Arts décoratifs et populaires se réjouit, lui, tout d’abord de disposer désormais d’un nouveau dépôt, hors les murs même de l’institution. En effet, ceux qui aimaient visiter ces salles par le passé, se souviennent nonobstant leur qualité, et leur aspect sympathique au demeurant d’une incroyable accumulation d’objets. Mais selon le conservateur, il s’agit désormais de faire le tri et de privilégier une approche plus dépouillée, même si un intérieur complet comme la Stuff de Koerich, ou telles pièces à valeur historique des maisons, une cuisine, une cheminée, pourront constituer un exemple du passé in situ.

Le conservateur privilégie en effet une approche plus scientifique que les reconstitutions, qui certes revêtent un caractère intimiste, souvent enchanteur aux yeux des visiteurs de musées folkloriques, mais faux au plan historique, puisque composé d’éléments de provenances disparates, quand bien même ils sont de la même époque ou de la même origine stylistique. L’ambitieux concept – qui devra encore être travaillé avec un scénographe – devra donc avoir une lisibilité pour un public qui, depuis les dernières décennies, est aux dires de Jean-Luc Mousset, passé des « amateurs locaux », souvent héritiers de pièces dont on retrouvait des exemples similaires à la maison, à une audience plus large, tant nationale qu’étrangère, moins au fait des us et coutumes locales.

Ainsi ne reverra-t-on pas dans le nouveau concept la collection de peintures sous verre exposée par le passé de façon permanente, s’agissant d’un ensemble légué par un collectionneur au musée et composé de pièces étrangères au territoire luxembourgeois. Pareillement ne retrouvera-t-on qu’avec parcimonie, par exemple dans un intérieur, tel ou tel objet de dévotion, y compris de notre cher culte marial. Car le nouveau concept se veut apporter des explications à la fois fonctionnelles, historiques, représentatives et sociologiques, situer ce qui est typiquement luxembourgeois dans un objet ou un ensemble exposé de manière didactique. Notre « exception » étant selon Jean-Luc Mousset, notre ancrage sociologique modeste et qu’il faudra aider à décrypter. Il nous aura manqué selon ses dires, d’une lignée aristocratique, d’une dynastie suffisamment puissante et éclairée à l’origine d’un grand hé-ritage patrimonial, identifiable en tant que tel. Cela ne nous a pas réussi, faut de descendance du duc de Mansfeld.... Espérons que les ambitions affichées pour les maisons de la rue Wiltheim sauront remplacer cet accident de l’Histoire !

www.mnha.public.lu
Marianne Brausch
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