Du dépeuplement à l’explosion démographique

1982-2020

d'Lëtzebuerger Land du 31.01.2020

Pour saisir l’évolution de la population scolaire de la capitale, il faut revenir aux années 1980. On a tendance à l’oublier, mais avant d’être débordée par l’explosion démographique, la maire Lydie Polfer (DP) était confrontée au dépeuplement de la Ville. Lorsqu’en janvier 1982, elle devient pour la première fois bourgmestre, le Land écrit que son défi principal sera d’endiguer « l’exode urbain […] préjudiciable ». L’évolution démographique retrace une lente saignée. Entre 1981 et 1991, la population de la Ville de Luxembourg tombe de 78 900 à 77 500 habitants. Quatorze quartiers verront leur population décroître. À commencer par la Ville-Haute ( -1 932 habitants), Belair (-914), Grund (-778), Hollerich (-601) et Bonnevoie-Nord (-477).

Les jeunes familles luxembourgeoises tournaient le dos à la Ville. Un départ en masse. Entre 1983 et 2009, le nombre de résidents de nationalité luxembourgeoise chute de 50 000 à 32 000. « Die Menschen flüchten aus den anonymen Städten, aus der eingeengten Sphäre hinaus in die ‘Natur’ », notait ainsi le magazine Forum dès 1977. Dans les années 1980, la presse peignait le portrait d’une ville « asphyxiée par le poids des banques » et par d’« énormes problèmes de circulation ». Le géographe Claude Gengler évoque en 1990 « le citadin malade […] de ‘sa’ ville ». Dans Le Luxembourg dans tous ses états, il décrit une ville « monstrueuse », « étouffante », « construite et aménagée pour l’automobile », se présentant comme « un énorme chantier ».

Mais, en rétrospective, la raison de l’exode fut probablement plus prosaïque : les Luxembourgeois réalisaient leur rêve petit-bourgeois du suburbia : une villa au vert, de préférence dans une cité nouvelle. On préférait s’installer dans les bungalows de la ceinture dorée, puis dans des communes rurales plus éloignées. Manquant de densité et de transports en commun, ce modèle était rendu possible par le tout-automobile et des routes (relativement) peu encombrées. 1974 marque une date symbolique. C’est l’année où la City Concorde et la Belle Étoile ouvrent leurs portes en périphérie de la Ville. Jean Bram et Paul Leesch avaient créé chacun leur bunker de la consommation, deux ersatz d’urbanité, sans chaos, ni pauvres.

Le départ des Luxembourgeois sera compensé par l’arrivée de nouveaux résidents. Depuis 1997, les étrangers sont plus nombreux que les Luxembourgeois. Sous la pression de la gentrification, la figure de l’expatrié remplace progressivement celle de l’immigré. Entre 2012 et 2019, le nombre de Portugais a chuté de 14 084 à 12 209, alors que le nombre de Français est monté de 14 173 à 20 889. bt

Bernard Thomas
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