CD Defunctus in heresy d'ExInferis

Gutturalement vôtre

d'Lëtzebuerger Land vom 06.03.2008

Figure de proue de la scène métal du Luxembourg, ExInferis nous redonne des signes de vie. Non pas que la formation ait été donnée pour morte, mais il faut dire que le dernier Defunctus in heresy remonte à 2004-2005. Cet album, qui leur a valu une certaine reconnaissance outre Luxem­bourg, a dû planer tel une épée de Damoclès sur nos headbangers de l’extrême. Revenant sur le devant de la scène par l’entremise d’un EP de six titres de 27 minutes intitulé Hidjama et paru sur Noise­works Records, on pourrait croire, au premier abord, que cette suite s’avère bien maigre par rapport à l’attente générée et taxer d’un même élan la formation de glandeuse. Il est vrai que six titres en trois ans, c’est bien peu…

Mais ce serait allé un peu vite en besogne ! En perfectionniste avisé, le quintette ExInferis a sans doute choisi l’option de ne proposer que les morceaux les plus aboutis et d’éviter tout remplissage inutile. Certes, le format EP compte pour beaucoup pour des cacahuètes, en ces temps de formatage forcené où la révolution digitale se fait un peu plus chaque jour la peau du format CD. Ce parti pris de ne donner que l’essentiel ne se départit pas d’une volonté d’offrir aux amateurs un bel objet d’une sobriété rare pour le genre musical considéré. 

Ainsi, l’étui qui renferme la galette est présenté en fourreau en carton et s’avère du plus bel effet, donnant un certain cachet à l’ensemble. Le très bel ouvrage est signé Mik Muhlen. En ce qui concerne l’aspect pro­duction, ExInferis s’est rendu en Allemagne au Rape of Harmonies Studios (qui a accueilli entre autres Heaven Shall Burn, Neaera, Fall Of Serenity). Vous vous doutez bien que la session d’enregistrement ne fut pas unplugged !

D’une brutalité et d’une précision démoniaques, les six titres captent un groupe au sommet de sa forme. Du haut de sa tour aux fondations deathmetal et hardcore, ExInferis a pris de la hauteur. La vitesse d’exécution impressionne, mais au lieu d’être bêtement démonstrative, elle se met au service d’un sens épique noir et un peu morbide comme sur Sweet venom ou sur Arcadia avec sa chevauchée de guitares. Peu avare en breaks incandescents, ExInferis s’ingénie à nous foutre le vertige. Malsain et agressif, Hidjama s’offre même l’une ou l’autre envolée lyrique comme le solo de guitare sur Tail-devourers. L’intensité des riffs et l’ambiance glauque ne semblent jamais retomber et étouffent par moments l’auditeur.

Évidemment, ExInferis appelle surtout un public connaisseur baignant déjà un peu dans ce genre de sonorités ou affectionnant ce type de frisson comme d’avoir le souffle d’un orque patibulaire dans la nuque. Reconnaissons néanmoins que la formation réussit là son retour et gageons que la scène métal en dedans et en dehors de nos frontières saura reconnaître en eux de dignes vétérans (rappelons que leurs débuts remontent à 1999, tout de même) qui en ont encore sous la patate et une féroce envie d’en découdre...

Plus d’informations : www.exinferis.com, www.myspace.com/exinferismusic  

David André
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