Chroniques de l’urgence

Bye bye, neige

d'Lëtzebuerger Land vom 28.02.2020

Du nord au sud de l’Europe, le constat est clair : les sports d’hiver en tant qu’activité de loisirs de masse sont condamnés.

Tout près d’Oslo, il y a désormais une piste artificielle de ski. Dans l’esprit de ses créateurs, Sno Resort était censé offrir une alternative facile d’accès aux amateurs de glisse les jours de mauvais temps. Il en coûte 350 couronnes (35 euros) par jour à un adulte pour profiter d’une piste de ski alpin de 500 mètres et d’une autre de ski nordique. Sauf que, après un mois de janvier d’une douceur historique – le plus chaud en 141 ans de mesures – et avec certains secteurs du pays qui affichent une température supérieure de 25°C aux moyennes saisonnières, on vient aujourd’hui skier à Sno Resort non parce qu’il fait trop mauvais dehors, mais parce qu’il n’y a pas de neige. Petit rappel : c’est la Norvège qui a inventé le ski.

Cap sur la Haute-Garonne. Craignant de devoir fermer son domaine skiable à l’approche des vacances scolaires de février-mars, la station de Luchon-Superbagnères a fait livrer cinquante tonnes de neige par hélicoptère sur ses pistes pour débutants. Les images de cette initiative tout sauf climato-compatible ont fait le tour du monde. Le directeur du syndicat mixte de Haute-Garonne Montagne l’a justifiée comme suit : cet investissement de quelque 5 000 euros permet d’assurer des recettes dix fois supérieures et de sauvegarder 80 emplois durant la période fatidique qui assure à la commune le gros de ses recettes annuelles. « Nous n’avions pas le choix », s’est-il défendu.

Des Pyrénées aux Alpes : quelque 80 militants se sont rassemblés le weekend dernier sur l’aéroport de Chambéry pour une « action collective non-violente » baptisée « Tousse en piste ». Le département finance une grande partie des frais de fonctionnement de l’aéroport, qui dessert surtout les domaines skiables de la région, tandis que Vinci, détenteur de la concession, « entretient a minima les infrastructures pour maximiser ses gains sur le fonctionnement », disent les activistes. « Les impôts des Savoyards partent directement à des actionnaires », a résumé leur porte-parole. Or le ski, « c’est du bétonnage à outrance, des gaz à effet de serre à n’en plus finir et une consommation d’eau monstrueuse pour faire de la neige artificielle », a-t-il détaillé. Les militants demandent la fin des aides publiques au transport aérien et la fermeture de l’aéroport en 2029, date de fin de la concession de Vinci. Alors qu’ils scandaient « CRS doucement, on fait ça pour vos enfants », les manifestants anti-gaz à effet de serre se sont fait asperger de gaz lacrymogène à bout portant.

Ceux dont le modèle d’affaires repose sur le retour saisonnier de l’« or blanc » seraient bien inspirés de passer à autre chose.

Jean Lasar
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