Luxemburgensia

Anachronique

d'Lëtzebuerger Land du 21.08.2015
Ce roman est le premier écrit d’une jeune fille aujourd’hui âgée de quatorze ans. Mais c’est entre ses dix et onze ans qu’il naquit. Une entreprise on ne peut plus précoce ! Ceci dit, précocité ne signifie pas maturité, terme employé par l’éditeur dans une courte préface. La jeune auteure a sans doute dévoré des kilos de livres depuis son plus jeune âge. Certes, elle a un penchant pour l’écriture, déborde d’imagination et est douée en français. Mais son roman dénote ce qu’elle est : une jeune adolescente, en proie aux tracas de son âge, et c’est tant mieux ainsi. Ingrid, son héroïne, son alter ego, est une lycéenne de 17 ans et demi. Car les demi-années, on les compte à cet âge-là. De même qu’on se prend toujours pour plus vieille qu’on ne l’est, au grand dam des parents. Moi, Ingrid est un roman d’aventures sous forme de journal intime. Des aventures riches, extraordinaires et improbables, qui se déroulent en même pas un mois et demi. À l’image de ces mondes fertilisés par une imagination débordante que l’on se crée, pendant l’enfance, pour échapper à l’ennui et aux barreaux du quotidien. Et dans lesquels on joue non seulement le rôle principal, mais on est aussi sans cesse sollicité pour résoudre de vertigineux problèmes et se sortir de mauvais pas. Pourquoi Inès/Ingrid veut-elle donc s’échapper du monde réel ? Eh bien, l’école lui pèse, sa meilleure amie ne lui offre pas assez de compréhension ni de soutien, elle se fait racketter tous les vendredis en rentrant de l’école, ses parents, croyant qu’elle perd son argent de poche par dilettantisme, en ont terminé de toute bienveillance à son égard et sa mère va jusqu’à décider qu’ils ne lui financeront pas les études tant souhaitées. La goutte d’eau qui fait déborder le vase. Et Inès/Ingrid de prendre le large, mettre les voiles. Aux sens propre et figuré. Puisqu’elle va secrètement embarquer à bord d’un voilier dont l’équipage est une bande de malfrats. Mais puisqu’elle s’est faite héroïne, elle viendra à bout de toutes les roueries et recouvrera fierté et estime de soi. Bref, rien de très nouveau sous le soleil, si ce n’est que la jeune auteure/héroïne semble être d’un autre temps. Celui d’avant le téléphone portable, l’ordinateur, Internet et les réseaux sociaux. Une adolescente du troisième millénaire aurait confié ses soucis à ses amis via Facebook et, pour échapper à l’oppression du quotidien, aurait posté une annonce sur la Toile. À la place d’un 45 tours de Joe Dassin, elle aurait glissé dans son bagage son smartphone sur lequel elle aurait écouté Lady Gaga et Shakira et avec lequel elle aurait fait des selfies et lancé un SOS. Un petit goût naïf et suranné du Club des Cinq, des Six Compagnons et du Clan des Sept. Lore Bacon
Inès Pyziak : Moi, Ingrid ; Éditions Guy Binsfeld, Luxembourg, 2014; ISBN 978-2-87954-281-2.
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