Fonds national de la recherche

Effilochures

d'Lëtzebuerger Land du 02.01.2003

Qu'on ne s'y méprenne pas: constituer une base de données ou organiser une semaine de vulgarisation et sensibilisation scientifique sous le titre de Science Festival au naturmusée ne représente en fait que l'effet secondaire d'un paysage de recherche qui serait dynamique. Or, à défaut de projets de recherche hard core, le Fonds national de la Recherche (FNR) subventionne ces projets avec des sommes allant de 200000 à 250000 euros, dans le cadre de ses programmes d'accompagnement. Lorsque le FNR présenta le premier bilan de son appel public pour le programme Vivre demain au Luxembourg portant sur les sciences humaines, jeudi 19 décembre 2002, aussi bien la ministre responsable, Erna Hennicot-Schoepges (PCS), que les responsables du Fonds tentaient tant bien que mal de maquiller leur déception en optimisme. 

Mais c'est bien d'un échec qu'il faut parler. Car si les quatre programmes précédents - dans les sciences dites dures, médicales ou naturelles - s'étaient soldés par une trop grande affluence de projets de recherche par rapport aux budgets disponibles, créant des listes d'attente plus ou moins longues, le Conseil d'administration du FNR se voyait dans l'impossibilité de distribuer les quelque 12 millions d'euros dont il dispose pour le programme Vivre. Suite à l'appel public à projets lancé en avril 2002, il avait bien reçu 27 projets pour un budget global de 14 millions d'euros, mais seuls 17 de ces projets de recherche ont reçu l'aval des experts indépendants contactés par le FNR afin d'émettre un avis sur la valeur et la faisabilité des projets. Trois projets seulement furent retenus sans aucune modification; seuls 4,9 millions d'euros seront attribués dans cette première phase. Un deuxième appel public doit relancer le programme en 2004.

Même si le président du Conseil scientifique du FNR, Jean-Frank Wagner, ne voulait pas donner les raisons de cet échec, l'expérience prouve pour le moins dans quel état désastreux se trouvent les sciences humaines au Luxembourg. Leur plus grande faiblesse est sans aucun doute actuellement structurelle: dans une logique utilitariste, les cellules embryonnaires de sciences humaines et sociales sont les mal-aimées dans le cadre de la création de l'Université de Luxembourg. L'application du nouveau statut de l'enseignant aux instituts d'enseignement supérieurs a contribué à les vider de leur substance, leur survie est loin d'être assurée. Il manque tout simplement une masse critique de chercheurs, qui ne se trouvent pas dans la rue. Et en plus, les moyens sont éparpillés entre différents instituts: ironie du sort, le projet Impalla (Internatonal master in social policy analysis by Luxembourg, Leuven and Associate Institutes) du Ceps/Instead fut lancé la veille de la conférence de presse du FNR.

Parmi les projets retenus, on remarquera à nouveau que l'utilitarisme est de mise: le projet du Centre de recherche public Gabriel Lippmann L'avenir de la place financière du Luxembourg - À la recherche d'un cadre juridique, économique et éthique porteur se taille la part du lion du budget et sera financé à lui seul à hauteur d'un million d'euros. Un des objectifs avoués du programme Vivre est de «mettre l'accent sur la recherche d'options et de stratégies pour le futur», or, dans le troisième axe du programme, portant sur «l'ère de l'information et de la communication» - médias, nouvelles technologies, etc. - aucun projet ne fut retenu. Les autres seize projets de recherche qui ont l'aval du FNR partent dans tous les sens: de «l'étude du rôle des lieux de mémoire dans la constitution des identités collectives luxembourgeoises (CunLux, 20000 euros) en passant par «l'application de l'artthérapie» (CRP-Santé, 210000 euros) jusqu'aux «changements climatiques et d'occupation du sol» (CRP-GL, 450000 euros) ou l'étude de «l'espace et du patrimoine culturel» (MNHA, 390000 euros). Les études des grands défis par contre, notamment celui de la cohésion sociale face aux migrations, n'ont pas trouvé preneur.

josée hansen
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