Coup de poker

Syriza démodé ?

d'Lëtzebuerger Land vom 04.09.2015

Syriza éclaté Le parti de gauche radicale grecque a remporté les élections en janvier en proclamant que « L’espoir arrive ». Il se présente – neuf mois plus tard –  aux élections du 20 septembre prochain avec un slogan, encore provisoire assez vigilant : « Seulement en avant ». Personne ne sait, à l’heure qu’il est, ce qui va advenir du 36,34 pour cent obtenu en Janvier. Les membres du parti, les militants, tout comme la majorité du peuple grec sont déboussolés par les sécessions, les changements de clan, les nouvelles formations et les coups bas auxquels se donne avec brio le parti majoritaire divisé ainsi que toute la classe politique grecque.

Pour ce qui est des « grands noms » et des forces internes de Syriza : Yanis Varoufakis, ne devrait plus être de la partie car il prépare un mouvement pan-européen, « surprise » à découvrir bientôt. Le secrétaire général de Syriza, Tassos Koronakis, a démissionné en fustigeant le « manqué de démocratie » au sein du parti depuis l’accord. L’un des collaborateurs les plus proches de Tsipras, rédacteur de ses discours et membre fondateur du parti, Thodoris Kollas, a également quitté son poste – mais pas le parti – avec une lettre ouverte qui dénonce l’annulation même du mandat de Syriza par ses pratiques et positions. Panagiotis Lafazanis, ancien ministre de l’Énergie (originaire du parti communiste grec), a effectivement créé le parti dissident de l’« Unité populaire » avec lequel Zoé Konstantopoulou, ancienne présidente du Parlement grec, va collaborer en tant qu’indépendante. Ils aspirent à être la troisième force politique au Parlement.

Coup de poker « Les Grecs croient encore qu’Alexis Tsipras a tout essayé lors des négociations, qu’il a été l’objet de chantages de la part des Européens. En outre, ils ne veulent pas de l’ancienne classe politique corrompue : l’opposition actuelle ne représente pas une alternative », explique Christos, l’un des désormais rares membres de la jeunesse de Syriza a soutenir encore le parti.

Le premier ministre démissionnaire Alexis Tsipras, mise en effet sur sa popularité et tente d’enrayer l’éclatement de sa formation. L’ancien ministre des finances Euclide Tsakalotos a confirmé qu’il se présenterait aux élections sur les listes de Syriza, de même que l’ancien porte-parole du gouvernement Gabriel Sakellaridis.

« C’est cette popularité encore acquise qui a poussé le premier ministre a démissionner maintenant. Alexis Tsipras choisit de convoquer des élections dans l’immédiat, car il sait que dans six mois, il ne bénéficiera pas forcément de la même popularité. Tout le monde est dans l’angoisse. Encore. On va aller voter puisque de toute façon, c’est notre devoir. Des élections sont elles le besoin primordial de la Grèce aujourd’hui ? Le parti est divisé, d’accord, mais quand on a un problème en interne, on le règle en interne, on ne provoque pas des élections qui concernent tout un peuple », s’enrage Marios, photographe professionnel.

Aujourd’hui, la préoccupation d’Alexis Tsipras n’est donc pas l’opposition « classique » dont les erreurs et tricheries continuent à enrager le peuple grec : c’est l’aile gauche de son parti qui le critique ouvertement ; notamment dans ses nombreux communiqués dont voici un exemple : « Le gouvernement agit sous le régime de la panique et de la peur. Il veut appeler les citoyens à voter avant qu’ils ne soient informés de la totalité des mesures comprises dans le troisième mémorandum et avant qu’ils ne ressentent leurs effets au quotidien ». L’aile gauche du Syriza anti-euro ne représente théoriquement qu’entre 3 et 4 pour cent de l’électorat de Syriza, mais les données aujourd’hui sont autres…

Et le « non » ? La question est de savoir que vont devenir les électeurs enthousiastes de Syriza en Janvier et que vont devenir les électeurs convaincus du « Non » au référendum de juillet. Nikki, coiffeuse, ne dissimule pas sa déception, après l’acceptation d’un mémorandum qu’elle trouve « beaucoup trop difficile pour le peuple grec », incluant notamment une hausse de la TVA sur certains produits ou une profonde réforme des retraites. Elle dit d’un air presque indifférent : « Si je vote, je voterai pour Aube dorée [le parti néonazi] aux prochaines élections : ce sera la seule solution pour montrer mon mécontentement ! »

Horizon inconnu Un passant qui entend cette conversation et prédit : « On risque d’avoir de mauvaises surprises lors de ces élections anticipées. Plus personne ne se reconnaît dans les partis actuels. La politique est devenue chaotique, nous n’avons plus de repères dans notre paysage politique, les gens sont perdus idéologiquement, les partis politiques ont chuté ». Pour cet homme, il est impossible d’anticiper le résultat de l’élection, mais pas celle de la rue : « Les gens iront de nouveau protester, crier, se battre pour leurs droits, mais je ne suis pas optimiste. Cela fait longtemps que l’on vote et manifeste sans que cela ne soit efficace ».

Sofia Eliza Bouratsis
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