Robert Frankle, Divieto di Abbandono

Nos obsessions

d'Lëtzebuerger Land vom 28.10.2016

Il tourne la clé dans la serrure, descend la poignée pour vérifier si la porte est bien fermée, refait le même mouvement encore et encore. Les mains de l’homme sont filmées en plan rapproché, la scène se répète à l’infini. Un autre vérifie s’il lui reste de l’argent dans son porte-monnaie, si un interrupteur est bien éteint et ainsi de suite. Checking de Robert Frankle est une série de petites vidéos qui traitent de ces obsessions du quotidien que chacun connaît : Est-ce que le fer à repasser est bien éteint ? Les portes toutes fermées à clé ? Celle du garage est-elle bien descendue jusqu’au point final ? Sauf que chez Robert Frankle et tous ceux qui souffrent de troubles obsessionnels-compulsifs, ce n’est pas un jeu, pas un petit détail qui fait sourire, mais cela peut devenir une angoisse qui bouffe la qualité de vie des personnes concernées.

Divieto di abbandono au centre d’art Nei Liicht à Dudelange est la première exposition personnelle de Robert Frankle, artiste américano-luxembourgeois qui est venu à l’art sur le tard – âgé de 51 ans aujourd’hui, il avait 47 ans quand il s’est inscrit à l’Académie des beaux-arts à Venise et une carrière dans le secteur des finances derrière lui. S’il est devenu artiste, c’est qu’il en avait, des choses à raconter. Sur sa vie troublée et sa manière à lui de surmonter ces traumatismes. Abandonné à sa naissance par ses parents adolescents et élevé par des parents adoptifs, il se bat toujours contre cette angoisse d’être rejeté à nouveau – le titre de l’exposition le dit bien, il s’agit de ce panneau d’interdiction de jeter des déchets qu’on trouve partout dans Venise. Rebecca, un film documentaire sur un bébé sidéen abandonné et recueilli par des parents adoptifs, qui parlent ici avec beaucoup d’amour de sa courte vie de seulement un an, est une reproduction littérale de son expérience.

Se sentait-il comme un déchet, mal aimé, quelque chose qu’on jette ? Sa vie sera faite de comportements obsessionnels pour se réapproprier sa vie : comme celui d’imaginer des vies à ses peluches d’enfance – la belle installation photographique Teddy : Fantasy & reality consigne cet univers enfantin où angoisses et émerveillement se côtoient. Scars, également une série de photos, essaie de décrire le caractère unique d’un être humain, en l’occurrence l’artiste lui-même, par les cicatrices sur son corps, en tenant méticuleusement un registre des incidents qui les ont provoquées, de la date et de l’endroit.

Classer, ranger, faire régner un ordre où rien ne dépasse semble être une manière de maîtriser le monde, comme le montre le petit film Sorting, où comment trier, inventorier et ranger une montagne de timbres selon leur pays d’origine – avant de tout brouiller à nouveau. Robert Frankle, nouveau Sisyphe ? Faut-il alors l’imaginer heureux ? Pas sûr. Pounding est une série de petits films sur des comportements obsessionnels violents, proches de l’automutilation, comme se frapper soi-même ou frapper avec son poing sur une surface, qu’il exerça enfant pour maîtriser ses émotions. Mais, malgré tout, aujourd’hui, Robert Frankle semble avoir trouvé une sorte de paix intérieure : dans First gaze, on le voit au réveil, immédiatement après s’être levé. Et il y a certes cette torpeur naturelle dans son regard, mais aussi un calme évident.

Divieto di Abbandono – L’abbandono e il deposito incontrollati di rifiuti sul suolo e nel suolo sono vietati de Robert Frankle s’est terminé hier, jeudi 27 octobre ; www.galeries-dudelange.lu et http://robertfrankle.com, où tous ses films peuvent être consultés.
josée hansen
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