Rockhal

Avoir plus de liberté

d'Lëtzebuerger Land du 15.09.2005

Le 1er septembre la Rockhal a pris pour la première fois part au carrousel des conférences de presse des institutions culturelles présentant leur programme de la saison. En août déjà, l'équipe autour du directeur Olivier Toth annonçait avec le groupe de nu-metal Korn un premier headliner pour le lendemain de l'ouverture. Annonce qui avait été accueillie avec une certaine réserve par une partie des fervents de rock luxembourgeois. À ce tableau s'ajoute dorénavant The Prodigy, qui fera la fameuse ouverture, le 23 septembre, concert gratuit et sold out quelques jours seulement après la nouvelle. Les billets pour Korn - au tarif coriace de 38 euros - ont plus de mal à passer le comptoir, même si la Rockhal espère faire salle comble avec ce groupe américain au top des hit-parade MTV il y a quelques années de cela. Interview avec l'homme aux commandes de la programmation, Michel Welter.

d'Land: Commençons par le commencement, je sais qu'il y a une salle de 5 400 personnes à remplir, qu'il faut donc forcément du mainstream, mais The Prodigy et Korn, n'est-ce pas du mainstream légèrement poussiéreux, alors que même le ministre de la Culture, pas très rock'n'roll, récite la bio des Anglais? Michel Welter (se marre): C'était excellent... Mais pour revenir à ta question, peut-être un peu poussiéreux, mais il faut remplir la salle avec 5400 personnes et ça tu ne le fais pas avec un groupe comme Franz Ferdinand...

Oui, mais Franz Ferdinand joue au Zénith à Paris (6400 personnes)...

Ça, c'est Paris...

...et à Metz aux Arènes...

...salle qui est plus petite (renseignement pris, les Arènes peuvent accueillir 3543 personnes. Mais pour tous ceux qui croiseraient Michel Welter dans les prochains temps, cessez de le harceler avec Franz Ferdinand, ça le saoule un peu, ndlr.). Bon, soit. Il faut un act conséquent, un groupe établi, condition qu'aussi bien The Prodigy que Korn remplissent. Ce sont deux groupes qui ont aussi une certaine intégrité artistique, tout en étant connu.

Même Korn?

Oui, même Korn. Attends... ce groupe est le précurseur du nu-metal. Ils ont déjà sorti huit albums, ce qui n'est pas chose facile dans ce genre. Même si ce n'est pas mon style de musique préféré, je respecte largement leur travail. De toute façon, il y a une chose qu'il ne faut pas oublier: nous sommes arrivés il y a quatre mois seulement. Quand j'ai commencé, la programmation n'était qu'en élaboration, le concert de Simply Red mis à part, organisé par l'Atelier. Établir une programmation est un travail de longue haleine et force est de constater que personne ne nous connaissait. En plus, venir du Luxembourg n'est vraiment pas un avantage dans ce milieu et nous ne bénéficions pas encore d'une réelle renommée. Je suis allé personnellement à Londres faire le tour des agents pour faire notre promo. Pour l'ouverture, au final, nous n'avions qu'un choix limité et The Prodigy me semblait la meilleure alternative. Après les quelques débâcles, je pense que The Prodigy et Korn lancent un signal fort.

Donc la famille grand-ducale dansera sur The Prodigy?

Oui, nous allons distribuer des boules Quiès pour tout le monde, il n'y a pas de souci.

Grand-Duchy grooves quoi... Bon et la suite? Vous avez fait le choix d'une «trilogie». Trois concerts fixes par mois, jazz et world music pour un public plus âgé le First Friday, rock, punk etc. pour les plus jeunes le Second Saturday et électro ou des sons plus pointus pour les autres le Third Thursday. Il y a une véritable mode de regrouper comme ça la programmation, à l'instar aussi d'une Philharmonie. Etait-ce juste par souci de fidélisation de la clientèle ou quelle était l'arrière-pensée??C'est bien sûr par souci de fidélisation, il s'agit d'ailleurs moins de définir un genre concret pour ces soirées plutôt que d'attirer un groupe de personnes par tranches d'âge. Mais c'était aussi par souci de clarification. C'est très difficile au Luxembourg de savoir qui fait quoi et quand. Si je veux maintenant organiser un festival en juin, je ne sais pas s'il y a un autre concert de taille à ce moment-là. Ou bien, à plus petite mesure, je ne risque pas de rater un concert de Metro à Ernzen parce que je sais que le deuxième samedi du mois par exemple il y a du rock à la Rockhal.

C'est clair qu'il y a un manque de regroupement d'informations concernant les évènements culturels dans le pays, mais le concert de Metro, tu le rateras quand même.

Oui bon, en tout cas c'est par souci de clarté. Comme ça les autres savent ce que nous faisons. C'est-à-dire qu'un autre organisateur pourra prendre en compte qu'un jour précis par mois nous organisons des concerts qui viseront un public précis.

Et pour le reste, quelle fréquence vous êtes-vous fixés pour les concerts?

En tout, la trilogie incluse, nous voulons faire au moins quatre concerts par mois dans la petite salle et un dans la grande. Mais c'est une fréquence que nous dépassons déjà les premiers mois. Avec par exemple, un concert world dans le cadre de la semaine du Mali, Joseph Arthur le 26 octobre, Rinôçérôse et Stereo Total le 21 novembre et ainsi de suite. Mais cela ne fait que commencer…

À regarder la programmation connue jusque-là pour les premiers mois, si le domaine du rock ne (me) convainc pas trop, côté électro vous y allez, avec Miss Kittin, Chicks on Speed et Vitalic. Comment ça se fait, c'était un choix délibéré ou bien ces formations sont plus accessibles?

La musique électro est florissante en ce moment. Il se passe beaucoup de choses, de nombreux artistes sont en tournée et du coup, ils sont plus accessibles. Ce sont les hasards de la chose aussi. Par exemple avec l'agent de Vitalic, un Français, le courant est tout de suite passé. Mais c'est clair aussi que l'électro jouera un rôle important pour nous dans le futur.

Et côté Luxembourg? C'était important pour vous d'organiser tout de suite un week-end avec uniquement des formations locales?  En plus, point de vue organisation, vous laissez champ libre à certains collectifs de la place.

Un de nos rôles principaux est également de constituer un accompagnement pour les groupes luxembourgeois, ce qui se fera via le Centre de ressources, via des concerts où les formations luxembourgeoises feront des premières parties ou bien des soirées entières. Mais également d'un point de vue organisationnel, nous tenons à professionnaliser la multitude de collectifs en tous genres qui existent, en leur permettant d'organiser des concerts dans un cadre professionnel. Certains comme les jazzeux de l'association Jail ou bien les plus rock Schalltot et Winged Skull étaient tout de suite de la partie. Mais comme souvent, ceux qui ont gueulé le plus fort avant l'ouverture n'ont même pas daigné venir ou ont rappelé des semaines plus tard et se sont présentés complètement pétés. Ce n'est pas très pro, ça...

Donc la vieille rancune entre la Rockhal et certaines associations persiste... Et pour les associations qui vont organiser des évènements chez vous, d'un point de vue financier comment allez-vous procéder?

C'est une question délicate, nous aimerions les faire participer, pour qu'en cas de bénéfice, ils en retirent également quelque chose, mais on ne peut leur faire porter le tout, pour certains même s'ils ne dépensent que deux ou trois mille euros, le risque est trop élevé. D'autres, comme Jail, prennent tout en mains de A à Z, ils ont aussi l'expérience de ce genre de choses.

Et le futur s'annonce comment, quels sont tes buts, tes priorités?

Ce serait bien de gagner beaucoup de thunes sur un ou plusieurs concerts pour avoir plus de liberté par après dans les choix à faire. Se faire un nom sur la scène internationale est important aussi, et puis contribuer à l'éducation musicale du public luxembourgeois.

Pour la programmation, voir sur Internet: www.rockhal.lu

Sam Tanson
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