Spilit EP de Spyglass et Eternal Tango

Screaming fields of sonic love

d'Lëtzebuerger Land du 17.02.2005

C'est dans un hangar reconverti en salles de répétitions à Schifflange que les deux formations Spyglass et Eternal Tango se sont rencontrées. De grands projets et rêves sont nés dans les têtes de ces musiciens, qui n'ont pour certains pas encore passé le cap des vingt ans, dont celui de faire un premier CD. Quelques années plus tard, ce rêve est devenu réalité : les deux formations peuvent aujourd'hui être découvertes sur un split EP, enregistrement donnant un aperçu des deux groupes avec quatre chansons livrées par chacun. Les musiciens de Spyglass et ceux d'Eternal Tango se disent influencés par de nombreux styles comme le métal et surtout par le hardcore. Le résultat en est un mélange avec une prédominante screamo-core. Derrière cette expression ne se cache rien de plus qu'un genre de musique dérivé du hardcore, avec, comme son nom l'indique, un chant qui consiste plus en cris et hurlements qu'en chant. Et en effet, on a du mal à imaginer la quantité de tisane qui a dû être avalée afin de calmer les cordes vocales lors de l'enregistrement de cet album. Spyglass, composé de cinq musiciens, ouvre le bal. Ils nous livrent des chansons compactes et époustouflantes : des guitares violentes et percussions qui ne le sont pas moins sont arrangées en morceaux courts et enragés. Le chant, ou plutôt les hurlements, dépourvu de toute tonalité, a le rythme comme seule accroche à la musique sous-jacente. Les textes, pour la plupart en allemand, accomplissent ces arrangements finalement très matures. De son côté, Eternal Tango est plus placide et fait alterner passages lents et extraits déchaînés. Pour ce faire, les rythmes sont à plusieurs reprises découplés, puis, d'une manière très efficace, ralentis à nouveau. Même si on a l'impression de se perdre dans des arrangements assez longs, le groupe des quatre jeunes musiciens réussit, notamment par un chant plus élaboré, à transmettre une réelle émotion. La luz escureciendo el día, unique morceau en espagnol à côté des autres prestations en anglais, en est peut-être le meilleur exemple. Avec un chant à deux voix et une grande variété dans les compositions et mélodies, Eternal Tango sait séduire même les personnes sans affection particulière pour le screamo- ou tout autre -core quelconque. Ce n'est donc pas sans raison que cet album s'est vu décerner la distinction de «démo du mois» dans la respectable Visions, magazine de critique musicale allemande. Cela est sans doute aussi dû à la qualité sonore de l'enregistrement, qui peut être attribuée à Philippe Matge, ingénieur de son ayant procédé à l'enregistrement dans les locaux de la Kufa. On ne peut donc qu'espérer qu'il y aura des retombées positives pour les deux formations suite à cet album. Les musiciens investissent non seulement beaucoup d'énergie et de temps dans leur musique, mais c'est aussi leur propre argent qui a permis de produire ce CD. Tom Moyen, batteur et chanteur d'Eternal Tango, illustre bien la détermination de ces jeunes musiciens : au lieu de suivre des études universitaires à l'étranger, il a préféré rester au Luxembourg pour être disponible pour répéter avec son groupe. Concession qui lui a déjà fait repasser quelques examens. Mais fort heureusement, leur effort est rémunéré. D'après Spyglass et Eternal Tango, l'album se vend très bien et les recettes des ventes ont déjà pu couvrir les frais. Que peut-on espérer de plus pour une jeune formation luxembourgeoise ? 

Le split EP de Spyglass et Eternal Tango peut être acheté pour 8 euros sur les sites suivants : http://surf.to/spyglass ; www.eternaltango.net.

 

Michel Welter
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