Anne Kieffer

Design de proximité

d'Lëtzebuerger Land du 24.06.2010

La signature officielle sur sa carte de visite n’est pas sans rappeler celle de Pininfarina, le légendaire créateur italien de voitures de luxe. La police en italique est peut-être un peu modernisée, plus aérée et moins cursive, mais l’hommage semble néanmoins évident. Rien d’étonnant après tout lorsque l’on apprend que cette femme de 35 ans a passé quatre ans de sa vie professionnelle en Italie, précisément dans le domaine du design de voiture. Quatre ans qui semblent l’avoir marquée, si l’on en croit son meuble Cardoor (corian, LED, 2007), un meuble bas aérodynamique éclairé de l’intérieur comme le serait une portière de voiture, ou encore son horloge Watch x1/9 (« inspirée par le tableau de bord de la fiat x1/9 », 2007), ou enfin le sac à main Posh GT (« inspiré par les voitures rapides », 2008).

Son site Internet nous apprend qu’elle est en outre à l’origine du trophée Paperjam et d’un service de tasses et d’assiettes (format enjoliveurs ?) pour Villeroy [&] Boch en 2006. Étudiante à l’Art Center College of Design de Pasadena (USA), puis italienne, puis munichoise, puis luxembourgeoise à nouveau depuis quatre ans, Anne Kieffer a mené plusieurs vies. Aujourd’hui encore elle ne peut se contenter d’un seul travail. Outre le design industriel, ou « product design », elle fait partie des trois drôles de dames qui ont fondé il y a trois ans la toute petite caverne d’Ali Baba sise au 8 avenue de la Porte Neuve à Luxembourg, énigmatiquement baptisée Usina.

C’est peut-être en référence au design industriel que pratique Anne Kieffer, peut-être aussi pour se démarquer de ses voisins et partenaires géographiques Eden Fiori et Bottega Ristorante Mi[&]Ti (décidément encore des références à l’Italie…) qu’elles ont choisi ce nom là ? « L’idée était de recréer un endroit comme un marché, où l’espace de circulation est libre entre l’épicerie, la boutique de fleurs et notre ‘comptoir’ de créativité ». L’ambiance y est toutefois nettement plus raffinée et tamisée, avec ce cabinet de curiosités contemporaines pour le moins inattendu derrière toute une série de compositions florales en vitrine. Au menu ou à la carte des « jeunes créateurs marrants », qui n’ont pas forcément encore acquis de renommée internationale, mais qui ont du talent à revendre.

Avec une mention spéciale pour la création locale, les objets de la luxemburgensia. Au sommet de la liste, les désormais incontournables broches d’Anne-Marie Herckes, que nul ne saurait plus ignorer depuis leur timide apparition au poitrail des employés de Mudam lors de l’ouverture du Musée en 2006. « Ce créneau est important pour nous, affirme Anne Kieffer, il y a des créateurs locaux dans tous les pays, Luxembourg comme les autres. On essaye de trouver les plus sympas. C’est une direction qu’on gardera de toutes façons. Notre manière de procéder, c’est beaucoup de bouche-à-oreille, de réseaux et pour le reste les foires et les salons. Aucune chance de trouver des grands noms très connus chez nous…»

Même si Anne Kieffer elle-même ne peut garantir son futur proche « c’est mon caractère, j’aime bien avoir à me resituer dans une nouvelle ville, et ici je connais déjà tout. Luxembourg c’est encore un village », elle tempère aussitôt ses propos en ajoutant qu’elle adore ses métiers et le fait de faire tout le temps de « nouveaux trucs ». Sa vie actuelle, Anne Kieffer l’a choisie dans son pays natal « parce que je me suis dit que c’était plus facile pour commencer ». Mais il semblerait qu’il est difficile de la sédentariser (qui peut lui en vouloir d’ailleurs ?).

Pour l’heure, elle constate que « l’éducation en terme de design de la clientèle locale est encore à faire » et applaudit la nouvelle tournure qu’ont prise certaines boutiques occupant le même créneau du design car « on n’arrive à rien tout seul ». Et pour demain, « il y a de l’espoir » assure Anne Kieffer.

http://annekieffer.com
Romina Calò
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