Films made in Luxembourg

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d'Lëtzebuerger Land vom 20.07.2012

Certes, ils ont eu dix salles à travers le pays durant la première semaine. Mais ils ont également eu, pour ce début pluvieux de vacances scolaires, la concurrence massive de Madagascar 3, Ice Age 4, du Lorax et autres Hanni & Nanni. Et pourtant, Schatzritter an d’Geheimnis vun Melusina de Laura Schroeder a fait un tabac au box-office : 5 000 entrées après le week-end ! C’est énorme. On pourrait tirer plusieurs enseignements de ces chiffres : que les enfants (à partir de six ans) adorent voir un film dans leur langue maternelle, c’est plus immédiatement accessible pour eux – au grand-duché, le film est sous-titré en français et existe aussi en version allemande, une sortie en Allemagne est prévue pour le mois d’août –, et que le public familial a été trop longtemps ignoré par les réalisateurs et producteurs autochtones. Qu’une histoire bien tricotée autour de la mythologie nationale, avec de nombreuses énigmes à résoudre et des héros sympathiques auxquels chaque jeune spectateur peut s’identifier leur parle, les touche. Et même que les termes « grand public » et « efficace » ne sont pas des gros mots.

Schatzritter remonte à une idée de Bernard Michaux, le producteur de Lucil Film, qui avait déposé une première version du scénario au concours du Film Fund en 2007 avec l’ambition de faire un premier long-métrage qui s’adresse aux enfants en langue luxembourgeoise. Retenu, le scénario a pu être développé par une équipe de quatre auteurs (Eileen Byrne, Martin Dolejs, Oliver Kahl et Stefan Schaller), qui ont inventé toutes sortes d’aventures que les quatre jeunes héros vont vivre durant une heure et demie : épreuves de courage, énigmes à résoudre (mathématiques, physique, chimie, latin), combats et voyages... Le tout dans une langue très contemporaine – « Schäiss, scho voll spéit ! », « Komm, hei ass et gäil ! » –, celle de ces jeunes qui utilisent leur téléphone portable pour éclairer leur chemin la nuit et ne font plus guère de recherches dans des livres mais sur internet. Mais le film parle aussi de choses plus sérieuses, même si ce n’est que sur les bords : les relations difficiles entre un père célibataire et son fils, dont il gère mal le deuil après la mort de la mère en le surprotégeant, l’importance de la confiance et de l’espace individuel dans toutes les relations humaines, les premiers émois amoureux et même, si on veut, la situation économique difficile du secteur du tourisme dans la « Petite Suisse luxembourgeoise »...

Donc : Schatzritter raconte les aventures de quatre copains, Jeff, onze ans (Anton Glas, découvert dans le court-métrage Flou d’Eric Lamhene), son meilleur pote Leo (Thierry Koob) et sa sœur Julia (Lana Welter) pour laquelle Jeff a un gros béguin et qui passent l’été dans leur mobilhome sur le camping du père de Jeff, près d’un château en ruines, ainsi que le cadet de la bande, de loin le plus jeune, Killer (Tun Schon, excellent), qui s’avère aussi être le plus inventif et le plus débrouillard. Jeff a perdu sa mère il y a sept ans et est persuadé que sa mort a quelque chose à voir avec le mythe de Melusine, cette sirène qui aurait été la femme de Sigefroi, fondateur du Luxembourg au Xe siècle, mais qui aurait disparue pour toujours, parce que son mari n’avait pas pu s’empêcher de regarder par le trou de la serrure lorsqu’elle prenait son bain. Enfin, elle n’a pas vraiment disparu : maudite, elle est dans l’entre-deux, ne peut pas mourir tant que l’énigme qui entoure son histoire, et qui comporte notamment, forcément, un gros trésor plein de bling-bling, n’aura pas été résolue. En attendant, elle reviendrait tous les sept ans pour chercher soit le trésor, soit l’élu qui puisse la libérer. Cette histoire, la maman de Jeff la lui racontait juste avant de mourir, il se sent porté par une mission sacrée de résoudre cette histoire – et par ricochet, la mort de sa mère. Personne ne le croit, bien sûr, et surtout pas son père (Luc Feit, parfait dans ce rôle), dépassé en permanence et qui a juste peur de le perdre.

Si Schatzritter fonctionne, c’est non seulement grâce aux acteurs – à côté des enfants, sélectionnés par un casting qui a duré plusieurs mois et lors duquel plus de 800 jeunes ont été entendus, il y quelques « gueules » du cinéma et du théâtre, comme Luc Feit, Annette Schlechter, Marco Lorenzini, Vicky Krieps, Jean-François Wolff et Jean-Paul Raths, ainsi que les Allemands Alexandra Nedel (Melanie / Melusina) et Clemens Schick (le méchant Duc de Barry). Il y a aussi une recherche formelle qui n’a rien à envier aux standards du genre, dans les lieux de tournage d’abord (le royaume de l’enfance avec les sous-bois mystérieux, les dédales des vieux châteaux en ruines, la maison de Jeff pleine de nostalgie ; décors : Christina Schaffer), dans la photo ensuite (les reflets dorés dans les cheveux d’une femme trop belle pour être vraie, les tons froids dans le repaire du méchant ; chef op’ : Peter von Haller), dans les nombreux revirements et le cycle de la tension due au scénario et au montage (Uta Schmidt) et à une musique entraînante faite de musique orchestrale qui fonctionne par répétitions (Natalie Dittrich), de chansons pop et de tapis de sons électroniques... Certes, comme certains ont pu le reprocher au film, ce n’est pas une œuvre expérimentale ou un bijou art et essai confidentiel – mais cela ne fut pas son objectif du tout. Certes aussi, il y a certains détails qui agacent, comme le côté caricatural des méchants, de petites maladresses au montage, la prévisibilité des revirements ou la postsynchronisation des deux acteurs allemands avec des voix connues (la voix si reconnaissable de Marie Jung sur le corps d’Alexandra Neidel...) Mais là encore, il s’agit de choses pardonnables.

Si, à la fin, les enfants auront appris qu’il faut croire en ses rêves et que le courage paye toujours et les parents qu’il faut faire confiance aux mômes, la visite au cinéma aura été bien plus que du divertissement.

josée hansen
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