Binge-watching

Le movie en rose

d'Lëtzebuerger Land du 17.04.2020

Une sage-femme trentenaire quitte Los Angeles, à la suite d’un deuil, pour tenter de se reconstruire dans une petite ville reculée de Californie : Virgin River.

La bande-annonce de la série Virgin River fleure bon les comédies romantiques néo-classiques à la Nora Ephron (When Harry Met Sally, Sleepless in Seattle, You’ve Got Mail) ou Nancy Meyers (Something’s Gotta Give, The Holiday, Its’ complicated…). Mais les premiers épisodes intègrent d’emblée, sous forme de retours en arrière, le passé troublé des deux principaux héros, Mel Monroe (Alexandra Breckenridge), la sage-femme, et Jack Sheridan (Martin Henderson), le propriétaire de l’unique bar-restaurant de Virgin River. Si bien que nous sommes plus proches du drame que de la comédie romantique et d’une romance qui possède tous les ingrédients du soap opera. La série est l’adaptation d’une vingtaine de romans à succès publiés de 2007 à 2012 par Robyn Carr via la célèbre maison d’édition Harlequin, spécialisée dans les romans d’amour. Il y a à la fois de la « petite maison dans la prairie » et de la telenovela brésilienne dans Virgin River, qui donne à la série un ton très cul-cul-la-praline avec des flashbacks débiles et surexposés, nimbés de lumière blanche (jeu minimal, décor carton-pâte, et pathos au rabais pour téléspectateurs retraités des après-midis de la semaine). Quand elle n’est pas transformée en super-Florence Nigthingale, la belle héroïne passe son temps à pleurer, pendant que le super beau Jack – ex-marine traumatisé par la Guerre d’Irak – produit des maximes philosophiques à tour de bras sur fond de notes de pianos mélancoliques. L’actrice est aussi un peu desservie par sa voix.

Pourtant, les épisodes vous accrochent et vous finissez par vous attacher aux personnages. C’est que l’interprétation est remarquable. Une mise en scène chorale – propre à la récurrence des séries télés – redouble la liaison naissante de Mel et Jack par toute une série de relations annexes comme enchâssées dans le récit principal et qui donnent un corps collectif, une âme, à la petite bourgade de Virgin River. John (Colin Lawrence), le cuisinier de Jack et Dan (Benjamin Hollingsworth), un autre employé, sont des anciens marines frères d’armes de Jack. Hope McCrea (Annette O’Toole) est la maire de Virgin River. C’est elle qui sollicite Mel Monroe pour assister, en tant que sage-femme, l’unique médecin de la ville, Vernon « Doc » Mullins (Tim Matheson, réalisateur également des épisodes 9 et 10), par ailleurs ex-mari de Hope. Jack est lui-même le petit ami de la jolie Charmaine Roberts (Lauren Hammersley), contrepoint indispensable à la figure, à la fois solaire et fragile, de Mel Monroe. Tous ces personnages attachants, parfaitement interprétés – malgré la dérive hystérique et cabotine d’Annette O’Toole – font de Virgin River une espèce de projection philosophique de la communauté idéale : un égalitarisme de base avec parfois des accents de christianisme primitif à la Capra mâtinés de survivalisme écologique façon Thoreau (à condition toutefois de faire l’impasse sur les gros 4x4 Trumpiens et de taire les gossips façon Tea-Party).

Alexandra Breckenridge et Martin Henderson sont excellents, et particulièrement beaux dans leur rôle de personnages fragilisés, au mitan de leur vie, et à la recherche d’un second souffle. Ils contribuent à faire de Virgin River une série réussie sur la force du sentiment amoureux et le déchirement affectif que ce dernier produit immanquablement.

Virgin River, série créée par Sue Tenney d’après les romans éponymes de Robyn Carr, une saison de 10 épisodes sur sur Netflix ; une seconde saison est prévue avant la fin de l’année.

Fabrice Montebello
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