La nouvelle Commission européenne

Bientôt sur les rails

d'Lëtzebuerger Land vom 17.10.2014

« Les questions de personnes durent depuis fin 2013 avec la préparation de la campagne. C’est une année de perdue pour les impulsions politiques alors que tout nous invite à prendre des décisions rapidement. Les nominations de personnes pourraient aller plus vite », estime l’eurodéputé libéral luxembourgeois Charles Goerens et ses vœux semblent s’exhausser. Engagé dans une course contre la montre, Jean-Claude Juncker a indiqué, deux heures après la fin de son entretien avec Violeta Bulc, le mardi le 14 octobre, sa volonté d’intégrer la nouvelle candidate dans son collège. A peine 24 heures plus tard, le président-élu de la Commission a annoncé son intention de confier le portefeuille des Transports à la Slovène Violeta Bulc et de nommer le social-démocrate slovaque Maros Sefcovic vice-président chargé de l'énergie. Ce remaniement fait figure de bonne nouvelle pour les socialistes qui peuvent se targuer de compter un vice-président de plus. Les Libéraux de l'ADLE perdent, quant à eux, une vice-présidence au passage.

À l’origine de ce marathon, l’audition des candidats-commissaires par le Parlement européen. Si 25 d’entre eux ont vu leur candidature validée à Strasbourg, les deux derniers ont été moins chanceux. Le portefeuille du candidat hongrois Tibor Navracsics qui n’a pas réussi à convaincre dans ses réponses aux questions écrites des parlementaires, a été amputé de son volet citoyenneté. L’audition de la candidate libérale slovène a, quant à elle, beaucoup déçu. « La prestation d’Alenka Bratusek n’était pas optimale, il faut en convenir. Ce qui importe, c’est de trouver une bonne solution de rechange » admet Charles Goerens.

« Dans le jeu interinstitutionnel, le Parlement européen cherche à s’affirmer. C’est omniprésent » poursuit le député européen. Or, si Charles Goerens considère que le rejet de la Slovène par le Parlement européen se base principalement sur un critère de compétences, d’autres placent davantage Alenka Bratusek comme une victime sacrificielle de cette volonté d’affirmation. « Elle n’était pas la seule commissaire sur la sellette. Si le groupe socialiste avait rejeté le candidat espagnol Cañete, le PPE n’aurait pas validé la candidature du Français Pierre Moscovici. Alenka Bratusek n’appartenait à aucune de ces deux grandes familles et n’était pas soutenue par son gouvernement. C’était la proie idéale pour que le Parlement puisse affirmer son existence », analyse une source proche du Parlement européen. S’en est suivie la démission de la Slovène Alenka Bratusek qui était pressentie au poste de vice-présidente en charge de l’union énergétique et la nomination, par son gouvernement, de Violeta Bulc pour la remplacer.

Jean-Claude Juncker, les conservateurs, les sociaux-démocrates... tous convergent vers un objectif : l’entrée en fonction de la nouvelle Commission le 3 novembre. Or, des étapes restent encore à franchir avant que le nouvel exécutif européen puisse se mettre en action. La première est formelle ; le Conseil doit valider la nouvelle liste des commissaires. Suite à cela, de nouvelles auditions auront lieu devant le Parlement européen pour Violeta Bulc et Maros Sefcovic. Les parlementaires semblent décidés à agir vite, quitte à affaiblir la crédibilité de l’exercice. Le risque d’échec d’un de ces deux candidats est donc relativement faible. Les nouvelles auditions pourraient avoir lieu le 20 octobre pour un vote en plénière sur le collège dans son ensemble le 22 octobre. La phase parlementaire terminée, c’est le Conseil qui approuvera formellement le collège dont la composition sera alors publiée au journal officiel de l’Union européenne.

Chez les analystes comme chez les décideurs, la nécessité de mettre rapidement la nouvelle Commission sur les rails semble faire l’unanimité. Un retard « ralentirait la mise en œuvre du programme de Jean-Claude Juncker » prévient Guntram Wolff, directeur du think tank Bruegel. « Il est urgent de faire un programme de croissance économique pour éviter d’aggraver les risques de récession et de déflation », ajoute-t-il. Avec 300 milliards d’investissements supplémentaires annoncés, Jean-Claude Juncker entend, en effet, combiner une politique de relance au niveau européen avec la rigueur budgétaire pour combler les déficits au niveau national. Sur le principe, Guntram Wolff est convaincu. « C’est la bonne manière. Dans des pays comme l’Italie où la situation reste fragile, il faut avoir une prudence fiscale mais il est clair que, dans le même temps, la zone euro a besoin d’un programme de relance plus important » affirme le directeur de Bruegel. Des zones d’ombres doivent cependant être rapidement clarifiées. « Actuellement, Jean-Claude Juncker ne sait pas où prendre les 300 milliards. Il n’est pas clair sur le fait que ce soit uniquement de l’argent public ou si l’effet levier est inclus. Pour les États membres, il n’a pas non plus précisé la vitesse de la rigueur budgétaire », poursuit-il. Ce flou semble également jouer dans la hâte de certains acteurs puisque, selon une source proche du Parlement européen, « l’Italie et la France font pression pour que la nouvelle Commission entre assez rapidement en fonction pour traiter leur budget 2015 ». La Commission sortante ayant laissé entendre qu’elle pourrait retoquer leurs budgets, François Hollande et Matteo Renzi jugeraient le nouveau collège plus favorable dans la négociation.

Barbara De Vos
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