Partage et collaboration en ligne

Google met abruptement fin à Wave

d'Lëtzebuerger Land du 12.08.2010

Lorsque Google avait lancé Wave l‘an dernier, présentant l‘outil comme la plateforme de partage et de collaboration en ligne du futur, c‘est un chœur enthousiaste qui avait salué l‘initiative. À son habitude, Google avait d’abord réservé la nouvelle appli­-cation à un cercle d’internautes triés sur le volet, eux-mêmes chargés de disséminer les invitations auprès de leurs connaissances et de contribuer à l’adoption de l’outil grâce au marketing viral dans lequel Google est passé maître. Peu après le lancement, l’enthousiasme et le buzz étaient tels que des invitations faisaient l’objet d’enchères sur eBay, atteignant jusqu’à 70 dollars. Ce n’est qu’en mai dernier que Google avait généralisé l’accès à Wave, à condition d’utiliser, ou à défaut de créer, un compte (gratuit) auprès de Google. La plateforme de collaboration permet d’inclure des contenus dits « riches » tels que documents, vidéos, sons et autres fichiers dans les conversations, et de mettre en place des architectures complexes pour organiser ces conversations. Google Wave a parfois été décrit comme le courrier électronique « s’il était inventé aujourd’hui ».

L’annonce il y a quelques jours que Google mettait fin à l’expérience a d’autant plus étonné que dans le passé, le géant du Net a systématiquement accordé plus de temps à ses applications en gestation pour faire leurs preuves et trouver leur public. La décision reflète un nombre particulièrement bas d’utilisateurs et un niveau d’activité décevant – Google a indiqué, sans fournir de détails, « ne pas avoir vu l’adoption par les utilisateurs » qu’il souhaitait.

La décision n’a pas plu à tout le monde. Une pétition en ligne deman-dant à Google de reconsidérer sa décision de cesser de développer Wave (savegooglewave.com), répliquée sur Facebook et Twitter, a recueilli plus de 30 000 signatures. Le site de protestation met en avant des douzaines de témoignages d’utilisateurs déçus par l’abandon de la plateforme, notamment de scientifiques, d’universitaires, de cinéastes ou de musiciens qui louent sur tous les tons les possibi-lités d’interaction offertes par la plateforme. Nombreux sont les adeptes de l’outil qui enjoignent Google à simplement l’intégrer dans sa messagerie Gmail, certains que cela lui permettra de décoller et d’atteindre une masse critique d’utilisateurs. Le patron d’une entreprise de consulting témoigne ainsi : « J’ai convaincu certains de mes clients à adopter Google Wave (…), [qui] est incroyablement utile pour la gestion de projet pour nos clients. J’ai constaté que l’environnement Google Wave offre l’équilibre parfait entre structures et ouverture. Je suis en mesure de gérer des agendas, d’assigner des tâches et de maintenir la commu-nication et les responsabilités, le tout au sein d’un environne-ment unique et intuitif ».

Les dirigeants de Google ont expliqué que de leur point de vue, la société devait aussi être capable de tirer profit de tels échecs. À ce jour, ils n’ont pas annoncé vouloir revenir sur leur décision. Ce qui n’exclut pas que tout ou partie de la plateforme ressurgisse un jour dans un contexte différent, que ce soit dans un ou plusieurs de ses outils existants ou comme projet révisé au sein de Google Labs, le « bac de sable » où les programmeurs de Mountain View donnent libre cours à leur créativité. En outre, certains modules de l’application sont disponibles depuis quelque temps en open source, ce qui permet aux développeurs indépendants de les intégrer à d’autres environnements et de les faire évoluer.

Reste à comprendre pourquoi l’outil n’a pas trouvé son public, ou du moins pas en quantité suffisante pour convaincre Google de poursuivre l’expérience. Certains ont mis en avant des problèmes d’ergonomie graves. Une hypothèse émise par d’autres est que Google n’a pas suffisamment fourni d’exemples d’utilisation. Il faut reconnaître que, face à un écran de départ de Google Wave vide de contacts et de contenu, il faut de l’imagination et du temps pour peupler et animer cet environnement. Surtout, comme cela a été le cas la majeure partie du temps, les utilisateurs potentiels font partie d’un cercle restreint d’invités…

Jean Lasar
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