Fusion entre AT&T et T-Mobile

L’administration dit non

d'Lëtzebuerger Land vom 02.09.2011

Le projet du géant des télécommunications américain AT[&]T d’absorber son rival T-Mobile, filiale de Deutsche Telekom, une opération chiffrée à 39 millards de dollars, déplaît au Département de la Justice qui a annoncé ce mercredi son intention de l’interdire purement et simplement. Ce véto va vraisemblablement donner lieu à un conflit judiciaire épique dont l’issue sera déterminante pour modeler le paysage des télécommunications mobiles, qui reste un marché dynamique malgré la faiblesse de l’économie des États-Unis. AT[&]T est le second opérateur de télécommunications mobiles, T-Mobile le quatrième ; leur union formerait le premier intervenant de ce marché, devant Verizon et Sprint.

AT[&]T a annoncé son intention de reprendre T-Mobile USA en mars dernier. Depuis, le ministère de la Justice et la Commission fédérale des communications étudient le dossier. L’accord passé entre AT[&]T et Deutsche Telekom prévoit le paiement d’indem[-]nités et le transfert de réserves de spectre chiffrés à 6 voire 7 milliards de dollars, en cas d’échec de l’opération. L’annonce du ministère de la Justice, pour qui la fusion des deux opérateurs « réduirait la concurrence de manière substantielle » et augmenterait in fine les prix des télécommunications, a donc de quoi irriter profondément AT[&]T. La société a réagi en demandant une audience accélérée afin de faire prévaloir son point de vue. Selon elle, l’opération serait bénéfique pour les consommateurs, car elle aiderait aussi a régler le problème de l’épuisement du spectre disponible, en permettant d’étendre son service mobile de quatrième génération (4G) à 55 millions d’Américains de plus, portant la couverture à 97 pour cent de la population. AT[&]T affirme qu’elle aurait pour conséquence des milliards en nouveaux investissements et la création de milliers d’emplois.

En tout état de cause, note la presse américaine, l’affaire aura pour conséquence de donner lieu à un vaste déballage d’informations confidentielles sur les projets stratégiques des deux protagonistes.

Il est rare que les entreprises, dont les projets de fusion sont mis en cause par le ministère de la Justice, l’emportent devant les tribunaux. AT[&]T a été surpris par l’annonce du véto de l’administration, reconnaissant ne pas avoir été prévenu. Sa demande d’une audience accélérée a vraisemblablement pour but d’éviter qu’une bataille judiciaire prolongée avec le ministère de la Justice ne se prolonge pendant des mois, voire des années, avec pour corollaire une pression sur son cours de bourse du fait des incertitudes causées par le conflit et une détérioration de son image au fur et à mesure que les hostilités devant les tribunaux révèlent des documents internes peu flatteurs.

Selon des professeurs de droit cités par la presse, les perspectives d’AT[&]T de l’emporter ne sont pas très bonnes, car les directives sur les critères à retenir pour apprécier les bénéfices et désavan[-]tages de fusions ont été mises à jour et précisées récemment aux États-Unis, ce qui crée une base juridique solide pour l’action du ministère de la Justice. Le président de la FCC, Julius Genachowski, a expliqué dans un communiqué que l’examen du projet de fusion par son organisme n’était pas encore achevé, mais qu’à ce jour, il « soulève des préoccupation sérieuses quant à (son) impact sur la concurrence ». Une concurrence dans le domaine des communications mobiles qui est selon lui « vitale pour l’innovation, l’investissement, la croissance économique et la création d’emplois, et pour pousser plus avant notre leadership mondial dans le domaine du mobile. » Des paroles sans ambages qui suggèrent que la bataille sera rude pour AT[&]T. Sur les forums de sites d’informations hi-tech, nombreux ont été les commentateurs à renchérir en reprochant à AT[&]T sa mauvaise couverture et son mauvais service, enjoignant la société à investir ces milliards dans son propre réseau plutôt que de chercher à éliminer un rival.

Jean Lasar
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