Le Consortium, un contre-exemple

d'Lëtzebuerger Land vom 14.10.2011

C’est au premier étage d’une librairie à Dijon, dans un espace de trente mètres carrés, que tout a commencé en 1977. Précédant de quelques années la grande politique de décentralisation de l’art contemporain sous Jack Lang, Le Consortium a été une des premières associations à se voir attribuer le label « Centre d’art » en 1982, lors de l’emménagement dans un ancien magasin au centre ville de Dijon. Le Consortium est un exemple type de centre d’art contemporain né de l’association de l’idéalisme de quelques-uns. Encore aujourd’hui une équipe de « décideurs » organise et structure non seulement un programme d’expositions, mais également des expositions à l’extérieur, comme c’était le cas pour le pavillon français de la biennale de Venise en 2001.

Pierre Huyghe avait, à l’époque, créé la société de production Anna Sanders Films en coopération avec d’autres artistes comme Dominique Gonzales-Foerster et Philippe Parreno. Comme Pierre Huyghe avait choisi Le Consor[-]tium avec ses fondateurs Xavier Douroux et Franck Gautherot pour réaliser le pavillon, il semblait logique que la société Anna Sanders Films intègre les locaux du Consortium à Dijon même. La nouvelle extension d’une ancienne usine abrite également les Presses du Réel qui publient entre autres les magazines Permanent Food et Toilet Paper, co-édités avec Maurizio Cattelan. Dans cette philosophie, Le Consortium n’est pas seulement un espace d’exposition qui a accumulé une collection de quelque 350 œuvres d’art au fil des années, c’est surtout un complexe de création contemporaine qui s’est établi par ses expositions, ses antennes à l’étranger, mais aussi par l’intégration à l’équipe curatoriale de gens comme Eric Troncy.

Le Consortium vient de fêter l’inauguration d’une nouvelle aile de l’ancienne usine de sirops. Avec un budget de 5,5 millions d’euros, venant en grande partie de fonds publics, Le Consortium s’est doté d’une nouvelle structure d’exposition en forme de « L », qui fait miroir à l’ancien bâtiment tout en créant une nouvelle cour intérieure. En engageant l’architecte japonais Shigeru Ban, qui a également conçu le Centre Pompidou à Metz, l’équipe de Dijon a fait un choix judicieux. Considérant les interventions bien plus discrètes et bien plus réussies qu’à Metz, il semble que les gens du Consortium aient véritablement eu leur mot à dire et il est facile de constater sur place qu’ils ont dit les choses justes et nécessaires.

Le nouveau Consortium n’est ni une sculpture architecturale, ni une simple remise en état d’un lieu. Il s’agit d’une intégration intelligente de l’ancien au neuf, avec comme résultat un travail architectonique élaboré qui rend possible, non seulement une circulation nouvelle à travers les salles d’exposition, mais également toute une série d’ouvertures vers la cour intérieure. Ainsi toute une salle s’ouvre vers l’extérieur, vers une cour dont les deux côtés, datant des années 1930 s’intègrent parfaitement à la nouvelle structure en verre de Shigeru Ban, cette aile du bâtiment qui fait dès maintenant fonction d’entrée et d’espace d’accueil avec librairie.

Installée au fond de la cour se trouve une sculpture, sur piédestal, de Don Brown, faisant fonction de « eye-catcher ». Il s’agit un exemplaire de sa série de Yokos, résultat d’un thème obsessionnel de Don Brown, que constitue la représentation de sa femme. Outre le clin d’œil aux danseuses de Degas, cette œuvre est aussi le rappel d’une exposition monographique que Le Consortium avait organisée en 2007, avant que cet artiste américain ne devienne une star internationale. Cet aspect illustre une autre réussite de l’équipe de Dijon : il semble que dès 1978 ils aient fait les bons choix, à l’époque Christian Boltanski par exemple. Ou alors Bertrand Lavier, dont l’installation de la base d’un gigantesque pylône électrique dans une des anciennes salles de manufacture donne un côté très spectaculaire à l’architecture industrielle.

L’exposition d’inauguration du nouveau bâtiment fait ainsi un rappel constant entre les expositions du passé et quelques nouveautés étonnantes. Autre exemple : pas forcément si neuf que ça, mais tout de même inédit, un moyen-métrage de Godard, intitulé Une bonne à tout faire, datant de 1980.

Le 15 septembre, Frédéric Mitterrand, dans sa fonction de ministre de la Culture, s’est déplacé pour l’inauguration officielle du nouveau complexe d’exposition/production/édition que forme aujourd’hui Le Consortium. Cette collectivité d’activités semble exemplaire dans un contexte où au Luxembourg, on songe plus à installer des structures comme le port franc qu’à renforcer une recherche innovante dans la mixité que constitue aujourd’hui la création contemporaine.

Le Consortium, 37, rue de Longvic, Dijon ; l‘exposition d‘ouverture dure encore jusqu‘au 10 novembre ; du mercredi au dimanche de 14 heures à 18 heures : entrée 4 euros ; gratuit en nocturne le vendredi de 18 heures à 21 heures. Informations par téléphone 0033 3 80 68 45 55  ou sur www.leconsortium.fr.
Christian Mosar
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