Ça ne sentirait pas Noël par ici ?

d'Lëtzebuerger Land vom 16.11.2018

Est-ce que vous réalisez, vous, que Noël, c’est dans moins de quarante jours ? Non parce que moi, pourtant première à embrasser l’esprit et la magie des fêtes de fin d’année, j’ai plutôt l’impression que c’est une rentrée à rallonge que nous vivons, depuis septembre. Une sorte d’été indien qui se prolonge, sans vraiment se décider à céder sa place à ce qui suit. Une saison qui perdure et qui déjoue le calendrier, nous baignant de douces températures, de ciels bleus majestueux et d’une lumière bien présente, du moins jusqu’à 17 heures.
Sérieusement, où est passé notre traditionnel automne pluvieux ? Celui dont les intempéries occupent nos conversations ? Celui qui nous donne soudain l’envie de faire fondre du fromage à raclette et de griller des châtaignes ? Mes collègues me disent que je ne devrais pas me plaindre et simplement profiter de ce cadeau clément de la météo. Pourtant c’est plus fort que moi car à vrai dire, je m’inquiète pour Noël.
Décembre arrive pour nous faire oublier novembre, et les fêtes, pour nous réchauffer le cœur et rallumer les étoiles dans nos yeux à coup de beaux sapins et de cadeaux par milliers. Or, que sont devenus ces réveils gris et brumeux qui nous rendent d’humeur maussade ? Ces couches de gel sur le parebrise, qui nous font pester dès le matin ? Ces écharpes dans lesquelles on s’enveloppe pour contrer l’humidité pénétrante ? Ces feuilles mortes mouillées qui nous font glisser ? Où sont toutes ces choses dont décembre devra nous consoler ?
C’est un fait, je ne suis pas prête pour les fêtes ! Je l’ai remarqué l’autre matin, chez mon boulanger, outrée de constater que les Boxemännchen avaient déjà envahi la moitié de sa vitrine. « Mais enfin, le Kleeschen c’est dans moins d’un mois Madame ! », m’asséna la vendeuse. Et soudain je réalisai… Bon sang, rendez-vous compte, la semaine prochaine ouvre le Chrëschtmaart ! Les petits chalets vont envahir la Ville où il y a quelques semaines à peine, je mangeais une glace en me baladant sur la Corniche. Pire, la place d’Armes va embaumer le vin chaud et la cannelle… Imaginez que l’on va devoir faire semblant de se réchauffer les mains sur des tasses en forme de botte de Père-Noël, à l’heure où ma doudoune me tient bien trop chaud pour que je me décide à la porter.
Alors bien sûr, je l’ai doucement senti venir. Ça a commencé avec l’arrivée des clémentines dans ma cuisine. Puis des catalogues de jouets dans ma boîte aux lettres. Et de cette guirlande, multicolore et multiclignotante, qui s’est emparée du balcon de mes voisins. Sans oublier le grand sapin, encore nu, que l’on a installé dans ma commune… Surtout, j’ai bien remarqué qu’à côté du rayon dédié au Beaujolais nouveau, un amoncèlement de chocolat de Noël avaient rapidement remplacés les costumes d’Halloween au sein de mon supermarché. Peut-être même que les citrouilles et les Pères-Noël ont cohabité un temps, au sein de ce même rayon… Je ne peux vous dire, je me refuse à y déambuler pour l’instant.
Ne font-ils pas peine à voir, ces papas Noëls alignés au garde à vous, avec leurs hottes bien pleines et leurs joues toutes rouges ? Ont-ils chaud eux aussi, dans leurs habits à fourrure ? Probablement. De loin, le rayon paraît intact. Même les piles de calendriers de l’Avent ne semblent pas entamées. Dans le coin décoration, les boules et suspensions de Noël se balancent à leurs présentoirs, elles aussi avec un peu moins d’éclat et de splendeur que les autres années. Et sur le parking, disposées sur des étals de bois exposés en plein soleil, les couronnes de l’Avent en branches de sapin, bombées à la neige artificielle, semblent comme sortie d’un autre temps…  Je ne suis pas prête.

Salomé Jeko
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