Chroniques de l’urgence

Greta in Paradise

d'Lëtzebuerger Land vom 26.06.2020

Greta Thunberg, désormais âgée de 17 ans, se rappelle à notre bon souvenir avec un podcast intitulé « Humanity has not yet failed ». L’activiste climatique en a écrit le script pendant le confinement  : elle et son père ont été atteints par le virus, mais ont échappé aux symptômes les plus graves. Elle retrace en douze chapitres les principales étapes de son voyage en Amérique du Nord et en Espagne, d’août à décembre 2019, en y intégrant les réflexions qu’elles lui ont inspiré ainsi que l’éclairage apporté plus récemment à sa lutte par la pandémie et la mobilisation planétaire contre le racisme. Si sa voix reste quelque peu enfantine, l’intonation et le message sont plus clairs et plus déterminés que jamais. Indubitablement, cette odyssée lui a ouvert de nouveaux horizons et l’a fait mûrir. Bien que l’humanité ait jusqu’ici échoué à prendre la menace climatique au sérieux, Greta veut y croire. Ce qu’elle a vu pendant son périple aurait pourtant facilement pu la désarçonner.

Au-delà de son obstination à marteler encore et toujours son message central – que l’on écoute enfin la science et les scientifiques – un des traits de caractères qui ont contribué à sa popularité est sa modestie. Cette jeune fille a rencontré au cours des deux dernières années parmi les personnes les plus connues et les plus puissantes au monde. Elle évoque ces entretiens sans n’en retirer aucune gloire. Sans acrimonie, elle fait comprendre à ses auditeurs qu’ils sont presque tous décevants : on l’écoute poliment, on la félicite pour son combat, et pour finir on évite soigneusement de s’engager.

Au Canada, alors qu’elle se rend sur la Côte Ouest avec l’intention d’y embarquer pour Santiago de Chile où devait initialement se dérouler la COP25, on lui montre l’étendue des dégâts que causent les insectes de type dendroctone qui s’attaquent à l’écorce des pins. Se multipliant de manière incontrôlée du fait du réchauffement, ces animaux voraces menacent de mettre à genoux les forêts boréales – un bon exemple des réactions en chaîne qu’est susceptible de déclencher le dérèglement du climat. Un peu plus tard, Greta est à Paradise, une ville au nord de la Californie détruite presqu’entièrement en 2018 par un incendie, et constate de ses yeux l’impact dévastateur de ce dérèglement. Paradise est une cité fantôme habitée désormais par quelque 2 000 personnes, alors qu’elle en comptait 27 000 auparavant.

« C’était une voiture », lui dit son guide en montrant un tas de métal dans l’allée d’une maison. « C’était ma maison », dit-il en pointant une boîte aux lettres et des tuyauteries qui sortent du sol. Greta Thunberg compatit, mais rappelle que ceux qui souffrent déjà outre mesure des impacts de la crise climatique sont surtout les plus pauvres et les plus vulnérables de cette planète, et en première ligne les enfants et les femmes des pays du Sud.

Jean Lasar
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