Recherche au Centre national de littérature

Le CNL – un travail de fond(s)

d'Lëtzebuerger Land vom 11.11.2011

Le Centre national de Littérature (CNL) a en sa possession environ 300 fonds d’archives d’écrivains luxembourgeois remontant du début du XIXe siècle jusqu’à nos jours. La mission du CNL ne consiste pas seulement à les archiver et à les préserver. Leur contenu est analysé méticuleusement et de manière scientifique dans le but d’amplifier la connaissance sur la littérature luxembourgeoise en générale et sur l’entourage socio-historique de chaque auteur en particulier. Le CNL est ainsi une institution de recherche précieuse et indispensable afin de promouvoir les textes littéraires luxembourgeois dans notre pays tout comme à l’étranger.

Le fonds d’un auteur se compose de documents divers, tels des manuscrits, des lettres, des articles de journaux, et d’objets plus intimes, comme une machine à écrire, des lunettes, des médailles ou des prix de concours. Ces documents sont conservés dans l’archive du CNL dans des boîtes et des mappes spéciales, sans acide. Ils constituent la base de l’analyse et de l’interprétation du travail et de la vie d’un écrivain. Chaque document est répertorié et inventorié ; l’exploitation des fonds se fait selon des méthodes et des règles précises, en accord avec les modèles internationaux en vigueur. Le CNL fait en effet partie d’un réseau international de bibliothèques, de centres littéraires et d’archives (Koop-Litera International) et un échange fructueux sur les méthodes de recherche est ainsi garanti.

Comme le met en évidence Germaine Goetzinger, la directrice du CNL, les « documents des fonds ont une valeur tellement grande qu’il faut les analyser ». Les lettres, par exemple, servent à repérer ce qu’un auteur a pu penser lui-même de son propre travail. Elles permettent également de retracer le contact avec d’autres écrivains, luxembourgeois ou étrangers, et à découvrir d’éventuelles influences réciproques. Germaine Goetzinger révèle que « la plupart des auteurs luxembourgeois avaient des contacts au-delà des frontières du pays » et que c’est là un aspect très intéressant pour le travail du CNL.

À côté du fonds lui-même, les informations sur la vie et le travail d’un écrivain sont complétées par d’autres documents. Le CNL collectionne en conséquence aussi des portraits peints ou photographiques d’écrivains, des photographies et peintures diverses (ou encore des dessins ayant servi d’illustration à des textes littéraires), des cartes postales, des affiches (de représentations théâtrales ou de lectures par exemple) ainsi que des supports audio. Les affiches, notamment, sont d’une grande utilité afin de concevoir l’impact et le succès que les textes ont pu avoir auprès du public. Alors que certains textes ont servi de base à des pièces de théâtre, aujourd’hui certains écrits livrent aussi le contenu à des films. Les affiches permettent aussi de voir où et quand ces pièces de théâtre ont été mises en scène.

Les résultats des recherches que le CNL mène sur les fonds des écrivains sont rendus publics grâce à des éditions, des expositions, des lectures et des conférences ou encore des livres audio. La directrice du CNL souligne qu’il est important de « faire revivre les choses » et de les communiquer à un public aussi large que possible. L’une des dernières publications du CNL, sortie dans la série Nouvelle Bibliothèque du Luxembourg, est la réédition de la pièce de théâtre D’Médche vu Götzen de Max Goergen. La réédition est accompagnée d’une introduction et du résultat des recherches de CNL sur la vie de Max Goergen, permettant de resituer son travail dans le contexte historique et social de l’époque. Dans ce cadre, il est intéressant de noter que, après sa recherche sur Max Goergen, le CNL va enchaîner avec une analyse du fonds de Willy Goergen, son père. Cette analyse devrait permettre de tirer des parallèles intéressantes et de découvrir d’éventuelles influences réciproques.

Une autre collection éditée par le CNL, en collaboration avec les Éditions Phi, se dénomme Essais et constitue davantage un débat scientifique sur la création littéraire au Luxembourg. À titre d’exemple, on peut citer le livre Vun der Sauer bis bei den Nil de Pierre Marson (2011), qui traite de l’influence de l’islam sur les auteurs luxembourgeois. Parmi les publications fondamentales du CNL, il faut aussi nommer le Dictionnaire des auteurs luxembourgeois, édité en français et en allemand et que les intéressés peuvent consulter via Internet dès décembre (www.cnl.public.lu). En début 2012, une application Iphone sera également téléchargeable pour consulter le dictionnaire.

Les expositions et les catalogues d’exposition sont deux autres moyens de sensibiliser le public au travail du CNL. La recherche de matériel et de la documentation d’une exposition peut durer jusqu’à deux ans. Elle mène parfois à des découvertes inattendues. Ainsi, l’équipe du CNL a pu constater lors de la préparation de l’exposition Exilland Luxemburg en 2007 qu’un groupe de théâtre constitué principalement de juifs immigrés au Luxembourg a organisé le premier festival d’Echternach en 1935. L’exposition actuelle du CNL est consacrée à la famille Servais et à l’immeuble abritant le CNL. Le thème de la prochaine exposition (en avril-mai 2012) sera la satire au Luxembourg.

Le CNL constate une demande croissante de consultation de ses fonds par des chercheurs étrangers. La majeure partie de ces chercheurs désirent approfondir leur analyse des correspondances d’un auteur de leur pays avec un écrivain luxembourgeois. Le travail du CNL n’a donc pas uniquement une grande valeur pour préserver et promouvoir l’œuvre des pionniers de la littérature luxembourgeoise ou pour faire découvrir des auteurs moins connus. Il est aussi essentiel dans la mesure où il permet d’intégrer les informations sur l’œuvre et la vie des écrivains de notre pays dans des recherches internationales sur la littérature.

Florence Thurmes
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