Jeunes et substances psychotropes

États de crise

d'Lëtzebuerger Land du 04.10.2001

Que plus de la moitié de leurs « situations » soient âgés entre seize et 17 ans, un tiers de moins de seize ans, Alain Massen juge que c'est très positif. Car l'objectif premier de l'organisation dont il est le chargé de direction, Médecins sans frontière - Solidarité Jeunes, est de répondre justement aux états de crise des mineurs d'âge à difficultés comportementales. Le service, créé en 1997, a accueilli 91 nouveaux cas en 2000 sur un total de 132 jeunes que l'équipe de quatre psychologues a pris en charge. Dans leur rapport annuel 2000 qui vient d'être publié, Alain Massen estime que cette croissance fulgurante est due au fait qu'ils sont de plus en plus connus dans les milieux de protection de la jeunesse.

Car la spécificité de ce service d'aide est que le client en soi, le jeune, n'est généralement pas demandeur, ne voyant pas sa consommation de drogues comme quelque chose de problématique. Au contraire, le cannabis, qui est en cause dans 78 pour cent des cas, est souvent consommé de manière récréative, dans un environnement où son usage est fortement banalisé. Pour Solidarité Jeunes, ce n'est effectivement pas la drogue en soi qui constitue le vrai problème, mais le malaise, le mal-vivre dont le recours aux substances psychotropes est l'expression et qui dépend souvent des liens familiaux ou sociaux du jeune. 

Le service essaie donc de jouer les médiateurs, de ne pas seulement considérer cette personne qui leur est envoyée - dans la grande majorité des cas par le parquet ou un tribunal de jeunesse - mais aussi les parents, la famille, l'entourage. L'objectif étant de définir et mobiliser « les personnes qui représentent les leviers de changements les plus propices ». Afin que cette approche systémique ou contextuelle soit efficace, elle doit donc aussi fonctionner au niveau de la sensibilisation des interlocuteurs du jeune dans son contexte quotidien : les parents, les enseignants, les psychologues scolaires en charge paniquent souvent devant toutes sortes de drogues.  L'objectif des psychologues spécialisés étant d'aider à résoudre les problèmes du jeune et de son entourage à tel point que l'usage de substances psychotropes ne soit plus vécu comme une automédication ou comme un moyen de fuir la réalité.

Dans son postface au rapport annuel, des « réflexions personnelles sur les jeunes et le cannabis », Alain Massen constate la banalisation du cannabis, entre vingt et quarante pour cent des adolescents entre quinze et 18 ans affirmeraient en avoir consommé au moins une fois dans leur vie - dont de nombreux curieux, consommateurs uniques. Alain Massen estime même qu'il s'agit déjà de la deuxième génération, dix pour cent des parents ayant été consommateurs occasionnels ou habituels de cannabis. Mais les autres 90 pour cent du monde adulte sont ceux qui stigmatisent un jeune pour quelque chose qui, pour lui, est tout à fait banal.

« Ni banaliser, ni dramatiser à outrance » est le précepte préconisé par Alain Massen, qui regrette que la nouvelle loi ne prenne pas en compte les usages et réalités actuels. Ainsi, la marge de tolérance pour la consommation de cannabis, qui reste en principe illégale, est pour lui dramatique, car faisant passer un message de relative laxité des règles et des lois, un non-application des textes qui rend une « éducation à la citoyenneté » et une responsabilisation du jeune bien plus difficiles. Dans la lutte contre l'hypocrisie, dans la sensibilisation pour une « nouvelle culture sociétale », l'État aussi a sa part de responsabilité.

 

Le 17 octobre à 20 heures au Centre prince Henri à Walferdange, la psychothérapeute et psychologue Teresa Garcia, invitée par MSF Solidarité Jeunes et Caritas, donnera une conférence intitulée Les jeunes - délinquants, consommateurs de drogues, dépassant les limites... Elle s'y interrogera sur les possibilités et les moyens des éducateurs, enseignants et parents de répondre aux difficultés des jeunes dont ils ont la responsabilité.

 

Contact : MSF - Solidarité Jeunes ; 33, rue de Strasbourg, L-2561 Luxembourg; téléphone: 48 93 48; fax.: 48 39 47

 

josée hansen
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