Comme, Been and Gone

Surabondance esthétique

d'Lëtzebuerger Land du 18.11.2010

La danse, la musique de Bowie, Brian Eno, Kraftwerk, Lou Reed, The Velvet Underground, la vidéo, les costumes, …dans Come, Been and Gone, la profusion de référence qui éclate sur la scène, pourrait égarer le spectateur. Si l’œuvre chorégraphique de Michael Clark s’immerge dans la culture classique européenne, elle se ressent beaucoup plus britannique qu’on ne le croit, avec ses renvois et son jeu de piste culturel.

La conception globale du projet du chorégraphe britannique Michael Clark présenté sur trois dates, les 9, 11 et 12 novembre, au Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg rappelle à l’évidence un genre théâtral dit le « masque », populaire aux XVIe et XVIIe siècles. Purcell composait quelques-unes de ses meilleures musiques pour ce type de spectacle, dont The Fairy Queen (1692), avec un masque à la fin de chaque acte, et The Tempest (1695).

Cette surabondance de « glamour – trendy – fashion » n’est pas si étonnante que cela. Elle remplit une forme spécifique de narration qui se calque allégrement sur cette forme de réjouissance (« les masques »). Création hybride entre ballet et jeu, il nous semble assister avant tout à une belle fête « suprise » mettant en œuvre divers paramètres touchant à plusieurs formes artistiques en l’honneur de David Bowie, sacré « roi » de la pop-rock. Sur cette trame vient ensuite se greffer l’effet « surenchère » : Charles Atlas pour les lumières dans les tons verts, des costumes époustouflants de Stevie Stewart, Richard Torry et Michael Clark, des décors éphémères (telle la barre de danse classique), mais le désir de faire plus beau pose assez vite la question de la trame narrative.

Come Been and Gone ne raconte rien, il s’agit d’une succession d’allégories toutes concentrées sur un thème commun. Omniprésent par sa musique et ses textes, Bowie, exerce une réelle influence sur la définition de l’atmosphère de certains moments, jusqu’à en effacer l’intérêt porté par le public à ce que les danseurs font. Ainsi en est-il lorsqu’une vidéo de Bowie est projetée alors qu’il interprète Heroes : son charisme surpasse celui des danseurs – rien à faire...

Néanmoins, tout au long du divertissement, le spectateur se laisse porter par une structure, il n’en est pas exclu, bien au contraire : il semble qu’il n’y ait pas de scène et que tout se déroule dans une grande salle, dans un espace unitaire.

Swamp créée en 1986 par Clark alors qu’il est très jeune, était présentée avant Come, Been and Gone. Elle reste une pièce de référence dans son œuvre, car elle démontre la cohérence d’une construction chorégraphique présente, il y a plus d’une vingtaine d’années. Swamp, sur une musique de Wire et Bruce Gilbert, n’a pas pris une ride. Les lignes, les rythmes soutenus annoncent un style de danse non recyclé digne de préfigurer du XXIe siècle. Les duos sont déjà complexes nécessitant de se replacer très vite pour enchaîner de équilibres et des positions très classiques.

A contrario, malgré la performance des danseurs, Come, Been and Gone, pourtant créée récemment apparaît décousue et moins structurée. Le pas de quatre et ses nombreux demi-pliés, pliés sur Jean Genie et l’interprétation dansée sur Aladdin Sane constituaient des passages très réussis. La référence à son passé personnel en chorégraphiant un solo délirant exécuté sur le titre Heroin de Velvet Underground, dans une combinaison revêtue de seringues, apparaît comme l’un des trop rares moments d’émotion.

Emmanuelle Ragot
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