Projet BTB

È pericoloso sporgersi

d'Lëtzebuerger Land du 23.09.1999

Le Premier ministre Jean-Claude Juncker (PCS) a dû s'étouffer en entendant mardi la tête de liste de son parti pour les élections communales à Luxembourg-Ville, Jacques Santer, s'étonner du projet BTB et faire part de son opposition, affirmant que " jadis ", il y a 35 ans, tout le monde se félicitait de l'abolition du tram à Luxembourg, hideux et peu flexible. Dans ce petit jeu entre la Ville et l'État, le PCS risque de perdre toute crédibilité, le Premier ministre ayant soutenu le partenaire de coalition socialiste dans le projet BTB lors de la dernière législature, se montrant sans cesse confiant que la loi serait votée avant la dissolution du parlement. Cette intention très ferme, clairement annoncée il y a un an encore, il l'a toutefois nuancée au printemps, après l'opposition ouverte du collège échevinal PDL / PCS de la capitale. Cette semaine, Bus-Tram-Bunn est devenu le thème politique sur lequel risquent de se jouer les élections communales à Luxembourg-Ville. Et le clivage politique gauche / droite ou traditionnalistes contre progressistes paraît caricatural dans ce dossier : le maire Paul Helminger (PDL) est en accord avec son prédécesseur Lydie Polfer et s'y oppose formellement ; depuis la sortie de Jacques Santer, la position du PCS, section Ville de Luxembourg est aussi claire que jamais, l'ADR s'est de toute façon toujours prononcé contre le BTB. Déi Gréng et La Gauche par contre s'engagent passionnément pour le BTB, mesure écologique chère aux premiers et service public vital par les seconds. Le POSL, quant à lui, essaie de faire le grand écart, Jeannot Krecké, tête de liste qui doit pour ainsi dire sauver l'honneur des socialistes après la défaite de juin dernier, affirmant déjà que ce projet ne doit pas être une " vache sacrée " et que toute autre solution viable et réalisable du problème du trafic dans la ville vaut la peine d'être examinée. Ce qui revient à une amorce de retrait plus ou moins élégant d'un dossier qui fut le cheval de bataille du POSL durant des années. Entre deux rounds, une association de commerçants propose sérieusement la construction d'un téléphérique devant relier les deux plateaux du Rham et du Kirchberg. Et l'idée pour le moins loufoque est sérieusement considérée comme une proposition à prendre en compte. Alors, est-il mort, le projet d'un train hybride qui relierait la périphérie de la capitale au centre et les quartiers entre eux en traversant la ville ? Un reportage de RTL Tele Lëtzebuerg l'insinua mercredi soir, mais Téid Faber du Mouvement écologique ne le voyait pas de cet œil, regretta que Jacques Santer fasse preuve d'un telle incompréhension du projet alors qu'il lui manquerait beaucoup d'éléments des études préalables - le projet BTB se basant sur les résultats de l'étude Luxtraffic qui constate entre autres une saturation des réseaux de bus dans la capitale. En même temps, Faber ne veut pas se laisser décourager, rappelant d'autres projets écologiques qui ont mis beaucoup de temps à être réalisés eux aussi, citant l'idée d'un parc naturel. Un communiqué de presse de Déi Gréng conteste lui aussi avec virulence la compétence de Jacques Santer et titre " un candidat bourgmestre mal informé ", avant de continuer " L'absence de M. Santer de la politique nationale durant ces dernières années ne lui a certainement pas permis de suivre de près le dossier BTB et cela explique sans aucun doute ces lacunes. " Le gouvernement PCS / PDL se rétracta déjà en août derrière les études en cours. Dans sa déclaration gouvernementale, Jean-Claude Juncker expliqua : " L'offre des transports publics doit être optimisée, des structures de coordination des transports par rail et par route doivent être mises en place, ceci valant également pour une centrale de mobilité. Nous attendrons les études sur le BTB pour prendre des décisions en bonne connaissance de cause. Il nous faut un concept inter-régional de transport qui devra être réalisé avec et non contre les communes. " Et l'accord de coalition de préciser que ces études " engloberont la faisabilité d'une liaison vers Kirchberg via Findel et d'une connexion du site scolaire Geesseknäppchen. Un concept régional des transports publics pouvant, le cas échéant, faire intervenir différents modes de transport sera mis au point ". Mais en principe, le gouvernement " veillera à une offre pluraliste des modes de transport pour assurer le libre choix des moyens de déplacement. " Le ministre des Transports, Henri Grethen (dans un entretien au GréngeSpoun du 10.9.99), voit l'analyse macro-économique de la rentabilité d'un tel projet comme un élément essentiel pour prendre une décision et ne garantit de toute façon aucun droit de prééminence des CFL pour l'exploitation d'un tel projet, il estime même qu'elle pourrait faire l'objet d'un appel d'offres. Ce à quoi le syndicat des cheminots FNCTTFEL répond (à notre demande) qu'un morcellement du transport public serait contre-productif. Ou qu'un véritable service public ne peut être garanti que si le personnel travaille dans des conditions acceptables, ce qui leur serait uniquement garanti auprès des CFL. Il y a, dans l'histoire du projet, plusieurs paradoxes : Si toutes les communes qui ont des problèmes de nuisances par le trafic de transit sur leur territoire se disent non responsables de la situation en période électorale et accusent l'État d'immobilisme, lui demandent d'intervenir et de construire des routes, des tunnels ou des boulevards de contournement - Kopstal, Echternach, Kehlen, Steinsel etc. -, la Ville de Luxembourg fait exactement le contraire et se plaint quasiment de l'ingérence du gouvernement dans son domaine. Pourtant, l'étude Luxtraffic a été réalisée à la demande et avec la participation de la même Ville. Autre paradoxe : alors que la presse audiovisuelle et quotidienne compte chaque jour par un pénible exercice de statistiques le nombre de morts dans les accidents de la route - le mois de septembre 1999 étant particulièrement meurtrier - et que même les ministres de l'Intérieur, Michel Wolter (PCS), et celui des Transports, Henri Grethen (PDL), demandent publiquement une vigilance accrue aux usagers de la route et refusent de voir l'insécurité routière comme une fatalité (dans un communiqué commun du 16 septembre), peu nombreux sont ceux qui font le rapprochement avec une nécessaire réorganisation et amélioration des transports en commun.

josée hansen
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