Art contemporain

Le Kiosk, un lieu de culte

d'Lëtzebuerger Land du 18.01.2013

Le crâne humain a non seulement un passé lourdement chargé en histoire de l’art (notamment dans les vanités flamandes du XVIIe siècle), mais il représente aujourd’hui aussi un motif qui fête son triomphe en peinture et sculpture – au plus tard depuis le célèbre crâne en diamants de Damien Hirst. Apprécié tant par les artistes que par les collectionneurs et une grande partie la société occidentale en général, le crâne a fait son entrée dans le domaine de la mode et est devenu un élément quotidien, éloigné de sa symbolique originelle, celle de la mort. Pour l’actuel investissement du Kiosk, The Shrine, Mik Muhlen propose sa version de la vanité contemporaine.
Initié en 2005 par l’Aica (Association internationale des critiques d’art) Luxembourg, le projet du Kiosk a pour but de promouvoir des jeunes créateurs luxembourgeois et de les révéler. Mik Muhlen, invité par Didier Damiani, fait certainement partie de la nouvelle génération de créateurs qui se situent au début de leur carrière et qui sont particulièrement prometteurs parce qu’ils puisent leurs moyens d’expression dans le multidisciplinaire. Moins connu en tant qu’artiste, il s’exerce depuis 2009 sous le pseudonyme d’« omniscientbeing » en tant que graphiste et illustrateur et se forge un renom dans le domaine de la communication.
Contemplé de loin, l’ancien kiosque des messageries Paul Kraus semble vide, voire abandonné, les vitres teintées de noir et deux graffitis ornant le socle. En y prêtant plus d’attention, on distinguera toutefois différentes formes noires. Finalement, en se rapprochant, une nature morte se révèle derrière la vitre : un crâne, un chandelier, des bougies, des fruits et des livres, tous revêtus de noir. Même l’intérieur d’un cadre est rempli de noir et se fond dans le décor. The Shrine fonctionne comme éloge de la couleur noire et évoque une atmosphère similaire à celle retrouvée dans les œuvres de Louise Levelson, Ad Reinhardt ou Pierre Soulages. Seuls quelques éléments choisis, tels une pomme ou un triangle inscrit sur le front du crâne se distinguent par leur couleur dorée. Ce triangle est l’un des signes qui font partie du répertoire de l’artiste et que l’on a pu rencontrer quelques mois auparavant au-dessus d’un gros panda doté de quatre bras et d’un bois de cerf ornant le mur du shop du Mudam (Go(l)d).
À l’instar du panda et des créatures hybrides et surréelles que Mik Muhlen développe dans sa pratique illustrative, des petites figurines sont posées de part et d’autre dans l’assemblage de The Shrine. Ces figures animalesques tout comme les fleurs dépeintes traditionnellement dans les vanités et transformées par Muhlen en plantes noires font de l’assemblage une pièce franchement contemporaine. S’inspirant du street art et de la culture polaire, Muhlen réussit à conférer à son installation une ambiance particulière, vacillant entre obscur et légèreté.
Un aspect particulièrement charmant du Shrine qui le distingue aussi des versions précédentes de la transformation du Kiosk est le jeu de réflexions qui se déroule sur les vitres teintées. Grâce à une luminosité faible et bien dosée à l’intérieur du Kiosk, l’entourage se superpose à l’installation de Muhlen. Les vitres foncées font ainsi du Kiosk un réceptacle d’images fugitives et un lieu de transition comparable au passage d’un monde à l’autre illustré par un miroir dans le film Orphée de Jean Cocteau. Localisé en plein centre ville, The Shrine est une pièce à ne pas rater lors d’un passage près du Pont Adolphe.

L’installation The Shrine de Mik Muhlen est à voir jusqu’en mars au Kiosk, Place de Bruxelles à Luxembourg ; www.aica-luxembourg.lu.
Florence Thurmes
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