Chroniques de l’urgence

 

L’aubaine du télétravail

d'Lëtzebuerger Land vom 31.07.2020

Qu’il nous est difficile de réduire notre empreinte. Ces fous de scientifiques nous enjoignent de baisser nos émissions de CO2 de l’ordre de huit pour cent par an, dès maintenant et pendant dix ans, tandis que notre Premier ministre, tout en affirmant défendre l’Accord de Paris, soutient mordicus qu’il faut continuer de viser la croissance.
Cherchez l’erreur : ce n’est plus de la dissonance cognitive, c’est un hiatus épistémique. Ceci dit, malgré les immenses souffrances et les nombreux décès qu’elle a causés et continue de causer, la pandémie nous offre sur un plateau une solution d’une efficacité remarquable en matière climatique : le télétravail.
En Chine, au plus fort des mesures destinées à combattre la propagation du virus, les émissions ont dégringolé de 25 pour cent. Entre mars et avril, les ventes d’hydrocarbures ont pratiquement été divisées par deux aux États-Unis, selon des chiffres officiels. D’après un calcul de Carbon Brief, les émissions globales d’origine humaine vont chuter de 5,5 pour cent cette année par rapport à 2019 du fait du Covid, une estimation de l’Agence internationale de l’énergie prévoyant même un recul annuel de huit pour cent.
Or, une grande partie de cette baisse temporaire est imputable à l’abandon des trajets domicile-travail, qui constituent pour beaucoup d’entre nous l’activité la plus émettrice de gaz à effet de serre. C’est aussi celle qui est la plus difficile à décarboner, l’électrification des flottes automobiles progressant presque partout à un rythme d’escargot.
Pour le climat comme pour la santé, le travail à distance est une solution de choix. Oublions un instant les anecdotes sur les enfants qui viennent perturber avec leurs demandes intempestives les discussions professionnelles de leurs parents sur Zoom, laissons à leur paranoïa ceux parmi les employeurs qui paniquent à l’idée de ne pas contrôler chaque minute du temps de travail de leurs salariés. Essayons plutôt d’imaginer qu’au lieu de nous précipiter derrière le volant et dans les embouteillages dès que les consignes sanitaires nous le permettent, nous saisissions au vol cette découverte que nous a fait faire le coronavirus et la mettions au service de l’action climatique.
On le sait désormais : beaucoup de salariés peuvent durablement travailler depuis chez eux, au moins deux ou trois jours par semaine voire plus. Les entreprises peuvent les y encourager et se vanter des fruits de leurs efforts dans leur rapport de développement durable. Les bénéficiaires immédiats d’une généralisation du télétravail sont nos poumons, débarrassés d’une partie des particules fines et des oxydes d’azote qui les agressent jour après jour. Sans oublier l’impact considérable de ceux qui se déplacent en avion pour leur travail. Selon un expert en matières premières de Goldman Sachs cité par Market Watch, la généralisation du télétravail pourrait avoir pour corollaire une baisse des émissions, du fait d’une demande moindre de kérosène, de deux à trois millions de barils par jour. What’s not to like ?

Jean Lasar
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