Hysteria

La larme souriante

d'Lëtzebuerger Land du 09.12.2011

Hysteria est le troisième long-métrage de la réalisatrice américaine Tanya Wexler (Ball in the House, Finding North). Le film ayant été co-produit par Delux, la société de production luxembourgeoise basée à Contern, Jimmy de Brabant et Bob Bellion ont eu l’honneur d’accueillir des stars comme Maggie Gyllenhaal, Hugh Dancy ou encore Rupert Everett pour ce tournage au Luxembourg.

L’histoire se déroule pendant l’époque victorienne à Londres. Hugh Dancy incarne le rôle du jeune médecin Mortimer Granville, qui, avec ses méthodes avant-gardistes, doit courir d’un employeur à l’autre, vu que la médecine de l’époque n’est pas encore prête à écouter ce féru de la science. Il se fait embaucher par le docteur Robert Dalrymple (Jonathan Price), qui a besoin d’une deuxième paire de mains pour stimuler la bourgeoisie féminine londonienne qui souffre, d’après lui, d’hystérie. L’entreprise florissante du jeune médecin et de son mentor leur assure une notoriété incomparable, et le calendrier de la secrétaire se remplit au fur et à mesure.

Le doigté habile du jeune Mortimer, qui procure à plus d’une des grandes dames de la société victorienne anglaise un orgasme électrifiant, qualifié de paroxysme hystérique par le mentor et son apprenti vu qu’une femme ne saurait avoir de plaisir physique que par le sexe, lui procure une position de dominance dans le cabinet médical que Dalrymple veut lui céder, tout comme la main de sa fille bien rangée, Emily Dalrymple (Felicity Jones). Mortimer se fait pourtant virer une fois que ses crampes musculaires dans sa main droite prennent le dessus. Aidé par son mécène et ami de longue date Lord Edmund (Rupert Everett), un enfant de la révolution industrielle, Mortimer développe le premier vibromasseur électrique qui va lui remporter non seulement un soulagement de sa main ainsi qu’un succès financier indéniable, mais qui va également lui ouvrir les yeux pour l’amour qu’il éprouve pour l’indomptable Charlotte Dalrymple (Maggie Gylenhaal). Loin des problèmes artificiels de la bourgeoisie londonienne auquel est confronté son père et Mortimer, elle défend les droits de la femme et des pauvres dans un hospice, seule contre tous.

Cette comédie anglaise est basée, dans les grands traits, sur une histoire vraie. Jusqu’au début du vingtième siècle, l’hystérie a été catégorisée comme étant une maladie exclusivement féminine qui viendrait d’un utérus jugé dysfonctionnel (hystera est le terme grec signifiant utérus), avant qu’elle ne soit rangée du côté des maladies psychologiques grâce aux travaux du neurologue français Jean-Martin Charcot ainsi qu’à ceux de Sigmund Freud. Le film flirte avec l’histoire mais s’en distancie en même temps par ses éléments comiques. Le rire est surtout provoqué par le décalage existant entre les pratiques médicales de l’époque et la conception culturelle de l’orgasme qui ont évolué depuis le temps. Le vocabulaire british bien ficelé et interprété avec bravoure par Rupert Everett dans le rôle de Lord Edmund contribue à son tour à rehausser la dimension comique de l’ensemble.

Du côté du jeu d’acteurs, il est difficile de rater le coup avec le coût d’un casting pareil. Ce qui peut pourtant entraver la réussite d’une telle entreprise est un manque de propos comblé par une mièvrerie sentimentale ainsi que l’absence d’un point de vue lors de la mise en images qui n’arrive pas à enrichir un scénario original à demi-réussi. Le film oscille entre es éléments comiques gentils provoqués par la mise en récit de cette fameuse invention du vibromasseur, l’émancipation féminine incarnée par le rôle de Maggie Gyllenhaal qui convainc par son talent, et un discours en filigrane sur la lutte des classes à l’époque victorienne, sans pourtant arriver à lier ces sujets avoisinants par une histoire forte. La solution de rechange : un papier cadeau rouge flamboyant qui prépare Noël, ce fourre-tout sentimental dans lequel tout le monde se permet de redevenir humain, le temps d’un flocon de neige, en enrobant les sujets cités plus haut dans une ambiance de conte de fées digne d’une comédie romantique à deux balles qui raconte l’histoire d’amour entre un médecin timide et une femme forte.

Thierry Besseling
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