Innenraum-Design

Sur des roulettes

d'Lëtzebuerger Land du 25.02.2010

Les quatre modules de cuisine mobile camouflable sont nés d’une réflexion approfondie sur le logement de demain : kitchenette de studio ou de bureau, cuisine de terrasse ou cuisine d’été ou encore dans l’espace ouvert et flexible d’un loft, où la cuisine ne doit pas forcément être visible. Norbert Brakonier, un des patrons de l’entreprise de menuiserie design Unikat a eu l’idée de créer cette « cuisine nomade », il y a trois ans, qui pourrait aussi servir les expatriés venant travailler au Luxembourg pour une période limitée et qui pourraient avoir envie d’emmener cette « non-installation » avec eux lorsqu’ils se déplacent vers d’autres destinations. Luxembourg, Londres, Hong Kong. Car, comme le patron aime le préciser, toutes ses cuisines sont faites pour durer. Celles-ci coûtent entre 3 000 et 4 500 euros par module, il en faut au moins trois pour pouvoir s’en servir de belle manière.

Les cubes se laissent diriger sur des roulettes et sont fonctionnels – à condition de trouver des prises de courant pour les modules frigo et combiné four et micro-ondes. C’est un peu plus compliqué pour le combiné lavabo et machine à vaisselle parce qu’il faut les raccorder à l’eau et la canalisation. Mais c’est possible, à condition de disposer de tuyaux suffisamment longs.

Qui voudrait bien d’une telle petite cuisine mobile, dissimulable sous couvercle et par des panneaux frontaux, ressemblant à de petites armoires indépendantes l’une de l’autre, en bois taupe et Corian blanc ? Car la mode actuelle est plutôt celle des vastes espaces, des cuisines énormes et sophistiquées, ouvertes sur l’intérieur de l’espace habitable qui sont, elles aussi – pour autant que l’on puisse se le permettre financièrement – une des spécialités de l’entreprise. Un peu comme un bijou que l’on exhibe aux visiteurs.

« C’est vrai qu’il n’y a pas encore de réelle demande de la part du client pour la cuisine nomade, répond Norbert Brakonier, mais nous sommes en train d’élaborer des modèles plus légers de ces modules, en aluminium, avec des matériaux insensibles aux intempéries qui puissent être utilisés à l’extérieur, complémentaires au barbecue, sur une terrasse ou près d’une piscine. » À l’intérieur, cette cuisine-ci doit donc plutôt s’inscrire dans un esprit de pur under­statement luxueux, dans un espace clean design où le superflu et les bibelots n’ont pas leur place. « Nous rencontrons beaucoup de clients qui sont à la recherche de cette façon de vivre individualisée, poursuit Norbert Brakonier, elles ne passent généralement pas beaucoup de temps de la journée chez elles, mènent plutôt une vie jet-set, mais elles aiment s’entourer d’objets design, collectionner des créations qui appartiennent aux grands classiques ou qui auront plus tard leur place dans un musée design. » Ce produit s’adresse donc plutôt aux célibataires ou aux couples sans enfants qu’aux familles.

C’est ainsi que Norbert Brakonier entend son métier : créer du sur-mesure qui dure, avec des matériaux de qualité, le produit adapté aux besoins du client et non l’inverse. « C’est aussi une question d’éthique, d’utilisation durable des ressources. Nous essayons de produire des objets qui puissent être transmis de génération en génération – le design d’aujourd’hui deviendra peut-être pièce de collection et antiquité plus tard. Cette demande a toujours existé, même en temps de crise et nous espérons qu’elle va même augmenter avec une prise de conscience sur l’absurdité du consumérisme éphémère où tout est jetable et remplaçable. »

Reste le marketing. Sa cuisine à modules a été présentée lors de plusieurs foires de mobiliers d’intérieur – un modèle un peu différent (doré à l’intérieur) été présenté à Dubaï en 2007. La cheffe de cuisine nationale, Lea Linster, en a un dans son restaurant et le chef allemand, Stefan Wiertz, présentateur d’émissions de cuisine pour la chaîne Vox s’intéresse de plus près à cette approche ludique de coin cuisine qui semble bien se prêter aux besoins d’un plateau télé. Il se rendra le mois prochain au Luxembourg pour en discuter.

La notoriété de produits aussi « exotiques » ne peut donc se faire uniquement à partir du Luxembourg, où le public cible reste somme toute très limité pour un produit comme la cuisine sur roulettes. Ici, elle risque de demeurer un produit à l’ombre dont on admire plus l’idée et le courage de ses initiateurs de l’avoir réalisée.

anne heniqui
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