Maryse Linster

Le petit monde de Maryse Linster

d'Lëtzebuerger Land du 18.04.2014

Maryse nous reçoit à l’aube d’une vie nouvelle, à l’aube de sa retraite. Une retraite professionnelle, puisqu’elle quittera à la fin de l’année la ligue HMC où elle travaille depuis treize ans, mais pas une retraite artistique, loin de là. « J’espère retrouver ma voie », confie-t-elle des projets déjà plein la tête. Depuis qu’elle a posé ses valises à Capellen, l’artiste met sa créativité et son savoir-faire de céramiste au service de huit personnes handicapées, « ses ouvriers » comme elle les appelle, qui l’enthousiasment et la surprennent au quotidien. Ce jour-là, son atelier baigné de lumière regorge de Péckvillercher en forme de chouettes. « Nous avons fait environ 3 500 pièces pour Pâques. La chouette est l’oiseau-siffleur qui a été spécialement créé pour l’édition 2014, mais nous avons aussi fabriqué des formes plus traditionnelles », explique-t-elle, avouant n’avoir jamais conçu de Péckvillchen avant son arrivée ici, à Capellen.

Aînée d’une famille luxembourgeoise pour le moins réputée dans le monde de la gastronomie, Maryse Linster, alors âgée de 25 ans, tend à voler de ses propres ailes. « Mon chemin semblait tout tracé : la cuisine, le restaurant... Mais ça ne me disait rien. J’avais envie de faire quelque chose de mes mains, mais quelque chose que je puisse revisionner à souhait, modifier, retravailler et retoucher afin de ressentir à nouveau des émotions. Plus que ça, j’avais besoin de me construire ma propre identité ». C’est ainsi que la jeune fille d’alors part pour Florence, en Italie, suivre des cours de céramique. « Je suis arrivée dans un atelier privé, il y avait même des Américaines, je m’en souviens très bien. Pour gagner de l’argent, je travaillais dans un petit bar où je passais mon temps à faire du café », se rappelle-t-elle en souriant. Mais l’été et son lot de touristes ne vont pas à l’artiste qui, à court de ressources, regagne le Luxembourg. « Avec une autre céramiste, on a loué un petit atelier de couture qui appartenait à une amie de ma mère, rue d’Anvers, au centre-ville ».

Dès lors, elle s’adonne à sa passion, entre midi et deux et à partir de 17 heures surtout, « à l’heure du service, comme au restaurant, il y a des choses qui restent malgré tout », remarque-telle. Maryse en profite pour peaufiner son style. Inspirations germanique, scandinave et anglaise, utilisation d’émail et surtout, une constante au niveau des couleurs, le blanc et le noir. « Je suis connue pour faire beaucoup de lignes sur mes œuvres. Des rayures noires sur fond blanc principalement. Comment les expliquer ? Il y a trois langues que je trouve belles mais que je ne comprends pas : la musique, les mathématiques et la langue arabe. Un peu comme quelqu’un de myope, quand on ne comprends pas une langue, on ne distingue qu’une ligne noire de caractères indéchiffrables. C’est ce que j’essaie de représenter. Mais je suis aussi rebelle et tout bouillonne en moi, peut-être que je cherche à l’extérieur les lignes droites que je ne trouve pas à l’intérieur », explique Maryse.

Retournée en Italie pour passer son maestro d’arte, l’artiste va puiser dans ses voyages pour enrichir son art. Notamment dans ses deux années passées à Melbourne, en Australie. Un périple dont elle garde de nombreux souvenirs, d’autant plus inoubliables que ce voyage constitue pour la jeune femme d’alors une véritable découverte. « Je n’avais jamais quitté l’Europe et la fascination était totale devant tous ces nouveaux paysages et personnages que je rencontrais. Imaginez ce que ça représentait pour la petite fille de Frisange que j’étais... ». Une fascination pour le lieu mais aussi pour les différentes couleurs des terres australiennes, provoquant à son retour en Europe un attrait d’autant plus renforcé pour le blanc, la neutralité et les formes épurées. « Ce voyage a influencé mon point de vue. La forme est devenue plus importante pour moi, j’ai notamment arrêté d’utiliser de l’émail », note l’artiste, aujourd’hui à la tête d’un atelier céramique à la ligue HMC.

Un nouveau défi embrassé à son retour d’Australie et qui lui a permis d’en apprendre beaucoup plus sur elle-même qu’elle ne l’aurait imaginé. « Travailler avec des gens comme ça, ça implique de rester toujours spontanée, juste, entière et honnête avec soi-même. Ce n’est pas si évident parfois mais ça vaut le coup. Surtout, ça amène à s’interroger sur plein de choses. Notamment sur ce qu’est la normalité. Faut-il toujours rentrer dans un moule ou accepter d’être soi-même, c’est-à-dire une pièce unique ? ».

Salomé Jeko
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