Cargolux

L’appel de la Bourse

d'Lëtzebuerger Land du 22.04.2004

Cargolux joue à nouveau avec l’idée d’une introduction en Bourse. Une IPO (initial public offering) est une des alternatives pour régler le désengagement du groupe Swissair, tombé en faillite en 2001, du capital de la compagnie aérienne de fret luxembourgeoise. C’est ce qu’a déclaré David Arendt, directeur financier de Cargolux, dans le cadre de la présentation des résultats 2003 de l’opérateur. La compagnie aérienne avait déjà analysé l’opportunité d’une cotation en Bourse en 2000, mais sans aboutir. Cargolux traîne maintenant depuis plus de deux ans le boulet de l’incertitude quant à son futur actionnariat. La solution préférée de la compagnie aurait été qu’un autre acteur du secteur de l’aviation, avec lequel des synergies auraient pu être développées, reprenne les 33,7 pour cent de feu Swissair. L’opération aurait, par exemple, pu être l’occasion d’étendre les liens de Cargolux avec le marché asiatique en général et chinois en particulier. Or, « les éventuels investisseurs stratégiques n’étaient pas prêts à payer les prix auquel s’attendent les vendeurs, c’est-à-dire Swissair, » selon David Arendt. Quant aux investisseurs financiers, ils « étaient prêts à payer le prix demandé, mais posaient des conditions inacceptables pour les autres actionnaires, » selon Arendt, comme un droit de veto sur la nomination des directeurs de la société. Les discussions se poursuivraient cependant avec au moins deux acquéreurs intéressés. Les actionnaires actuels disposent par ailleurs d’un droit de préemption sur la participation des Suisses. Il s’agit de Luxair (34,9 pour cent), BGL Investment Partners, la Spuerkeess et la SNCI. Cargolux n’indique dans son rapport annuel 2003 d’ailleurs plus la composition de son actionnariat. Un signe que la société espère qu’il aura évolué d’ici la présentation du bilan 2004. À espérer que la présence indirecte de l’État dans la société ne décourage pas trop d’éventuels investisseurs (lire ci-contre). L’entrée dans le capital de Cargolux d’un investisseur financier, à l’exemple d’un fonds de private equity, ne signifierait probablement qu’une remise temporaire d’une introduction en Bourse de Cargolux. Ces firmes s’engagent en principe avec une vue à moyen terme et veulent s’assurer une voie de sortie, à l’exemple d’une vente en Bourse. Une IPO serait aussi l’occasion pour Cargolux d’augmenter son capital. Le développement de la société souffre depuis des années d’un manque de fonds propres. Cargolux se présente en pleine forme après l’exercice 2003. « Une année exceptionnelle, » selon le directeur général Ulrich Ogiermann. Le chiffre d’affaires progresse de 19 pour cent (954 millions de dollars US), le résultat opérationnel de 17 pour cent (à 65 millions) et le bénéfice net même de 43 pour cent à 71 millions de dollars – un chiffre record pour la société fondée en 1970. La plus grande compagnie tout-cargo d’Europe apporte ainsi une fois de plus la preuve qu’elle sait réaliser des bénéfices quand l’aviation en général souffre de la conjoncture. « Le modèle d’affaires du ‘cargo only’ se confirme, » se réjouit Ogiermann. Les numéros un et deux d’Europe du fret aérien (Lufthansa et Air France) transportent le cargo dans le mêmes avions que les passagers. Or, s’il y a moins de vols vers une région à cause d’une baisse des passagers, le numéro trois du marché, Cargolux, en profite grâce à sa plus grande flexibilité par rapport aux clients cargo. Ce modèle s’était déjà confirmé après les attaques du 11 septembre 2001. Cargolux continue donc à investir. Son treizième Boeing 747-400F atterrira aujourd’hui pour la première fois à Findel. La commande du numéro quatorze a été approuvée mardi par les actionnaires. La livraison est prévue en automne 2005.

 

Jean-Lou Siweck
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