Le Naturmusée va faire peau neuve

Garder l’attractivité, suivre l’évolution

d'Lëtzebuerger Land vom 25.03.2010

Le musée des sciences naturelles de Bruxelles vient de repenser ses installations de fond en comble pour le bonheur des visiteurs émerveillés par la galerie des dinosaures. Certes, le Musée national d’histoire naturelle (ou Naturmusée comme tout le monde l’appelle) ne possède pas les joyaux préhistoriques que compte la collection belge. Mais, après bientôt quinze années d’existence dans ses murs du Grund, le musée se doit de réfléchir à son avenir. « En comptant large, la population du Luxembourg et une partie de celle de la Grande Région, nous avons un bassin d’un petit million d’habitants, dont seulement dix pour cent seraient des visiteurs de musées potentiels », remarque Georges Bechet, le directeur du musée. Il constate que l’essentiel de cette population a déjà franchi les murs de l’ancien hospice Saint Jean. « Ceux qui voulaient venir sont venus. La gageure est de les faire revenir. »

Le constat est le même dans tous les musées du monde et on serait même tenté de dire que c’est pour cela qu’on a inventé les expositions temporaires qui garantissent un nouvel afflux de visiteurs et, avec un peu de chance et un bon service de marketing, une redécouverte des collections permanentes. Même si, dans le cas particulier d’un musée d’histoire naturelle, une bonne partie du public vient des écoles et se renouvelle donc « naturellement », il n’est pas question de s’endormir : « On ne peut pas offrir la même chose aux enfants que ce qu’ont vu leurs parents », martèle le directeur.

Autre écueil à éviter, et qui est sans doute plus grave : celui d’être dépassé scientifiquement. Un musée d’art serait vilipendé s’il ne reconnaissait pas une mauvaise attribution d’une œuvre après de nouvelles découvertes. De la même façon, ne pas tenir compte des avancées scientifiques, des nouvelles théories ou des récentes explorations, tient de la faute professionnelle dans un musée d’histoire naturelle surtout doté d’une belle équipe de scientifiques et chercheurs.

Pour toutes ces raisons, le Naturmusée a donc besoin de faire peau neuve. Pas juste de passer un coup de peinture sur les murs, mais de repenser ses collections, leur installation, la muséographie, la signalétique, l’interactivité… Il a donc fait appel à des spécialistes de la chose, l’Atelier für Gestaltung de Mannheim. C’est eux qui ont conçu le récent Musée Tudor à Rosport. Georges Bechet était dans le groupe d’accompagnement et a été séduit par la manière de travailler de cette équipe allemande : « Ils ont été capables de prendre en compte les arguments de chacun, les vœux des différentes personnes et les contraintes de budget. » Aussi, cette entreprise a planché pendant trois mois pour trouver un concept au Naturmusée du futur et proposé diverses alternatives quant à la réalisation.

Parce que ce projet, aussi important soit-il, tombe mal. C’est la crise, et qui dit crise, pense plutôt restrictions qu’investissements supplémentaires. Alors, même si le niveau politique semble d’accord sur le fond du projet, aucun engagement budgétaire n’a été pris et ne le sera avant 2011, au mieux. « On ne va pas s’arrêter de travailler, si ce n’est pas l’année prochaine, ce sera la suivante », philosophe Georges Bechet, qui calcule qu’en fonction de l’enveloppe allouée, les travaux devraient prendre trois à cinq ans. Il va de soi que les salles ne seraient fermées que tour à tour pour diminuer autant que faire se peut l’incidence sur les visiteurs.

Plus que la planification des travaux, c’est le concept de monstration qui est important. Le fil rouge de la nouvelle installation sera l’évolution. Par­tant de la géologie et donc de l’évolution de la terre, l’exposition suit les premières traces de vie sur terre pour avancer vers la biologie, la zoologie. L’évolution et l’adaptation des espèces poursuivent le parcours qui comprend également la faune et la flore, les paysages, en particulier de nos régions. En s’éloignant progressivement, c’est vers l’astronomie et l’astrophysique que l’exposition se tourne, des domaines en constante évolution sur lesquels aux dires même du directeur « l’exposition actuelle est un peu faible ». La circulation globale, la disposition des salles ne seraient pas modifiées : ni d’ailleurs les services annexes comme la cafeteria ou la boutique. Les salles pour les expositions temporaires ne changeraient pas non plus.

Comme dans tout musée actuel, l’interactivité se doit d’être une composante de la muséographie. Cela passe par un choix de matériaux, la pertinence des interventions (tous les sujets ne se prêtent pas à l’interactivité), mais surtout à une réflexion à moyen et long terme : « Je ne suis pas partisan d’avoir des écrans partout. Il en faut aux endroits où c’est intéressant, où cela apporte quelque chose. Ce sont des technologies onéreuses qui deviennent vite obsolètes. » Georges Bechet espère plutôt pouvoir convier les sens des spectateurs, notamment le toucher, voire l’odorat dans cette nouvelle installation.

La modernisation des infrastructures du Naturmusée sera cependant visible dès l’automne prochain, sur les routes du pays. Après plus de quinze ans de bons et loyaux services, le Musée-Bus va être remplacé. Inauguré en mai 1994, ce camion équipé de vitrines pour des collections, d’outils de travail et de panneaux explicatifs sillonne le pays à la rencontre des écoles, associations et collectivités qui en font la demande. Bel outil de décentralisation culturelle, il a été rejoint en 2000 par l’impressionnant Galileo Science Mobil qui remplit les mêmes objectifs en s’adressant à un public plus âgé, plutôt des lycées.

« Comme pour n’importe quel véhicule, quinze ans, c’est beaucoup. On a donc fait tout notre possible pour remplacer le camion, » explique toujours le directeur. Puisqu’un financement extérieur et exceptionnel n’était pas possible, c’est sur ses fonds propres, en épargnant que le Naturmusée s’offre ce nouvel outil à 450 000 euros. « Et encore, on a choisi de ne prendre que le semi-remorque qui va sur le même camion que le Galileo ». La planification détaillée des aménagements a été lancée et la construction sera faite en juin auprès d’une entreprise de Franc­fort qui a emporté la soumission. La livraison est prévue à la fin de l’automne. Le contenu sera modernisé, augmenté de nouvelles thématiques et plus facile à transformer.

Dernier chantier en cours pour le Naturmusée : celui du déménagement de son dépôt. Le grand public ne connaît généralement pas le back-office d’un musée. Stockage des collections, conservation, rénovation et recherche. Le musée a été prié de quitter le dépôt qu’il occupait jusqu’ici à Howald et a trouvé un nouveau lieu à Kehlen. Après des travaux d’aménagement (climatisation, hygrométrie, rangements), le déménagement pourra avoir lieu. Mais cette solution n’est que transitoire. En effet, le vrai beau et grand projet de dépôt devrait voir le jour à Belval, en collaboration avec la Cité des sciences. « Des synergies en termes de personnel, d’espace et de matériel de recherche sont incontournables », estime Georges Bechet, qui parle d’un projet sur quatre étages où les chercheurs auraient un accès direct tant aux laboratoires qu’aux collections. Un projet qui tarde à être concrétisé, mais que chacun appelle de ses vœux.

Jade Fairbanks
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