Amis des musées

Les privilégiés

d'Lëtzebuerger Land vom 25.03.2010

Les petits ruisseaux font les grandes rivières. « Nous sommes des mécènes, affirme Marie-Françoise Glaesener. Individuellement, on ne nous définirait peut-être pas en tant que donateurs, mais tous ensemble, cela fait beaucoup. » Les Amis des musées d’art et d’histoire, l’association qu’elle préside, compte actuellement près de 1 500 membres. Depuis la nouvelle convention que l’association vient de signer avec les cinq musées qu’elle soutient, ces membres profitent toute l’année de la gratuité dans ces maisons et sont invités aux vernissages et autres événements spéciaux. En contrepartie, la cotisation a doublé, de quin-ze à 25 euros pour les étudiants, de 25 à 55 euros pour un célibataire et de 38 à 80 euros pour un couple. « C’est une augmentation considérable, avoue la présidente, mais nos membres ont très bien réagi. » Cet argent supplémentaire donne à l’association les moyens d’adapter sa stratégie de soutien aux musées.

Fondée en 1977 par un groupe de passionnés d’art, enseignants et employés du « musée de l’État » de l’époque, l’association était alors uniquement dédiée au soutien du Musée d’histoire et d’art, et voulait, selon son objet, « promouvoir le rayonnement du musée, en soutenir l’activité par tous les moyens et contribuer à en enrichir les collections par des dons en nature ou en espèces. » Les collections du musée sont riches en pièces offertes par les Amis. Au tournant de ce siècle toutefois, le paysage des musées luxembourgeois s’est diversifié et enrichi. Pour éviter une multiplication contre-productive d’associations d’amis qui risquaient de se concurrencer dans la quête de membres, l’association des Amis s’est peu à peu ouverte à ces nouvelles maisons. Donc elle parraine aujourd’hui le traditionnel MNHA, le Mudam, le Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg, le Casino et la Villa Vauban. Et tout est prêt pour élargir le cercle au Musée des trois glands (ou Musée de la forteresse), une fois qu’il sera achevé.

Or, voilà, le MNHA avait peur de sortir perdant cette histoire, car il devait désormais partager les soutiens directs qui lui étaient réservés jusque-là avec quatre autres musées, également en demande d’un petit coup de pouce – qui, durant l’année culturelle 2007, « année faste » de la collecte de dons, représentait pas moins de 63 000 euros. « Les musées étaient demandeurs de pouvoir budgétiser et un peu planifier l’utilisation de notre appui financier, » résume Marie-François Glaesener. Une année normale, cela représente une valeur de 40 000 à 50 000 euros. En collaboration avec les institutions culturelles, le conseil d’administration a donc mis en place un système de roulement, qui valorise chaque année un autre musée.

Ainsi, en 2010, c’est la Villa Vauban qui est à l’honneur, pour son ouverture. Les Amis des musées vont financer une allégorie qui s’intègrera dans la collection et se voient « chouchoutés » par la Villa, avec, par exemple, des visites guidées du chantier en cours. En 2006, pour l’ouverture du Mudam, l’association avait pu acquérir une toile de Michel Majerus pour la collection du musée ; dans l’exposition actuelle, trois pièces portent la petite mention « donation Amis des musées d’art et d’histoire Luxembourg » : le néon de Maurizio Nannucci, de petites figurines de Miguel Branco et la projection de Sylvie Blocher dans le grand hall.

Les objets qu’ils acquièrent sont toujours choisis en collaboration avec le musée en question. Mais parfois, les responsables des musées préféreraient un appui pour un projet d’édition ou d’exposition – par exemple le Casino, qui n’a pas de collection propre. « Un objet est toujours plus parlant, » estime la présidente, sans exclure d’autres soutiens, à voir au cas par cas. Un « ami » des musées a donc la satisfaction de pouvoir dire qu’il a contribué selon ses moyens à enrichir le patrimoine national – au-delà de cinquante euros, un don à l’association peut même être déduit des impôts, s’il transite par la fondation adjacente.

Mais les Amis des musées offrent aussi tout un programme de visites et d’excursions à l’étranger qui connaissent un énorme succès : la Côte d’azur hors plages, privilégiant les musées et fondations, début mars, la Tefaf à Maas­tricht la semaine dernière, des excursions à Art Brussels en avril et à Art Basel en juin... Un voyage en Arménie est déjà complet, avec 45 participants inscrits et une longue liste d’attente. Ces voyages permettent souvent d’avoir un accès direct aux musées et événements, mais ont aussi un côté social – des « Bildungsreisen » au sens classique. Une récente enquête auprès des membres a permis de mieux définir leurs centres d’intérêts et donc les priorités des futures excursions.

L’équipe de direction de l’association, entièrement bénévole, s’est rajeunie, l’enthousiasme contagieux de Marie-Françoise Glaesener y est certainement pour quelque chose. « Nous essayons d’être aussi professionnels que possible dans notre approche, » souligne-t-elle. Pour trouver de nouveaux membres, 30 000 dépliants avec le slogans « Souriez, vous êtes privilégiés ! » ont été mis à disposition des musées, mais aussi, par exemple, aux associations qui accueillent les nouveaux arrivants de la communauté internationale. Les Midis de l’art, des visites guidées entre midi et deux heures, pour jeunes professionnels stressés, qui se voient offrir de l’art et un sandwich, connaissent eux aussi un grand succès. « Mon premier message à nos membres est toujours : ‘allez aux musées !’, lance Marie-François Glaesener. Car il n’y a pas plus triste qu’une belle exposition ou un beau musée vides. »

josée hansen
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