Réseaux sociaux

Désaffection

d'Lëtzebuerger Land du 19.06.2015

En apparence, Facebook reste le réseau social phare, annonçant quelque 1,4 milliard d’utilisateurs à ses actionnaires enthousiastes et réussissant à « monétiser » de mieux en mieux ses utilisateurs en tant que cibles publicitaires. Le réseau continue de croître, notamment dans les pays émergents où il progresse à la faveur de l’avancée de la connectivité mobile. Pour autant, le sentiment que Facebook subit une désaffection croissante est palpable, notamment chez les jeunes. Les instructions sur comment désactiver de manière permanente son compte Facebook abondent sur le Net, tout comme les témoignages d’utilisateurs expliquant pourquoi ils ont choisi de renoncer à cette présence en ligne et les avantages qu’ils ont tiré de cette décision. Assiste-t-on à une désaffection irrémédiable à l’égard de Facebook ? Les reproches à l’égard du réseau de Mark Zuckerberg sont multiples. Il est souvent accusé de piétiner le droit à une sphère privée des individus – c’est un des arguments les plus fréquemment mentionnés dans les médias à son égard. Cet argument est aussi invoqué par ceux qui choisissent de fermer définitivement leur compte. C’est le cas de Kim Lachance Shandrow, chroniqueuse à entrepreneur.com, qui raconte avoir pris conscience qu’en postant à tout bout de champ des photos de la vie quotidienne de ses enfants – ce qui lui a valu d’accumuler plus de 1 500 « amis » –, elle « créait une ondulation éternelle reflétant leur vie privée au détriment de leur intimité que Facebook (et dans une plus large mesure, l'Internet) n’oublieront jamais ».

Mais on y trouve bien d’autres raisons. Une irritation causée par les comportements addictifs causée par Facebook semble être souvent la cause directe de la décision de raccrocher. Sur son blog « La dialectique casse des briques », un internaute cite dix raisons pour fermer son compte Facebook, parmi lesquelles figure en quatrième position l’argument suivant : « Facebook exploite les mécanismes les plus ignobles et les plus narcissiques de dépendance de la psyché humaine ». Les mécanismes addictifs sont mis en œuvre pour les posts, qui déclenchent une « attente orgastique des likes », et les jeux logés dans le réseau social, le tout

servant à fidéliser les utilisateurs à des fins d’optimisation des revenus publicitaires du réseau. Des études scientifiques ont tenté d’analyser le phénomène, qui ne présente pas la même netteté qu’une dépendance chimique mais semble néanmoins avéré. Une étude réalisée en Suède auprès d’un millier d’utilisateurs Facebook, citée en 2012 par Science Newsline, a mis en évidence chez les utilisatrices une corrélation entre le temps passé sur Facebook et le sentiment d’être malheureuses et insatisfaites de leur vie.

Le blogueur ami de la dialectique cite une autre raison liée aux distorsions que Facebook cause en matière de popularité : « Facebook exagère et expose les inégalités entre ‘ceux qui sont populaires’ et les ‘moins que rien’ » en accentuant les disparités entre les gamins cools et les losers », les premiers affichant fièrement 1 500 amis ou plus, les autres cinquante. Ce mécanisme est à l’œuvre surtout chez ceux qui viennent de découvrir les attraits du réseau social et se lancent dans une course effrénée à la popularité, avant de découvrir l’inanité de l’exercice.

Moins radicale, Neha Prakash, sur Mashable, recommande d’essayer au moins de réduire le temps passé sur le réseau social, perçu comme un « trou noir » causant d’importantes pertes de productivité, décision susceptible selon elle d’« améliorer beaucoup votre qualité de vie ». Elle avance néanmoins, à l’aide de formules évocatrices, huit raisons de désactiver son compte Facebook : addiction inconsciente, piètre estime de soi, recherche d’emploi, candidatures à des institutions d’enseignement, ruptures, jalousie, préparation d’examens, vie privée.

Jean Lasar
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