Kolber, Véronique: Reflections

Des échos d'émotions

d'Lëtzebuerger Land du 24.04.2003

Enfin! On soupire de voir le Centre national de l'audiovisuel se détacher quelques minutes de l'héritage Steichen - bien que le projet d'installer les Bitter Years dans une tour d'eau désaffectée à Dudelange vienne d'être annoncé officiellement - pour se consacrer également à la jeune création en photographie. Voire de s'éloigner un peu de sa mission première de l'archivage du patrimoine audiovisuel pour encourager la création actuelle. On craignait la série amorcée avec le petit livre Chubs and Chasers de Thierry Frisch, en 2001, éphémère. Mais le deuxième tome, Reflections de Véronique Kolber, est là pour prouver le contraire, que l'intitulé Découvertes - Jeunes talents veut s'inscrire dans la durée. «Le troisième livre est déjà en préparation,» affirme Jean Back, le directeur du CNA. La série s'adresse clairement à de très jeunes photographes, moins de trente ans, qui «n'ont jamais encore fait l'objet d'édition monographique ou d'exposition personnelle hors cadre scolaire» dit le descriptif. Un jury interne au CNA fait la sélection des artistes retenus. 

Ce sont donc des photographes qui n'ont pas encore d'oeuvre affirmée, qui cherchent un peu leur chemin. Or, la série de Thierry Frisch (né en 1974) sur des clubs d'homosexuels obèses était clairement trop peu réfléchie; photographiquement peu aboutie, elle était surtout un témoignage d'une double marginalisation. 

Véronique Kolber (née en 1978), qui avait déjà attiré notre attention lors de la dernière Triennale de la photographie de la Spuerkeess, publie dans ce deuxième volume de la série des photos d'une grande poésie, qui nous permettent de suivre son évolution. Avec sa caméra, elle scrute la banalité, les petits moments de sa vie intime comme cette étonnante photo publiée en double page centrale d'une plaque en verre jonchée de futilités, des noyaux de cerises, un verre d'eau, un briquet. Ailleurs, on rencontre son copain de dos, un bout de femme en tablier, les reflets dans une vitre. 

«Décrire les moments vécus, des objets qui m'entourent et qui commencent à vivre, à vibrer dès qu'ils viennent à ma vue,» écrit-elle dans ses notes. «C'est bien de ça que nous parle Véronique Kolber, que ces moments-là ne sont pas décisifs du tout!» ajoute Bernard Plossu dans son beau texte d'introduction. Véronique Kolber est l'héritière de gens comme Larry Clark, mais elle est aussi celle de Nan Goldin, dont elle mime également l'obsession de l'autoportrait, qui, à force, vire à la vanité. 

Pour elle, le coup de projecteur que le CNA lui accorde grâce à ce livre semble marcher en tout cas. Ainsi, elle a également été retenue pour l'exposition que le CNA vient d'inaugurer à la Fondation Carlos de Amberes à Madrid et participa à la récente exposition du Cornelius project à la chapelle du Rham. C'est ainsi qu'on s'imagine un soutien pro-actif de la jeune photographie de la part d'une institution étatique qui en a les moyens. 

Véronique Kolber: Reflections; série Découvertes - Jeunes talents du Centre national de l'audiovisuel; 2002; 12 euros; ISBN: 2-919873-72-5. Dans la même série: Thierry Frisch: Chubs and chasers, ISBN: 2-919873-48-2. En vente en librairie ou directement auprès du CNA.

josée hansen
© 2018 d’Lëtzebuerger Land