François Schaack

« Beaucoup de satisfaction avec un peu de regrets »

d'Lëtzebuerger Land du 27.04.2000

d'Lëtzebuerger Land : Avec quel sentiment allez-vous voter dimanche prochain ?

 

François Schaack : Bien sûr, il s'agira d'un adieu qui aura quelque chose de mélancolique. Mais je me suis fait à l'idée que je n'y serai plus. C'est moi qui ai décidé de ne plus y être. Au parti, il y avait des gens qui ne voulaient plus de moi, d'autres voulaient que j'y sois encore, c'est normal. J'ai réagi à temps, pour ne pas contrecarrer le renouveau. Peut-être il aurait été mieux de se lancer encore une fois, pour apporter des voix au POSL, pour donner un coup de main à la nouvelle équipe socialiste. Mais de toute façon, il est trop tard pour des considérations pareilles.

 

Certains disent que votre retrait de la vie politique active vient trop tard ?

 

Par après, il est toujours plus facile de juger. Mais de toute façon, lors des élections du 10 octobre 1999, ma décision était déjà prise. Je posais ma candidature pour aider le POSL en termes électoraux, puis je comptais partir après une ou deux années.

 

Lors de votre passage au Top-Thema de RTL, vous aviez l'air plus amer, surtout concernant votre successeur désigné, Lydia Mutsch ?

 

Lydia Mutsch ne bénéficie pour l'instant pas de l'expérience requise. Mais cela ne l'empêche pas d'être une bonne bourgmestre. Certaines gens grandissent avec les tâches qui leur sont assignées. Ceci dit, cela aurait pu l'aider d'être échevin pendant une à deux années avant de devenir bourgmestre.

 

Esch-la-rouge, cela a une importance pour vous ?

 

Côté stratégie, Esch importe davantage pour le PCS qui est tenu à l'écart dans la capitale et au Centre. Il a pris un peu pied dans le Sud, et si Esch était régi par le PCS, cela aurait sa symbolique. Ceci dit, Esch est le berceau du mouvement ouvrier, c'est le symbole de la gauche. Ce serait dur pour nous, socialistes, de perdre Esch.

 

L'après 10 octobre 1999, aura-t-il des conséquences durables pour Esch ?

 

Il n'y rien que les gens oublient plus vite qu'une chose pareille. Je suis sûr que bon nombre de gens ne considèrent déjà plus ce qui s'est passé lorsqu'ils iront voter. Cet épisode n'était pas positif, mais à long terme, il n'y aura pas de séquelles. Si après les élections, il y a une bonne équipe, plus personne n'en parlera. Si les élections avaient eu lieu il y  quelques mois, le résultat aurait été différent. Sous l'émotion il y aurait eu une autre réaction, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. 

 

Ce que d'aucuns reprochent au ministre de l'Intérieur, Michel Wolter, Eschois d'origine. Il aurait joué la montre avant de déclarer de nouvelles élections.

 

Je crois qu'il a bien fait. Aussi longtemps qu'il y a une chance de trouver une entente, il faut persévérer. Je ne crois pas que Wolter ait quelque responsabilité dans la situation actuelle et je ne crois pas qu'il ait agi comme mandataire de son parti.

 

Une coalition entre POSL et PCS, avec Jung, reste-t-elle possible ?

 

Avec Jung, je dirais que ce sera presque impossible. Sinon, le POSL perdrait la face. En dernière instance, le PCS nous a proposé le splitting. Après le 10 octobre, on aurait été ravi de cette proposition. Mais après ce qui s'est passé entre-temps, et après tout ce que le Tageblatt a écrit au sujet de Jung, cela devient difficile. Je n'y crois pas, bien que, au sein du parti, il y ait des gens qui voient cela autrement.

 

Une coalition à trois serait trop faible et hétérogène pour une grande ville comme Esch...

 

Pas nécessairement. Si trois partis trouvent un bon accord programmatique, il n'y a pas de faiblesse. 

 

Vous excluez une coalition de gauche ?

 

Elle sera difficile à réaliser. André Hoffmann des Déi Lénk est un excellent homme politique, très responsable. Mais l'équipe autour de lui est constituée de staliniens, de trotskistes ; un pêle-mêle idéologique incroyable, difficile à gérer. Aussi à cause du principe de rotation instauré au sein de Déi Lénk. De plus, je me demande, avec leur programme, s'ils veulent vraiment participer à une majorité.

 

C'est-à-dire ?

 

Ne prenez que l'exemple des friches industrielles. Ils veulent que l'Arbed les cède pour le franc symbolique. C'est une revendication moralement compréhensible. L'Arbed a d'antan acquis les terrains à très bon prix, a ensuite fait des bénéfices grâce à la sueur des travailleurs et s'active maintenant comme promoteur immobilier... Mais tout le monde sait qu'il est impensable que l'Arbed cède sa propriété pour le franc symbolique.

 

Quelle est la situation financière d'Esch ?

 

La situation est meilleure qu'il y a quelque temps. Ce qui veut dire que  nous sommes actuellement à la recherche du temps perdu. Il faut maintenant investir lourdement dans les infrastructures routières, les écoles, les infrastructures sportives etc. Sans parler des nouveaux besoins, à l'image de l'éducation précoce où il faudra mettre à disposition des locaux adéquats. Cela va toujours au détriment d'autre chose. La situation financière est saine, mais pas glorieuse.

 

Pour Esch, l'impression prévaut que rien ne s'est fait ces dernières années.

 

On a bien travaillé ces six dernières années. Voyez la Kulturfabrtik, la rénovation du théâtre, les investissement dans les écoles, les innombrables chantiers de rue, le nouveau dépôt pour nos services à Barbourg, le lancement des travaux de rénovation de la piscine municipale... D'ailleurs, il ne faut pas oublier que Esch doit rattraper le retard accumulé pendant les années de crise où même le budget ordinaire n'était pas en équilibre. Mais lorsque j'entends qu'apparemment rien ne s'est fait à Esch, je ne suis pas d'accord. Si nous sommes en perte de vitesse par rapport à la ville de Luxembourg, c'est une suite normale de la réorientation de l'économie nationale. Jusqu'en 1974, grâce à la sidérurgie, nous étions le plus grand contributeur et bénéficiaire de l'impôt commercial. Cela a changé d'une année à l'autre, avec la crise de la sidérurgie et l'émergence du secteur tertiaire et de la place financière au Centre. Mais nous avons, malgré la situation précaire, réussi à réaliser de grandes choses pendant la coalition de gauche. 

 

Comment expliquez-vous le succès du PCS lors des dernières élections ?

 

Par la personnalité d'Ady Jung. Il était, tous les soirs, à toutes les manifestations de toutes les associations imaginables. Il était partout, il y a tout promis. Mais il ne faut pas oublier que le PCS a aussi perdu des voix, bien que moins que nous. Ils avaient fait des promesses qui n'ont pu être réalisées, mais ils nous en ont imputé la responsabilité.

 

L'explication de la perte de vitesse du POSL ?

 

La structure sociale d'Esch a changé. Dans le temps, notre électorat était composé avant tout par des ouvriers. Aujourd'hui, l'électeur type ouvrier est étranger, et la participation des étrangers aux élections est très faible. De plus, la plupart d'entre eux ont une culture profondément catholique, à l'image de la communauté portugaise.

 

Les élections, apporteront-elles un changement ?

 

Pas autant de changements que pronostiqués, en tout cas. Les rapports de force resteront à peu près les mêmes, à mon avis. La seule différence sera une nette croissance des votes blancs.

 

Si vous regardez en arrière ?

 

Beaucoup de satisfaction d'un côté, mais quelques regrets. Car en étant bourgmestre, j'ai pu connaître la vie, la vraie, sous toutes ses facettes. Cela me donne une grande satisfaction d'avoir pu faire avancer les choses sur le plan social. Cela a été enrichissant, j'ai pu faire bouger les choses, c'est bien. Sinon, je suis fier que je n'ai jamais trahi personne et que je n'ai jamais promis ce que je n'ai pu tenir ! La politique n'a pas altéré mon caractère, ce qui n'est pas le cas pour d'autres. C'est surtout cette constatation qui me donne satisfaction.

 

marc gerges
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