EP Ouverture d'Ensis

K.O. métallique

d'Lëtzebuerger Land vom 03.01.2008

La scène metal luxembourgeoise est, tout genre musical confondu, l’une des plus florissantes du pays. Beaucoup de jeunes qui forment des groupes, plus ou moins éphémères, s’y engouffrent afin d’y évacuer leur frustration quotidienne et décharger l’agressivité accumulée. Malheureusement, la qualité n’est que rarement au rendez-vous, étant donné les prérequis exigeants d’un genre extrê-mement codifié, qui laisse beaucoup de réfractaires sur le carreau. Il est d’ailleurs extrêmement difficile, pour un néophyte, de séparer le bon grain de l’ivraie, tant cette agression permanente peut s’avérer pénible pour certains. C’est alors que débarque Ensis, nouvelle sensation du metal extrême from Luxemburg avec son ep Ouverture (The burning shrine of hipocrisy) qui laisse pantois.

Formé en 2006 sur les cendres de Presshell, de Spyglass, de Tchaka, de Desiderata et comprenant un ancien membre de Defdump, Ensis investit la scène avec le couteau entre les dents avec son trashmetal qui ne renie pas un peu de death et pourquoi pas un peu de hardcore oldschool. Vous l’aurez compris : Les amateurs de refrains limpides et d’harmonies ingénieuses ne trouveront que peu à se mettre sous la dent ! Mais ces quatre titres dégagent une conviction rare, une maîtrise d’exécution et une puissance sonore ravageuse. Seule réserve, au niveau du son, est une batterie qui est un poil trop mixée en avant, au détriment des autres instruments, ce qui fait passer la caisse claire et la double pédale pour des rafales de marteau piqueur.En effet, qu’on aime ou qu’on n’aime pas, s’il y a bien une chose qu’Ensis a compris, c’est un morceau, aussi agressif et beuglé soit-il, se doit d’avoir une construction qui tienne la route ! Les quatre morceaux illustrent cet adage de toutes les manières possibles et ce sans fioritures. Changement de tempo, breaks intempestifs, chorus, soli de guitares, pédale double, changement de riffs vertigineux, rien n’y fait : les cinq membres d’Ensis ne perdent jamais le Nord. Tout en gardant une unité, les compositions restent assez variées grâce au binôme de guitaristes, très complémentaires, qui in­sufflent des plans bien sentis. Toute­fois, on aura une préférence pour les parties plus lentes, voire le dernier morceau, How to love my foolish mind, qui en freinant peu à peu, laisse s’intercaler des nuances bienvenues, voire quelques émotions autres que la rage et le dégoût.Ce solide début laisse présager des louches de fiel supplémentaires en provenance d’Ensis dans les temps à venir. Les amateurs de metal et de hardcore, tous sous-genres confondus, devraient apprécier, tandis que les autres pourront continuer à vaquer à leurs occupations habituelles.

 

David André
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