Débat culturel à la Chambre des députés

Camus, Malraux, Lao-tseu et les autres

d'Lëtzebuerger Land du 28.02.2002

Un musée des sapeurs-pompiers. Un musée de l'aéronautique, un musée du jouet, un planétarium et un centre de documentation sur l'architecture. . .  En énumérant les projets qui lui sont parvenus dernièrement, mercredi à la Chambre des députés, la ministre de la Culture, Erna Hennicot-Schoepges (PCS), signala que les demandes d'infrastructures culturelles ne manqueront pas, même après l'ouverture future des musées d'Histoire et d'Art, de la Forteresse, d'Art moderne, du Centre national sportif et culturel, du Centre de rencontres Neumünster, du Centre national de l'audiovisuel, de la Salle philharmonique ou de la Bibliothèque nationale. 

Amicalement interpellée par son ancien secrétaire et collègue de parti, le député Claude Wiseler, la ministre put rappeler que l'augmentation budgétaire de son ministère ne fait qu'atteindre sa vitesse de croisière et que les dépenses vont rester à un niveau relativement élevé. Des chiffres, énoncés par le député: en 1990, le budget ordinaire du ministère de la Culture était de 395 millions de francs, pour passer à 882 millions en 1995, année de la culture, puis 1,6 milliard en 1999 pour finalement atteindre les 2,2 milliards cette année, soit 53,5 millions d'euros (1,35 pour cent du budget total). 

Or, sans grand axe, sans véritable thème fédérateur, le débat parlemantaire partit dans tous les sens: Claude Wiseler plaida pour un accès très large de tous à toutes les expressions culturelles, pour l'ADR (Aly Jaerling), il s'agit de soigner le patrimoine et la langue, de faire jouer une «préférence nationale» dans la politique de soutien, alors que les Verts (Robert Garcia) veulent que la culture commence à éveiller l'esprit critique des enfants dès l'âge de la scolarisation. La ministre défend la liberté d'expression artistique alors que le parti libéral (Marco Schroell) plaide pour des avantages fiscaux pour les collectionneurs ou mécènes et le POSL (Mady Delvaux) voudrait que le Luxembourg soigne enfin une culture de l'archivage. . . 

Se basant essentiellement sur les documents officiels - l'inénarrable Livre blanc de 1998, le rapport annuel du ministère de la Culture de 2000 - les députés s'en donnèrent à coeur joie à citer les petites phrases d'hommes morts et prouver ainsi leur érudition. Avec un ton optimiste et foncièrement positif, et c'est la bonne nouvelle: l'hostilité qui caractérisa si souvent les débats sur des grands projets culturels semble disparue. Investir, même massivement, dans la culture, semble désormais accepté par tous.

Des nouvelles, on n'en eut guère: peu de précisions sur le récent revirement du gouvernement dans le projet de la Bibliothèque nationale, aucune information ministérielle (pourtant demandée par Claude Wiseler) sur le fonctionnement et l'orientation du Musée d'art moderne, une date vague pour le dépôt du projet de loi sur la Rockhal («avant la fin de l'année»). . .  Or, si les députés semblaient unanimes dans leurs compliments pour la politique «courageuse et décidée» de la ministre, cette interpellation complaisante était aussi une occasion de marquer un revirement dans la ligne politique en ce qui concerne le financement des activités et le fonctionnement des instituts culturels. Après le fonctionnement classique d'instituts étatiques, jugé trop rigide, après des tentatives d'avoir recours à des structures privées comme l'asbl (Casino Luxembourg) ou la fondation (Henri Pensis ou Musée d'art moderne), il est maintenant prévu de restructurer tous les instituts, anciens et nouveaux, en établissements publics. Avec un certain nombre d'avantages, comme une plus grande flexibilité de gestion ou une plus grande autonomie budgétaire, mais des réticences de la part des instituts existants, craignant e.a. une précarisation ou une abolition du statut de fonctionnaire pour les employés. 

Or, la ministre dut reconnaître en même temps l'absence de sponsors et mécènes privés au Luxembourg, (co-)financement privé qui avait semblé durant six ans, depuis l'année culturelle, être la panacée pour tout développement culturel. Cela veut dire que la commercialisation de produits dérivés - copies de mosaïques romaines, tasses de thé «Kutter» ou foulard «Steichen» - n'est plus sérieusement prise en compte dans la balance des recettes et dépenses. Mine de rien, c'est déjà une prise de conscience énorme. Ce qui équivaudra à calculer désormais en chiffres réels et à ne plus laisser se démener les directeurs et directrices de musées, de théâtres ou autres structures à chercher des sponsors tout simplement inexistants. 

josée hansen
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