Sony Kem

De Phnom Penh aux vignobles champenois

d'Lëtzebuerger Land du 12.09.2014

Drôle de destin que celui de Sony Kem, arrivé au Luxembourg en 2008. De nationalité cambodgienne, c’est à l’âge de cinq ans que Sony se voit contraint de fuir le génocide dans son pays avec ses parents. « Nous avons fuit Phnom Penh jusqu’à la frontière thaïlandaise où on a été recueilli par l’ONU, raconte-t-il. Là, nous avons été envoyé en France et pris en charge par une association champenoise. Mon père ne pesait alors que 35 kilos ». Un épisode de sa vie dont il garde une coupure de journaux et quelques souvenirs impérissables. « Je me souviens que quand on est arrivé à Epernay, la ville où j’ai grandi, c’était l’hiver. Noël approchait et c’est un Noël que je n’oublierai jamais car plein de gens qui avaient entendu parler de nous dans la presse locale sont venus nous apporter des cadeaux. »

Les années passent et la famille s’intègre de mieux en mieux dans la région du champagne. « Tous mes amis de classe étaient fils de vigneron et je passais mes étés d’abord à jouer puis à travailler dans les vignes ». Des vignes signées Moet et Chandon notamment, qui permettent a Sony d’acquérir certaines connaissances pointues en la matière. Pour autant, le jeune homme s’oriente vers une école de commerce et commence a travailler dans l’informatique. « Jai passé neuf ans à Paris et l’air de la campagne commençait sérieusement à me manquer. J’ai commencé à chercher du travail ailleurs, sans vouloir partir trop loin, histoire de rester proche de mes parents qui vivent toujours à Epernay ».

C’est donc au Luxembourg, dans une banque, que Sony pose ses valises. « J’ai vite voulu y vivre et surtout, m’intégrer. Cest quelque chose d’important pour moi, sûrement à cause de mon histoire un peu particulière. Beaucoup de mes collègues ne connaissaient pas la ville, les endroits où sortir, ni même la langue. J’ai trouve ça dommage. Aujourd’hui, je comprends bien le luxembourgeois et je trouve que c’est une marque de respect par rapport aux gens d’ici », explique Sony. De soirée en soirée, Sony, coupe à la main, parle champagne à ses amis. Du champagne qu’il boit mais qu’en tant que connaisseur, il n’apprécie que moyennement. « Parce que j’ai grandi dans des vignobles grands crus, je crois que j’ai appris à reconnaître ce qui est bon ou pas. Quand les gens s’étonnaient de me voir boire seulement une coupe, je leur répondais qu’il vaut mieux investir dans un bon crémant que dans un mauvais champagne ».

Pris au mot, les amis de Sony lui demande de lui faire decouvrir sa Champagne à lui et surtout, ces grands crus dont il vante les mérites. Ni une ni deux, le Champenois d’adoption contacte ses amis d’enfance et affrète un bus du côté d’Epernay. « C’était un succès total. J’ai expliqué à mes amis tout le processus de fabrication du champagne, je leur ai fait visiter les pressoirs, leur ai presenter le blida, petit verre tout simple et typique dans lequel on boit le champagne dans ma région... mes amis ont adoré et étaient étonnés d’avoir bu tout au long du week end sans n’avoir aucune migraine ! Les commandes ont vite afflué », rigole-t-il.

Un licenciement économique plus tard, et sous les conseils de sa compagne, Sony décide de devenir importateur de champagne au Luxembourg. « Elle m’a fait remarquer que je n’avais peut-être pas tant de connaissances oenologiques mais que j’avais développé un savoir et, surtout, une bonne maitrise gustative », raconte Sony. Il crée ainsi Saveur & élégance, une marque reconnaissable par la jeune fille qui en est devenu le logo. « Cest a l’image de ces femmes des années folles, qui ornaient les bouteilles de l’époque... » Son créneau, les grands crus champenois – savamment sélectionnés sur les 17 existants – du champagne bio également – « considéré comme un produit d’exception de part le travail qu’il nécessite » – mais aussi des crus plus abordables mais toujours très bons. « Ma gamme de prix oscille entre 18 et environ 80 euros et, pour certains, on peut même demander des étiquettes personnalisées », remarque l’importateur, toujours heureux de distiller un ou deux conseils de dégustation en plus de ses recommandations viticoles. « Eviter le champagne après le vin rouge, vous ne ressentirez plus ses saveurs. Et ne le servez surtout pas avec du chocolat, qui annule le gout du champagne ! »

Lancée il y a quelques mois seulement, le temps de regler toute la paperasse, la petite entreprise de Sony n’est pour l’heure qu’en service sur Internet et les resaux sociaux. Mais un nouveau site est déjà en cours de construction et bientôt, Saveur & Elegance devrait ouvrir boutique au Luxembourg.

www.saveur-elegance.lu
Salomé Jeko
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