La Commission Juncker adoubée par Strasbourg

Commission de la dernière chance

d'Lëtzebuerger Land vom 24.10.2014

Les parlementaires européens ont approuvé, le mercredi 22 octobre, par 423 voix pour, 209 voix contre et 67 abstentions la composition du nouveau collège, légèrement remanié suite aux auditions et qui devrait entrer en fonction le 1er novembre. Manfred Weber, président du groupe de centre droit, Gianni Pittella, président des socialistes et Guy Verhofstadt, président des démocrates et des libéraux avaient annoncé préalablement le soutien de leurs groupes respectifs au collège proposé par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. L’ensemble des eurodéputés du Grand-Duché, hormis le député luxembourgeois Claude Turmes, membre du groupe des verts qui s’est abstenu, a émis un vote favorable à la Commission Juncker.

Les verts, dans leur majorité, ont revu leur position qui était favorable à Jean-Claude Juncker en juillet et opté pour le vote contre ou l’abstention. Claude Turmes a interpelé le Président-élu de la Commission en séance plénière en évoquant une véritable « rupture de confiance » sur plusieurs sujets, dont le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (Ttip), l’environnement et les objectifs d’énergies renouvelables. Les eurosceptiques et la gauche communiste se sont également majoritairement prononcés contre la nouvelle Commission ou abstenu, ainsi qu’une trentaine de socialistes.

Lors de son discours devant le Parlement, Jean-Claude Juncker a tenu à clarifier certains points de son programme, notamment l’exclusion de toute instance d’arbitrage supranationale pour les litiges entre États et investisseurs du Ttip actuellement en négociations avec les États-Unis. « Je n’accepterai pas que les tribunaux dans les États membres de l’Union européenne soient limités par des litiges spéciaux entre des investisseurs et les États », a-t-il clairement affirmé.

Les précisions interviendront également bientôt sur la politique économique puisque Jean-Claude Juncker a annoncé qu’il présenterait son nouveau programme d’investissements avant Noël. « Il faut les deux : une rigueur budgétaire et une politique de croissance, d’investissements » affirme M. Juncker, précisant que le « programme d’investissements ne peut être financé par un endettement supplémentaire ». Le nouveau président de l’exécutif européen semble beaucoup compter sur les effets de leviers sur le secteur privé, indiquant que « le monde de l’économie a une véritable responsabilité » et que les investissements de l’Union européenne doivent « répondre à des objectifs ciblés avec les acteurs économiques ». Cependant, M. Juncker a fait l’impasse sur l’origine des fonds publics qui seront investis et n’a pas rassuré les eurodéputés qui redoutent que ceux-ci proviennent essentiellement d’un recyclage de programmes existants.

S’il était attendu sur son programme, Jean-Claude Juncker l’était tout autant sur sa méthode. L’organisation de la Commission autour de vice-présidences chapotant les priorités politiques a suscité beaucoup de commentaires de la part des acteurs et commentateurs européens. Jacques Santer, ancien président de la Commission européenne, a apporté son soutien à cette structure qu’il estime « originale », établissant qu’il « faut aller dans cette direction si l’on veut que la Commission joue à nouveau son rôle déterminant dans l’espace communautaire », lors d’un entretien pour la représentation de la Commission européenne au Luxembourg.

Les vice-présidents « ne sont pas de petits chefs », ce sont « des coordinateurs, des animateurs, des rassembleurs, des organisateurs d’idées et d’initiatives » explique Jean-Claude Juncker. L’un d’entre eux jouera un rôle primordial, le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans, nommé premier Vice-président. « J’ai lu dans des journaux européens que Frans Timmermans sera ma main droite. J’espère que, de temps à autre, il sera aussi ma main gauche », s’amuse le Président-élu de la Commission qui a élargi le portefeuille de son premier Vice-président au développement durable et l’a chargé de veiller à l’application du principe de subsidiarité.

Affirmant le caractère politique de sa Commission, le Président-élu a souhaité assoir la position de son collège face à l’administration, « les directeurs généraux doivent obéir aux commissaires », aux États membres, « la Commission n’est pas le secrétariat général du Conseil », et au Parlement, « je ne serai pas le valet du Parlement européen ». Jean-Claude Juncker a l’ambition de « faire de l’Europe une machine qui s’occuperait des grands problèmes et délaisserait les petits sujets ». Sur la manière de procéder, le Luxembourgeois a plaidé pour une « redécouverte de la méthode communautaire » associant, sur un pied d’égalité, le Parlement, les États membres et la Commission. Et sur celle-ci, il a une conviction, « cette Commission sera la Commission de la dernière chance ».

Barbara De Vos
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