Strassen

L’éternel perdant

d'Lëtzebuerger Land du 14.10.2011

Retour à la normale à Strassen, croyait-on encore au soir des élections dans cette commune proche de la capitale où les électeurs, fidèles à la tradition libérale, ont donné dimanche dernier 33,98 pour cent de leurs suffrages à la liste du DP. Le parti libéral reste la première formation politique à Strassen, bien que son électorat s’effrite progressivement. Le parti avait encore affiché un score de 40,16 pour cent en 2005.

Il faut dire aussi que les libéraux sont relégués dans l’opposition depuis quatre ans et qu’ils partaient de ce fait dimanche avec un sérieux handicap par rapport à la coalition sortante entre les socialistes, les chrétiens-sociaux et les verts.

La liste du LSAP menée par le bourgmestre sortant, Gaston Greiveldinger, a recueilli 26,54 pour cent des voix, celle du CSV 22,60 pour cent et la liste Déi Gréng 16,88 pour cent, ces deux derniers partis étant dans la coalition qui s’était mise en place en 2007, après le retrait de la bourgmestre libérale Gaby Leytem-Wantz et le « putsch » de l’échevin Gaston Greiveldingen contre la bourgmestre libérale assurant l’intérim à la tête de la commune.

Arithmétiquement, le DP arrive en tête avec cinq élus, mais devrait ronger son frein dans l’opposition au cours des six prochaines années, une reconduction de la coalition sortante entre le LSAP (trois élus), le CSV (trois) et Déi Greng (deux) étant le scénario le moins improbable. Comme à Bertrange, le conseil communal de Strassen a été élargi de onze à treize membres.

Les tractations ont été bon train depuis dimanche, le DP, avec ses cinq mandats, un de plus qu’en 2005, pensant tenir la corde pour revenir aux commandes de la mairie avec un partenaire à définir. Les accointances avec le CSV, qui a conservé ses trois mandats précédents, laissait logiquement prévoir une coalition entre les chrétiens sociaux et les libéraux. D’ailleurs, une réunion avait été programmée mardi soir entre les deux formations en vue d’entamer les négociations sur un programme commun. Mais les jeux étaient déjà faits d’avance et la réunion programmée entre le CSV le DP ressemblait davantage à une « visite de courtoisie » qu’à des négociations en vue d’un accord politique sur un programme d’action.

Contactés par les libéraux, les socialistes ont immédiatement décliné la proposition, assez sûrs de leur coup. Le mot d’ordre semble être, pour eux comme pour les autres partis ayant présenté une liste : « Tout sauf le DP ! »

Aussi, le CSV a-t-il fait faux bond au DP, après avoir laissé entrevoir un accord de coalition possible et malgré les très bonnes dispositions des libéraux (ils étaient prêts à leur offrir les deux postes d’échevins ainsi que des mandats intéressants dans les syndicats communaux et des jetons de présence), préférant finalement discuter avec ses anciens partenaires socialistes et écologistes. On s’achemine donc sans surprise vers une reconduction du bourgmestre Gaston Greiveldinger, qui devrait être flanqué d’un échevin noir et d’un autre vert.

Le maire socialiste sortant considère qu’il a gagné les élections : la liste du LSAP a obtenu 26,54 pour cent des suffrages, contre 16,78 pour cent en 2005. De ce fait, les socialistes ont gagné un mandat supplémentaire : ils en avaient eu deux en 2005, les voici désormais aligner trois élus. Le LSAP a « piqué » des suffrages aux trois autres listes en présence à Strassen : le DP n’est pas le seul à être en perte de vitesse, la position de Déi Gréng s’est affaiblie (moins deux pour cent environ), alors que presque partout ailleurs dans le pays ce parti est sorti renforcé du scrutin de dimanche 9 octobre. Le CSV a également perdu des électeurs, mais ici la régression s’inscrit dans un mouvement général de sanction et de raz-le-bol de la population du parti au pouvoir sur le plan national.

À la lecture du résultat de dimanche, le vainqueur du scrutin est le DP Marc Fischer. Le plus jeune élu de Strassen (il a quarante ans et il est intelligent) a cumulé le plus de suffrages (1 527), devant le CSV Nico Pundel (1 486) et le LSAP Gaston Greiveldinger (1 436), bon troisième en popularité auprès des électeurs de Strassen.

Marc Fischer a l’impression de s’être fait voler la victoire. Il assure qu’au niveau du comité du CSV à Strassen, il avait senti un vent favorable en vue d’une alliance « pour respecter le choix des électeurs », mais que les élus chrétiens ne l’auraient pas vu de cette manière. « Une alliance entre le DP et le CSV était la seule option possible pour assurer une coalition au cours des cinq prochaines années », regrette Marc Fischer. Il a le sentiment d’avoir vécu une « farce » en discutant avec les chrétiens-sociaux. « Nous n’avons même pas effleuré mardi soir les questions relatives à un programme électoral », déplore le jeune élu. Comme si tout, dans cette grande commune, n’était plus qu’une question de personnes.

Véronique Poujol
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