Gëlle Fra

La dame de Shanghai

d'Lëtzebuerger Land vom 04.03.2010

Si la grande République française est bonne fille, le petit grand-duché de Luxembourg est bon prince, noblesse oblige. Ainsi paraît-il que l’on songe, du côté gouvernemental, à affréter tout un avion pour faire vivre aux happy few, ou plutôt aux happy many, les fastes de l’inauguration de l’exposition universelle à Shanghai. Espérons qu’en ces temps de rigueur, ces beaux people ramèneront au moins au bon peuple, comme jadis, dame Bernadette Chirac, quelques pièces jaunes pour consoler ceux, nombreux eux aussi, qui ne vont ni en Chine, ni en Suisse. Le pavillon luxembourgeois a été conçu, on le sait, par François Valentiny, architecte bien en vogue et bien en cour, dont l’œuvre ne peut cacher sa filiation avec la grandiloquence un peu pompeuse des frères Krier. Mais dans une telle manifestation, il faut brailler, briller et crier plus fort que son voisin, comme me le disait l’autre jour Henri, non pas celui en cravate du palais grand-ducal, mais celui en col roulé du Mudam. Voilà pour notre rubrique Yvan chez les populistes, qui n’est pas sponsorisé, mais non, par l’ADR. Dans ce groupuscule, en effet, il n’y a pas de mécènes, très peu de sponsors et beaucoup de pauvres (d’esprit).

On vient d’apprendre que tout ce beau monde se déplacera avec une call-girl de luxe, mère célibataire de-puis 2001, qu’on a « shanghayée » pour en faire l’hôtesse du pavillon grand-ducal. Il est curieux de constater que tous ceux qui ont jeté la pierre à la « Gëlle Fra » bis et en-ceinte, devenue l’espace d’un été notre Traviata, notre dévoyée à nous, s’entendent maintenant pour la re-produire par clônage, à Sire perdu en quelque sorte, pour être sûr qu’elle ne s’égare une nouvelle fois, dans un stade de la ville, sous un macho croate ou, cette fois-ci, avec un guerrier de l’armée de terre (cuite).

Mais pendant tout ce temps, l’obélisque de la Place de la Constitution restera désespérément vide, ridicule phallus rivalisant maladroitement avec les tours tout proches de la cathédrale pour féconder quelqu’archange déchu, à moins de répandre sa semence aux quatre vents. Se trouvera-t-il au moins une âme charitable, telle la Mélanie de Brassens, pour le chevaucher afin de lui éviter l’abominable crime d’Onan ?

Mais l’assureur qui prendra gracieusement en charge le risque des transports et du retour au foyer de la belle, s’est-il seulement remémoré (après tout, monument du souvenir oblige) la scène finale du cruel film d’Orson Welles où nous voyons voler en mille éclats le mythe de la belle Rita Hayworth. N’empêche que belle rousse pour femme en or, elles ont beau être à la baisse, les mythes vont resurgir.

PS qui n’a (presque) rien à voir : L’actualité écclésiastique ne nous laisse pas fermer l’album de la comtesse sans une pensée pieuse pour les évêques, car si les kids sont à la baisse, les mythes de l’Église ne vont pas tarder à se redresser (contrepèterie à savourer à la voile et à la vapeur). Qu’on veuille bien pardonner à Yvan ce pléonasme de la double redondance, mais comme le disait Lacan à propos de la jouissance : encore !

Yvan
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