L’argent, la gouvernance, les bâtiments, les artistes, la création, le public, l’export, les études et les critiques : un entretien avec la ministre de la Culture Octavie Modert (CSV)

À l’ombre des infrastructures

d'Lëtzebuerger Land vom 24.03.2011

d’Lëtzebuerger Land : Après l’année culturelle 2007 et les polémiques autour du financement de la culture ainsi qu’autour du gouffre financier du musée de la Forteresse, lors de la dernière législature (2004-2009), votre mandat au ministère de la Culture semble moins mouvementé cette fois, peut-être aussi à cause des restrictions budgétaires. Est-ce une impression ou est-ce effectivement le cas ?

Octavie Modert : Cette maison est un grand ministère qui brasse en permanence de nombreux projets. Nous traitons de plus en plus de dossiers, puisque nous voulons travailler avec les artistes et les aider, pas seulement avec des soutiens financiers, mais aussi et surtout avec des mises en réseaux. Cela leur apporte beaucoup, même si ce n’est pas toujours visible à l’extérieur. En outre, il reste plusieurs grands dossiers à finaliser, parce que nous restons toujours aussi un peu un « ministère des infrastructures », car nous sommes maîtres d’ouvrage ou d’œuvre notamment pour les monuments historiques appartenant à l’État, par le biais du Service des sites et monuments nationaux. Pour les nouvelles infrastructures, nous avons surtout encore celles de la Bibliothèque nationale et des Archives nationales sur le métier – même si là, ce n’est pas moi qui gère le chantier, mais le ministère des Infrastructures de Claude Wiseler, qui attend d’avoir les financements nécessaires pour tous les immeubles. Pour ma part, je ne peux que faire pression pour que ces deux importants chantiers ne soient pas oubliés. Nous progressons maintenant bien ensemble sur le projet de la Bibliothèque nationale.

Nous disposons, c’est vrai, désormais de beaucoup de structures culturelles à travers tout le pays. Mais il y a encore beaucoup de choses que j’aimerais changer, et pour cela, il nous faudrait un grand brainstorming et des gens qui contribuent à cette réflexion. Ainsi, après que l’offre culturelle ait été élargie ces dix dernières années, j’estime qu’il faut désormais se consacrer à développer la demande. Pour cela, nous devrons réussir à changer les traditions et les mentalités. Pourquoi par exemple, comme nous parlons de musées ici, beaucoup de gens hésitent encore à aller voir une exposition, alors que les musées autochtones pratiquent parmi les prix d’entrée les plus bas d’Europe ?

Vous parlez de brainstorming et de têtes pensantes : est-ce une des missions du nouvel administrateur du ministère Bob Krieps, qui a remplacé l’administrateur historique Guy Dockendorf en automne ? Le programme gouvernemental prévoit par exemple l’élaboration d’une sorte de livre blanc ou de programme pluriannuel de développement culturel.

Tout à fait. Je ne suis pas une très grande fana des études et de beaux plans, car ils demandent beaucoup d’énergie et de travail qu’on pourrait mieux investir en les consacrant directement à des actions concrètes qui soutiennent le secteur. Mais il nous faudra probablement faire l’exercice pour montrer combien nous travaillons, tout ce que nous faisons. Toutefois, après avoir développé des idées, il faut aussi du temps pour les réaliser et notre équipe n’est pas très grande, avec 18 personnes qui travaillent en tout et pour tout au ministère. Ce n’est rien pour un secteur aussi vaste que la culture, et pour un Ministère qui comporte 18 administrations – instituts culturels et établissements publics – et gère quelque 80 conventions avec des associations et collectifs. Mais je préfère toujours donner l’argent aux artistes que de financer un grand appareil administratif, verser un maximum de budgets au secteur plutôt que de commanditer des études à tout-va.

Justement, Bob Krieps a annoncé dès son arrivée au ministère qu’une de ses priorités serait une analyse détaillée des conventions existantes et des réseaux de financement de projets. Mais n’y a-t-il pas un risque de déshabiller Pierre pour habiller Paul ? Et une nouvelle source de conflits dans le secteur ?

Voyez-vous, ce qu’il y a de merveilleux avec le secteur de la culture, c’est que la créativité ne manque jamais : les idées sont toujours là, il suffit de mettre à disposition les moyens pour les réaliser. Certes, le secteur culturel a des modes de fonctionnement qui ne sont pas les mêmes que dans la finance, et un artiste n’est pas forcément un gestionnaire. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne puisse pas au moins analyser les conventions, définir où des fonds peuvent être mieux investis – sans toutefois utiliser des critères commerciaux ou de succès auprès du grand public. Je suis persuadée qu’il y a de la marge.

Lorsqu’on parle de politique culturelle, on en arrive toujours très vite à la question de l’argent... Dans la foulée des conséquences de la crise économique et financière, la Culture a aussi ressenti les restrictions budgétaires décidées par le gouvernement – votre budget a connu une coupe de cinq millions d’euros pour passer à 113 millions pour cette année 2011, soit quelque quatre pour cent, ce qui a fait paniquer beaucoup de responsables d’instituts culturels et d’artistes. La fin de cette dèche est-elle en vue ?

Ces restrictions étaient toutes relatives pour nous, je tiens à le souligner. Les quatre pour cent concernaient surtout les investissements en infrastructures : celles du Fonds pour les monuments historiques, qui peut sans problème étendre ses travaux de réfection dans le temps, ainsi que les aides à l’investissement aux communes pour les infrastructures culturelles décentralisées, parce que je considère que nous sommes désormais bien fournis de ce côté-là. Par ailleurs, quelques réserves accumulées au fil du temps ont encore été grignotées, car il est logique qu’elles soient mises à contribution en temps de crise. Mais les montants des transferts au secteur culturel n’ont pas été touchés. Pour ce qui est de la suite, je ne peux pas vous dire quelle sera la situation budgétaire en 2012, les préparations du budget de l’État n’ont pas encore été entamées, donc j’ignore encore ce que dira le ministre des Finances. Toutefois, je suppose que les années 2010 et 2011 ont été les plus difficiles.

Venons-en aux musées alors. Après la politique d’investissement très ambitieuse des gouvernements successifs des années 1995-2007, grâce à laquelle le retard criant du Luxembourg en infrastructures culturelles a été comblé, où avec le Casino Luxembourg, le Naturmusée, le nouveau bâtiment du Musée national d’histoire et d’art et le Mudam, mais aussi le Musée d’histoire de la Ville de Luxembourg et la Villa Vauban, financés tous les deux par la capitale, les surfaces d’exposition et d’archivage ont été décuplés dans la Ville, qu’est-ce qui manque encore de ce côté-là ? Autrement dit, après l’ouverture du Musée de la forteresse l’année prochaine, quel musée nous manquera-t-il encore à vos yeux ?

Il y a encore beaucoup de bonnes idées dont me font part beaucoup de gens, mais j’estime qu’il nous faudra d’abord nous consacrer aux musées existants pour les rénover ou actualiser au besoin, autant pour les structures nationales que les musées décentralisés ; voir comment nous pouvons par exemple soutenir les petits musées décentralisés dans leurs efforts de professionnalisation et d’amélioration de la muséographie. Cela se fait certainement mieux et plus rationnellement en réseau, comme il en existe un désormais et que je voudrais développer davantage.

En ce qui concerne les musées étatiques, je pense toujours et encore à la création d’une sorte de « galerie nationale d’art », qui serait rattachée au Musée national d’histoire et d’art et qui aurait comme mission de se consacrer à l’évolution de l’art luxembourgeois de ses débuts au XXe siècle et le valoriser, ce que personne ne fait actuellement. Un endroit idéal pour l’implanter serait l’ancien Palais de justice adjacent au Musée, qui s’est libéré après l’ouverture de la Cité judiciaire. Je sais bien que le ministère des Affaires étrangères entend y emménager après la rénovation du bâtiment par le Fonds de la rénovation de la vieille ville, mais je me battrai pour qu’on nous mette à disposition au moins une partie du bâtiment – une aile ou un étage par exemple.

À côté des musées d’art, il y a aussi ceux qui se consacrent à des thèmes spécifiques, comme par exemple à l’histoire et à la mémoire de la Deuxième guerre mondiale. Aussi bien le musée de la Résistance à Esch que celui de la Déportation à Hollerich (rattaché au ministère d’État) sont en train de se professionnaliser un tant soit peu, ils ont tous les deux engagés des directeurs dynamiques, mais manquent de moyens financiers pour développer de vrais programmes. Et le Musée national d’histoire militaire de Diekirch demande depuis longtemps une aide plus substantielle de la part du ministère de la Culture. Allez-vous les entendre ?

Oui, le musée de la Résistance fait aujourd’hui un travail remarquable, surtout avec des jeunes, et le musée de Diekirch est un des plus populaires auprès du public : chaque touriste américain, par exemple. lui rend visite lors de son passage au Luxem­bourg. Nous sommes en train de faire des études et de développer des concepts pour ces structures.

L’année dernière, deux nouveaux musées ont ouvert leurs portes : le premier à Luxembourg, la Villa Vauban, qui accueille la collection Pescatore et des expositions thématiques temporaires autour de thèmes de cette collection, et le deuxième à moins de cent kilomètres d’ici, l’antenne du Centre Pompidou à Metz, qui peut puiser dans les importantes collections du XXe siècle de la maison-mère à Paris. Comment est-ce que cette nouvelle donne a influencé les musées existants : concurrence ou émulation ?

En ce qui concerne les musées sur le territoire de Luxembourg-ville, je peux dire qu’ils collaborent de manière exemplaire et très professionnelle au sein des Stater Muséeën. La Villa Vauban s’est tout naturellement intégrée dans ce réseau. Et la collaboration avec le Centre Pompidou Metz a été excellente dès le début, surtout grâce au Casino et au Mudam, qui ont tous les deux de très bons contacts avec l’équipe messine. À tel point qu’il y a dores et déjà des échanges d’œuvres dans les deux directions. Certes, nous n’avons pas de collection du XXe siècle – en acheter une serait non seulement trop cher mais surtout ne ferait pas de sens – mais, après seulement quinze ans de politique d’acquisition, le Mudam a une collection de qualité d’œuvres d’art contemporain, du tournant du XXIe siècle, ce qui est notamment le mérite de Bernard Ceysson et de Marie-Claude Beaud. Quand je vois où les œuvres de la collection du Mudam circulent, en Europe, mais aussi au-delà, jusqu’aux États-Unis et au Japon entre autres, je vois que cette collection a été montée de manière intelligente et conséquente. Nous n’avons plus à nous cacher de ce côté-là.

Justement, il y a actuellement une polémique qui émeut les galeries autochtones, qui estiment qu’il serait aussi de la mission du Mudam de dépenser une partie de son budget d’acquisition au Luxembourg et qui constatent que moins de cinq pour cent de la somme globale le sont. Quelle est votre position sur cette question ?

Le Mudam a dès ses débuts soutenu des artistes luxembourgeois, et sa collection en la matière a par exemple été montrée à l’exposition Elo – Inner Exile, Outer Limits en 2008, mais encore les artistes autochtones se retrouvent-ils parmi les œuvres des expositions actuelles au Mudam. Ceci dit, tout en laissant toute leur liberté artistique à nos établissements culturels, je leur rappelle sans cesse leur responsabilité sur ce plan-là, qu’ils ne doivent pas oublier de soutenir les artistes luxembourgeois, aussi en achetant leurs œuvres. Je crois que la collection du Mudam compte désormais un quart d’œuvres d’artistes luxembourgeois.

D’ailleurs, dans le nouveau ministère de la Culture, l’Hôtel des Terres Rouges boulevard Roosevelt, dans lequel nous allons emménager après que le ministère des Travaux publics l’ait quitté et que quelques travaux de rafraîchissement aient été entrepris, probablement cet été encore, j’aimerais faire intervenir des artistes afin qu’ils soient associés à son aménagement. J’aimerais travailler avec des commandes, qui sont aussi une aide à la création.

Toutefois, les galeries défendent ici, me semble-t-il, avant tout des intérêts commerciaux, de leur propre marché : davantage que de voir acheter des artistes locaux, elles aimeraient surtout que cet argent reste au grand-duché, quelle que soit la nationalité de l’artiste. Dans ce sens, elles appellent à un certain protectionnisme...

C’est un peu la même discussion que pour ce qui est de l’application de la libre circulation des entreprises européennes pour décrocher des marchés publics…. Ceci dit, j’ai déjà pensé qu’il faudrait envisager de faire une grande exposition avec les galeries, au Mudam ou ailleurs, afin qu’elles puissent bénéficier de lieux d’exposition plus vastes.

Une de vos priorités, vous l’avez évoqué tout à l’heure, est de développer la demande de culture, donc de travailler sur la démocratisation en facilitant l’accès, par exemple aux jeunes ou aux personnes financièrement moins aisées, et en élargissant ainsi les catégories socio-professionnelles des visiteurs des musées. Où en êtes-vous de ces projets, je pense par exemple au pass culturel... ?

La demande des Kulturpass a été très importante, c’est un premier pas – même si l’acte en soi de visiter un musée ou un spectacle ne suit pas encore.

En ce qui concerne les jeunes, il s’agira de les aborder de manière différente, d’aller véritablement les chercher. Le mode de vie des jeunes a radicalement changé ces dernières années, ils sont désormais beaucoup plus urbains. Or, bien que les prix d’entrée des musées luxembourgeois soient si bas, faisant d’une visite au musée un des loisirs les meilleurs marché, et bien que je crois pouvoir dire que les programmes ciblés de nos institutions culturelles pour les jeunes publics soient très attractifs, on constate que les jeunes ont toujours des appréhensions à aller au musée. Alors il nous faut encore travailler pour les motiver davantage.

Je pense par exemple à la mise en place d’une sorte de « label jeunes » que les institutions culturelles pourraient apposer sur leurs vitrines et qui garantiraient un accès libre aux jeunes, sans cartes ni rien, une réelle invitation à entrer et rentrer. Le côté événementiel, avec les journées Invitation aux musées ou la Nuit des musées en automne, peut aussi être attractif pour un plus grand public de néophytes. On me dit que personne ne regarde les expositions à ces occasions-là, mais je trouve déjà remarquable que le public vienne et fasse le premier pas en direction des musées. Avec le Carré Rotondes, qui va réintégrer les Rotondes à moyen terme, nous avons aussi une offre culturelle qui s’adresse plus spécifiquement à un public jeune – pour eux, le défi sera de constamment se rajeunir pour garder le contact avec le public-cible et non pas vieillir avec leur premier public de 2007.

Un autre sujet qui vous est cher est l’export culturel : depuis un an, l’association Music:LX, présidée par Bob Krieps et dirigée par Patrice Hourbette, a travaillé au montage d’une structure capable d’aider les musiciens pop-rock à mieux s’exporter au-delà des frontières du Luxembourg, afin de conquérir de nouveaux marchés et de nouveaux publics. Vous venez de la présenter à la presse le mois dernier. Est-ce que, à moyen terme, l’initiative sera élargie à d’autres domaines culturels – je pense à la musique classique, au théâtre ou aux arts plastiques, qui sont tous demandeurs ?

J’ai voulu qu’on commence dans un domaine, pour gagner de l’expérience, puis oui, l’élargir à terme sur d’autres secteurs culturels. Toutefois, en ce qui concerne les arts plastiques plus concrètement, nos musées, notamment le Mudam et le Casino, ont tous très naturellement une orientation très internationale et travaillent dans des réseaux qui servent aussi les artistes luxembourgeois.

Ceux-là même travaillent déjà de manière très internationale, à commencer par leurs études, qu’ils font nécessairement à l’étranger. Nous sommes un petit pays, les artistes surtout y sont vite à l’étroit, donc aller à l’étranger pour travailler est un mouvement naturel et, j’ajouterais nécessaire. Je cite aussi les possibilités de résidence à l’étranger que le ministère de la Culture met à disposition, comme à la Cité des arts à Paris, mais encore la présence régulière du Luxembourg à la Biennale à Venise.

Les artistes se plaignent souvent que le Luxembourg ait beaucoup investi en de beaux murs d’expositions, des musées prestigieux, mais qu’il n’y a pas de place pour eux, les artistes, pour qu’ils puissent travailler. Les ateliers manquent, vu le prix de l’immobilier, les surfaces qui seraient appropriées sont inabordables... Est-ce qu’il y a des réflexions au ministère pour y remédier ?

Nous avons fait beaucoup d’efforts pour trouver davantage de résidences d’artistes à l’étranger, mettant aussi à disposition les bourses qui vont avec, mais nous ne trouvons pas toujours de preneurs – plusieurs fois d’affilé, nous n’avons par exemple pas trouvé d’artiste qui ait voulu aller à Sarrebruck parce que ce n’est pas assez loin… Au Luxembourg, je veux changer les modes d’attribution des ateliers étatiques, comme à Bourglinster, où nous avons résilié les baux des occupants historiques afin de restaurer les ateliers et les mettre à disposition d’artistes plus jeunes pour des durées déterminées plus courtes afin que nous ayons un certain roulement. Les protestations ne se sont pas faits attendre, bien sûr… Je voudrais encore creuser l’idée d’une sorte d’open space pour un travail quasi en commun d’un certain nombre d’artistes.

D’un autre côté, nous constatons que les artistes préfèrent souvent rester au centre du pays, dans la capitale de préférence. D’ailleurs, j’estime aussi qu’il serait de la responsabilité des communes d’offrir de tels espaces de manière décentralisée dans tout le pays. J’en appelle aux artistes d’en profiter.

Le Musée national d’histoire et d’art connaît des difficultés ces dernières années, en gros depuis l’arrivée du nouveau directeur Michel Polfer. D’une part, ses moyens budgétaires diminuent, ce qui le force à enchaîner des expositions internationales importées telles quelles, et de l’autre, il y a des différends entre le personnel et le directeur tels qu’un médiateur a dû être engagé. Est-ce qu’il y a une fin du tunnel en vue pour le MNHA ?

Les expositions d’abord : le MNHA a pu accueillir des expositions mises à disposition ces quinze derniers mois, mais c’est une qualité, cela prouve que le musée fait un bon travail, internationalement reconnu et attractif, et que ces institutions lui confient leurs expositions parce qu’ils lui font confiance. D’ailleurs, je tiens à remarquer que, en règle générale, ces expositions sont de qualité et connaissent un certain succès public. Et puis les prochaines expositions seront toutes dans les missions centrales du musées : une exposition de photos d’Edward Steichen pour le Mois de la photo, c’est une valorisation du patrimoine propre du MNHA, tout comme la rétrospective pour les cent ans du peintre Joseph Probst. Une grande exposition archéologique, Sous nos pieds, sur l’archéologie au Luxembourg depuis 1995, qui s’ouvrira en automne, reflète un autre domaine important de la mission du MNHA : les fouilles et la recherche.

En ce qui concerne le différend entre la direction et le personnel, cela concerne surtout les archéologues. Il faut savoir que les collaborateurs du musée ne sont pas seulement des acteurs culturels et des chercheurs, mais ils font également partie d’une administration publique qui doit exécuter des missions publiques et administratives. Nous sommes en train de réorganiser le musée afin de débloquer la situation.

En ce qui concerne le budget, il faut remarquer que j’ai toujours pu faire augmenter la dotation du MNHA sauf cette année-ci.

Qu’adviendra-t-il de la Halle des soufflantes à Belval ? Après les expositions qui y furent organisées par Luxembourg 2007 et les quelques travaux d’aménagement en amont afin de stabiliser la structure industrielle, certains directeurs de musées y voyaient bien un espace de stockage pour leurs œuvres, avec éventuellement une possibilité d’exposer, type « Schaulager ». Est-ce que cela sera réalisé ?

Cette idée émanait du ministère et n’a pas été accueillie avec un même enthousiasme par tous les musées. Ce bâtiment se prête à y installer beaucoup de belles idées, mais c’est une infrastructure industrielle difficile à entretenir, plus difficile que des pierres. J’ai ordonné une analyse du bâtiment pour connaître son état.

Une dernière question, plus personnelle : vous avez eu, dès le début, un statut très difficile dans ce ministère, souvent contestée par les artistes après le départ de votre prédécesseure, la très populaire Erna Hennicot-Schoepges. Et toujours aujourd’hui, vous vous faites souvent attaquer par des auteurs comme Guy Rewenig ou Guy Wagner, qui vous reprochent une attitude hostile envers la culture en général et la littérature en particulier. Est-ce que cela vous affecte toujours ou comment réagissez-vous à ces critiques et interpellations ?

J’ai l’impression qu’aujourd’hui, en politique, il faut davantage communiquer que travailler. Ce n’est pas mon approche. Moi, je prends ma responsabilité et je travaille.

josée hansen
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