Premier anniversaire de la nouvelle Villa Vauban

La Villa a trouvé sa niche

d'Lëtzebuerger Land du 24.03.2011

Inaugurée en grandes pompes il y a moins d’un an, la Villa Vauban ou Musée d’art de la Ville de Luxem­bourg, dresse un premier bilan plutôt réjouissant avec un prix d’architecture, une fréquentation en hausse et un taux de satisfaction record. Il reste à conquérir le public international et asseoir une programmation plus rythmée.

Rappelons-nous le 1er mai 2010, les chapeaux et les bouquets de fleurs étaient de mise puisque la Reine Beatrix des Pays-Bas qui avait, comme on dit, rehaussé de sa présence, l’inauguration de la Villa Vauban et de sa première exposition The Golden Age Reloaded, avec pas moins de 37 œuvres exceptionnellement prêtées par le Rijksmuseum d’Amsterdam. Si la collection du musée est constituée de legs à la Ville de Luxembourg de trois notables luxembourgeois du XIXe siècle, Jean-Pierre Pescatore, Leo Lippmann et Eugénie Dutreux-Pescatore, les responsables du lieu avaient eu la bonne idée de frapper fort pour l’exposition inaugurale qui valorisait très évidemment l’intérêt de cette collection. Car force est de constater qu’elle n’attirait pas grand monde toute seule dans les conditions de monstration qui étaient en vigueur avant les travaux de la Villa.

Dès le départ, le projet mitonné par Danièle Wagener et son équipe, qui se chargent aussi du Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg, était de valoriser cette collection, comprenant des œuvres néerlandaises de l’âge d’or (XVIIe siècle) d’une part et de peintures d’histoire et de paysage françaises du XIXe siècle d’autre part, à travers quatre axes. L’invitation de collections internationales est le volet le plus prestigieux qui met en évidence différents aspects de la collection. L’histoire de celle-ci est mise en lumière à travers des manifestations autour de la passion du collectionneur. Ce sera le cas avec l’exposition d’automne, Paris, la bourgeoisie et les beaux arts au temps de Louis-Philippe qui s’intéressera à l’environnement culturel de Paris à l’époque où Jean-Pierre Pescatore y a constitué sa collection (autour de 1830-50). Le troisième module est plus thématique et met en lumière des œuvres spécifiques de la collection en fonction de leur auteur, leur sujet pictural. La prochaine exposition entre parfaitement dans cet axe. En effet, Émotions. La collection de la Villa Vauban mise en lumière sera un parcours à travers les sentiments humains (amour, trahison, langueur, joie, mélancolie,...) qui sont exprimés dans les tableaux. Les œuvres anciennes seront mises en regard de photographies contemporaines appartenant à la collection du CNA. « L’idée est de proposer un nouvel accès à l’art ancien par des images actuelles », explique Danièle Wagener.

Enfin, quatrième pilier de la programmation, La vie des tableaux explorera la vie cachée des œuvres en s’intéressant aux travaux de restauration, au contexte historique, aux origines et aux techniques artistiques. Mythes de l’atelier inaugurera cette section en juin en se focalisant sur le lieu de travail des artistes à travers des tableaux, des photos et des objets. Ce week-end se termine la deuxième exposition temporaire qui était consacrée aux marines néerlandaises du XVIIe siècle. Il faudra attendre le mois de mai pour découvrir la nouvelle exposition et le nouveau rythme que le musée s’impose. D’une part, des expositions basées sur la collection et la mettant en perspective dureront généralement un an. De l’autre, des expositions temporaires, thématiques, auront une durée de quatre mois. « Il est rarement possible d’emprunter des œuvres plus longtemps », fait valoir Danièle Wagener qui se réjouit de ne plus devoir fermer le musée entre deux expositions.

Si à ce jour, la Villa Vauban peut se réjouir de quelque 30 000 visiteurs (sur 240 jours d’ouverture, soit 125 par jour), c’est aussi grâce à un travail architectural remarquable. La rénovation et l’agrandissement de cette maison bourgeoise datant de 1873 a été confiée au bureau luxembourgeois Diane Heirend [&] Philippe Schmit architectes. L’édifice tient son nom d’une partie de l’ancienne forteresse construite par Vauban, architecte militaire de Louis XIV qui a servi de fondation lors de la construction de la villa. Ce mur, qui a pu être étudié par les archéologues pendant les travaux, est particulièrement bien mis en valeur dans les sous-sols du musée. Le défi des architectes était multiple : ils devaient à la fois rénover la villa en assurant des espaces muséographiques et une circulation optimale et créer un bâtiment contemporain qui jouxte le bâtiment existant, le tout en tenant compte de l’environnement du parc et des vestiges des fortifications. En effet, le musée se trouve dans un parc dessiné par l’architecte français Édouard André (1840 - 1911), l’un des paysagistes les plus réputés de son temps. Le parc a été réaménagé de manière à ce qu’il retrouve son aspect d’origine.

Si la villa a été fermée au tout début de 2005, les travaux réels de rénovation et de construction n’ont duré que deux ans, le reste du temps ayant été nécessaire à l’étude, la planification et certaines mesures d’assainissement, de l’amiante notamment. La grande réussite du projet architectural est dans l’adaptation de la nouvelle partie au relief du parc ainsi que la mise en place d’une peau extérieure en métal Tecu perforé. Cet alliage de cuivre et de bronze offre des reflets rouges et or qui s’intègrent particulièrement bien dans l’environnement et offre des jeux de lumière et de reflets très intéressants. Cette utilisation a d’ailleurs valu aux architectes le Tecu Architecture Award 2010, qui récompense son usage exemplaire et innovant des façades métalliques. Ce concours triennal, organisé par KME, le fabricant du matériau, a récompensé une utilisation exemplaire et innovante du métal de façades.

Autres réussites pour ce bâtiment, qui a fait peu de débats lors de sa construction et fait à présent l’unanimité, le rythme imprimé aux salles, petites dans l’ancienne partie, grandes dans la nouvelle, la très bonne circulation dans les espaces et l’utilisation d’un béton bouchardé, intégrant des cristaux de quartz clair « que les visiteurs ont toujours envie de toucher », note la directrice. Autant d’arguments qui ont permis à cette réalisation d’être nominée pour le prestigieux Mies van der Rohe Award 2011, un concours biannuel centré sur l’architecture contemporaine organisé par la Commission européenne et la Fondation Mies van der Rohe Barcelone pour lequel aucun bâtiment luxembourgeois n’avait atteint ce stade de la compétition.

Un prix qui pourrait valoriser le musée sur la scène internationale. Cet hiver (de décembre à février), une enquête a été menée auprès du public présent. Les responsables se réjouissent d’un taux de satisfaction de 75 pour cent, public qui promet de revenir et de recommander la visite à des amis. Si, parmi les étrangers, les Français ont été plus nombreux à braver la neige que les Allemands, l’essentiel des visiteurs est plutôt local. « On estime qu’après deux ans d’ouverture, les touristes et les résidents se tiendront la balance, comme c’est le cas au Musée d’Histoireaugmenter le nombre de touristes. » Plusieurs voies sont mises en œuvre pour arriver à ce résultat.

Le Luxembourg City Tourist Office (LCTO) est un prescripteur efficace pour les touristes individuels et poursuit son travail de recommandation. La presse internationale, culturelle et touristique, se fait régulièrement l’écho des expositions. De plus, la Villa Vauban figurera désormais dans les guides touristiques, le Guide vert vient de la visiter, pour les éditions futures. Ce qui devrait la placer dans un circuit de la capitale. Enfin, le concept de Museum(s)mile mis en place par le groupement d’Stater Muséeën est en train de porter ses fruits. « Nous comptons beaucoup sur la communication et le marketing de l’ensemble des musées de la capitale », concède Boris Fuge, chargé de la presse. Par contre, il est difficile de toucher les « gros » tours opérateurs internationaux, car l’accueil de groupes de grande envergure est difficile : les bus ne peuvent pas attendre devant la Villa Vauban et, il n’y a pas d’offre de restauration. « Notre équipe est trop réduite pour concevoir et appliquer des packages pour cette cible de clientèle, » poursuit-il.

Seul musée entièrement consacré à l’art ancien dans la région, la Villa Vauban occupe bel et bien une niche progressivement en développement. Pour attirer plus de monde et satisfaire le public présent, un large volet d’activités annexe est évidemment mis en place. Il s’agit non seulement des visites guidées et d’un audioguide – un projet d’audioguide destiné aux enfants est en train de voir le jour grâce au soutien des Amis des musées d’histoire et d’art Luxembourg et de la Fondation Indépendance –, mais aussi des conférences (la dernière en date sur les conditions météorologiques observées dans les marines a eu beaucoup de succès), des ateliers pour enfants (une salle leur est réservée et un parcours spécifique leur est proposé) et des animations originales (comme cet atelier de chants de marins). Le seul regret des visiteurs est l’absence d’une buvette ou cafétéria. Prévue dans le projet d’origine, la commune a dû y renoncer, faute de budget. Cependant une réflexion est actuellement menée pour transformer l’aubette de la Charly’s Gare toute proche pour y intégrer une buvette.

Jade Fairbanks
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