Femmes élues

Soudain, la parité en vue

d'Lëtzebuerger Land du 13.10.2005
Décidément, les libéraux surprendront toujours. On se souvient de Maggy Nagel, la bourgmestre (confirmée) de Mondorf-les-Bains, déclarant, jadis, à la Chambre des députés que « nous, les femmes, n’avons pas besoin de quotas, parce que nous ne sommes pas des vaches à lait ! » (hilarité générale sur les bancs du DP). Mais, dimanche, le DP a vu confirmé son résultat de 1999 dans la capitale, avec onze sièges… dont huit seront désormais occupés par des femmes ! Et elles se sont classées dans des positions de tête : derrière Paul Helminger, on retrouve, dans l’ordre : Anne Brasseur, Lydie Polfer, [Xavier Bettel] et Colette Flesch, femmes politiques rôdées. Mais cela continue : Simone Beissel, [Jean-Paul Rippinger], Colette Mart, Claudine Als, Sonja Adams-Becker et Vronny Krieps.

Et ces conseillères se classent aussi dans le peloton de tête des résultats généraux, tous partis confondus. En comparaison, les autres partis, qu’ils aient inscrits des quotas dans leurs statuts (Verts, CSV) ou qu’ils aient voulu afficher une image moderne en vantant la parité des listes (LSAP) font grise mine : une seule femme élue pour quatre sièges chez les socialistes (Sophie Delvaux), deux femmes sur six chez le CSV (Martine Stein-Mergen et Isabel Wiseler-Santos Lima, soit exactement le quota du tiers prévu dans les statuts), deux femmes sur cinq chez les Verts (Viviane Loschetter et Fabiana Bartolozzi) et aucune femme à l’ADR (bien que la première femme, Jéiss Angel-Sontag se soit classée deuxième, mais l’ADR n’a plus qu’un seul siège).

La capitale fera donc désormais figure d’exemple dans le paysage politique luxembourgeois, avec treize femmes sur 27 sièges, soit la parité (48,1 pour cent). L’Observatoire de la participation politique des femmes aux élections communales 2005, organe du Conseil national des femmes (CNFL), s’en réjouit. Dans huit communes, dont cinq à scrutin majoritaire et trois à la proportionnelle, la part des élues se situe au-dessus de quarante pour cent. Derrière Luxembourg, il s’agit de Bettendorf, Hesperange, Roeser, Manternach, Vianden, Weiler-la-Tour et Septfontaines. Mais, en même temps, dans treize des 116 communes, aucune femme n’a été élue, de Beckerich à Wormeldange, deux communes votant selon le scrutin majoritaire dans lesquelles, de surcroît, aucune femme ne s’est portée candidate.

Les bonnes nouvelles citées au début sont donc à relativiser : Dans la moyenne nationale, les femmes candidates (28,9 pour cent) ont décroché en tout 233 mandats, soit 20,5 pour cent des sièges. « La présence des femmes dans le monde politique communal, traditionnellement moins forte qu’au niveau national, s’est ainsi pour la première fois alignée sur celle au parlement, » écrit le CNFL. Et que « au Luxembourg, les mandataires politiques sont donc désormais pour un cinquième des femmes. »

Plusieurs évolutions indiquent que la présence des femmes en politique est en train de se normaliser, qu’elles ne sont plus considérées comme des extraterrestres – bien que dans beaucoup de communes, elles aient encore à lutter contre des préjugés machistes. Qui, toutefois, ne sont rien contre ce qu’endurent une Ségolène Royal en France lorsqu’elle veut se porter candidate socialiste aux présidentielles de 2007 ou une Angela Merkel qui devient la première chancelière en Allemagne.

Au Luxembourg, donc, les pionnières ayant ouvert la voie et s’étant battues aussi bien et aussi mal que les hommes, les femmes sont désormais élues quel que soit le parti (même à l’ADR) et quel que soit le système électoral. Ainsi, bien que la proportion des candidates soit moins élevée dans les communes votant selon le mode majoritaire (19,5 pour cent) que dans les communes à scrutin proportionnel (33,4 pour cent), cet écart diminue à la sortie des urnes : 19,1 pour cent de femmes élues dans les communes majoritaires, contre 22,5 pour cent dans les proportionnelles.

On constate aussi que les actions de sensibilisation menées par le CNFL notamment – « Votez la parité ! » par exemple – et les efforts pour la parité des partis portent lentement mais sûrement leurs fruits. Ainsi, les Verts, pionniers en matière d’égalité des chances, affichent le meilleur score de femmes élues : 41,5 pour cent de leurs 41 mandataires dans des communes votant selon le système proportionnel sont des femmes. Les Verts en sont particulièrement fiers ; leur porte-parole Tilly Metz deviendra même la première bourgmestre femme verte à Weiler-la-Tour.
 
En chiffres absolus, c’est le CSV qui fait le meilleur score, avec 35 femmes, ou 23,2 pour cent de 151 mandataires, suivi par le LSAP, 33 femmes (qui reste un parti machiste, sans quota, les élues ne représentant que 19,5 pour cent de leurs 169 mandataires), et le DP, 21 femmes (21 pour cent).
josée hansen
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