Les Verts conquièrent le Centre

Les nouveaux libéraux

d'Lëtzebuerger Land du 13.10.2005
On l’appelait « la ceinture bleue » : les communes qui encerclent la capitale et sont devenues de véritables villages dortoirs, accueillant de plus en plus de ces familles bourgeoises, prospères, qui ne trouvent pas à se loger dans la capitale mais cherchent une certaine urbanité dans leur mode de vie. De Steinsel, Walferdange et Mersch à Hesperange, de Niederanven en passant par Schuttrange jusqu’à Strassen, Bertrange, Mamer ou Kopstal/Bridel, ces villages ont connu une véritable explosion de la population ces dernières années, parallèlement à la désertion de Luxembourg-Ville, les prix des terrains y atteignent des niveaux astronomiques. Les électeurs y votaient CSV aux législatives et à plus de soixante pour cent oui à la Constitution européenne. Mais jusqu’à présent, aux communales, ce bourrelet de prospérité était majoritairement aux mains des libéraux.

Or, le statu quo sur son très bon résultat de 1999 que le DP a pu gagner dans la capitale cache mal que dans ces communes voisines, le parti libéral est en perte de vitesse. Et ce très clairement au profit des Verts. Quelques exemples de communes votant selon le système proportionnel : à Bertrange, où les Verts se présentaient pour la première fois, il font d’emblée 15,10 pour cent, un siège, alors que le DP y perd 13,74 pour cent des voix et un siège. À Hesperange, les Verts ont presque doublé leur résultat de 1999, à 21,24 pour cent, gagnant même deux sièges. À Mersch, la commune du député Claude Adam, ils gagent un troisième siège et 8,81 pour cent, au détriment notamment du DP – parti avec lequel ils constituaient pourtant la majorité sortante –, les libéraux perdant même deux sièges. À Kopstal, les Verts font un saut de plus de sept pour cent, plus un siège, alors que le DP y a connu une vraie débâcle, perdant six pour cent et un siège (plus les deux sièges qui avaient été remportés par le CSV en 1999, mais que les deux élus avaient emportés en rejoignant le DP). À Walferdange, où ils se présentaient pour la première fois, les Verts ont fait 17,35 pour cent d’emblée, conquérant deux des treize sièges, alors que les libéraux y perdent un siège et presque dix pour cent des voix. Même scénario à Niederanven, où les Verts ont fait 12,27 pour cent et un siège dès leur première candidature – alors que les libéraux y ont perdu presque neuf pour cent des voix et deux sièges.

Visiblement agacés par les problèmes très contemporains du trafic et de la garde d’enfants, les électeurs de ces communes bourgeoises plébiscitent les Verts, qu’ils semblent juger compétents dans ces domaines. Le profil des candidats et des élus en est le reflet : de nouvelles têtes, des gens ayant des compétences très pointues, souvent dans des métiers ayant trait à la protection de l’environnement ou dans les métiers socio-éducatifs – loin de tout reproche de clientélisme qui fut souvent fait aux élus locaux issus de professions libérales. Avec vue sur les expériences à Esch, à Mersch et à Sanem, où les Verts étaient dans des coalitions au niveau communal, sur leur succès aux législatives de 2004 ou sur le travail du député européen Claude Turmes, le vote vert est devenu quelque chose comme une garantie de ne pas vraiment se tromper, le bonus de la bonne conscience en plus.

Il faut dire que les Verts ont non seulement une image de gagnants en ce moment – à tel point qu’ils sont désormais reconnu comme le quatrième grand parti du pays –, mais ont eux aussi arrondi les angles. Les fondamentalistes des débuts sont peu à peu partis ou se sont assagis. Le vote vert est devenu chic. Sur les questions de société, ils sont souvent plus libéraux que le DP, sur les questions de service public plus clair que les socialistes. C’est pour cela aussi que les Verts font parfois peur – comme à Hesperange, où la bourgmestre sortante Marie-Thérèse Gantenbein (CSV) a vite reconduit la coalition avec le DP dès dimanche soir, et ce malgré la perte considérable de cinq pour cent ou deux sièges de cette majorité – et surtout le bon résultat des Verts.

Le grand défi pour le parti vert sera maintenant la consolidation des excellents résultats de dimanche et la fidélisation des électeurs. Avec, toujours, l’objectif très clair des prochaines législatives de 2009 et l’ambition non cachée d’entrer par la grande porte au gouvernement.
josée hansen
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