Télécommunications dans l'UE

La longue marche de la dérégulation

d'Lëtzebuerger Land vom 10.04.2008

Treizième du nom, le rapport de la Commission européenne sur l’état d’avancement du marché unique européen des communications électroniques a montré, selon ses instigateurs eux-mêmes, que Bruxelles avait raison en imposant la déréglementation à marche forcée. « Cette approche s’est avérée payante », s’auto-félicite la Commission dans un rapport présenté le 19 mars au Conseil de l’UE. 

Manière de présenter sous son meilleur profil ses intentions d’aller un cran plus loin dans la déréglementation. Dans sa démarche de « consolidation du marché intérieur », Bruxelles menace d’intervenir notamment sur le marché des SMS transfrontières comme elle le fit déjà il y a un an pour les prix de l’itinérance des communications mobiles. Un rapport au Parlement européen est attendu cette année.L’Observatoire européen des technologies de l’information relève que le secteur des télécommunications a contribué pour environ douze pour cent à l’augmentation de la productivité du travail dans l’UE. Ses recettes pour 2006 sont estimées à 293 milliards d’euros (289 milliards en 2005), dont 137 milliards pour les communications mobiles et 62 milliards pour les services de données fixes, surtout du haut débit. Il n’existait pas de chiffres officiels pour 2007 au moment de la présentation du rapport. Les recettes ont atteint 485 millions d’euros au Luxembourg, dont 248 pour le marché mobile. Des estimations pour 2007 évoquent le chiffre de 270 millions d’euros de recettes.

Les parts de la téléphonie vocale fondent comme neige au soleil (recettes en baisse de cinq pour cent à 79 milliards d’euros), tandis que les recettes de la téléphonie mobile (taux de pénétration moyen de 111,8 p.c.) et des services fixes à haut débit progressent. Les investissements cumulés dans le secteur des télécommunications a franchi l’année dernière la barre les 50 milliards d’euros. Forts sans doute de leur avance sur le marché, les opérateurs historiques ont investi en moyenne 13,5 pour cent de leurs recettes. Les autres opérateurs y ont consacré 25 pour cent, voire même trente pour cent pour certains en France et en Italie.   

Les recettes du mobile devraient atteindre 137 milliards d’euros en 2007 selon les prévisions de EU Klems, en hausse de près de quatre pour cent malgré une baisse des prix de détail. Le marché des SMS a représenté 14 pour cent des recettes des opérateurs mobiles et sept pour cent pour les autres services de données. Le 3G a finalement « décollé », selon les termes utilisés par la Commission. 86 opérateurs le proposent dans leur offre commerciale. Un rapport d’Idate-Pac consultant de novembre 2007 relève un taux de pénétration de vingt pour cent (onze en 2006) avec 88 millions d’abonnés en Europe. 

Sur le terrain des tarifs des terminaisons d’appel, l’action de la Commis­sion européenne se heurte à un « manque de cohérence » qui pèse sur l’avancement du marché unique. Toutefois, des résultats positifs ont marqué 2007 : la moyenne des tarifs est en effet passée sous les dix centimes, mais cette moyenne cache des disparités importantes. Au Luxem­bourg, la redevance d’interconnexion pour la terminaison d’appel pointait à 11,61 centimes en octobre 2007 (13,97 centimes en octobre 2006). « La moyenne reste 8,7 fois plus élevée que la moyenne de terminaison d’appel fixe », indique le rapport. 

Toujours au Luxembourg, les parts de marché de l’EPT dans le mobile (basées sur le trafic) étaient de 51 pour cent en octobre dernier. Dans le fixe, l’entreprise publique domine également très largement le trafic. Une situation imputable au peu d’attrait que présentait jusqu’à présent pour les opérateurs alternatifs les lignes louées. Les choses devraient évoluer avec le coup de canif que l’Institut luxembourgeois de régulation a porté aux tarifs de gros de l’EPT.  

Sur le segment des services de haut débit, la part des opérateurs historiques a diminué (46,3 pour cent en janvier 2008). Les positions dépendent toutefois fortement de la revente des lignes des opérateurs historiques. La part de marché des « nouveaux entrants » dans le marché du haut débit de détail est en moyenne de 63,7 pour cent dans l’UE, mais seulement de 25,9 pour cent au Luxembourg, le deuxième taux le plus bas après Chypre (douze pour cent). Dans la technologie DSL grand public, dominante au Grand-Duché, la part de l’opérateur historique a progressé entre janvier 2007 (80,4 p.c.) et janvier 2008 (81,2). 

L’espoir d’une baisse des prix viendra sans doute du dégroupage de la boucle locale qui a progressé de plus de 50 pour cent en 2007. La Commission a comptabilisé 23,5 millions de lignes dégroupées contre 11,6 millions de lignes revendues. Des chiffres qui démontrent selon Bruxelles que « les nouveaux arrivants gravissent l’échelle des investissements ».

Véronique Poujol
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